[SF] Le véritable Visage de la Lumière
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[SF] Le véritable Visage de la Lumière
Et voici mon petit roman de Sciences-Fiction, une oeuvre qui m'est très attachée.
Je suis ouvert à toutes critiques sur ce lien: http://imperialdreamer.forumsline.com/romans-f33/le-veritable-visage-de-la-lumiere-t1128.htm
Je réponds et je ne mords pas
.
Voici la petite présentation (ou texte d'accroche) du roman:
En espérant recevoir de nombreux avis ... merci.
(les extraits seront postés par petits morceaux afin de ne pas trop vous fatiguer. Libre à vous d'en avaler autant que vous voudrez et de commenter à votre allure
).
Je suis ouvert à toutes critiques sur ce lien: http://imperialdreamer.forumsline.com/romans-f33/le-veritable-visage-de-la-lumiere-t1128.htm
Je réponds et je ne mords pas
.Voici la petite présentation (ou texte d'accroche) du roman:
« Aujourd’hui est un jour fondamental de demain. Je suis fier d’appartenir à ce peuple, à cette nation, à la République Terrae et à cet univers.»
Alphred Mernine, président de la République Terrae.
« Choisir est exclure. Que l’Empire soit intégré ou non dans notre société, chaque individu se verra ravi ou vilipendé. Espérons alors que ce choix sera réfléchi avec sagesse et que tous comprendront l’embarras du verdict.»
Sénateur Nixon, bras droit de la République Terrae.
Alors que la république Terrae sombre dans la ruine, l'Empire, nation ou société secrète inconnue une demie décennie plus tôt, sauve le monde entier et devient la première puissance économique. La République Mondiale, dont les structures politiques sont à présent concentrées à Bagdad, croit fermement au retour de la prospérité. Cependant, pourquoi l'Empire s'obstine t-il à assassiner des criminels dans de sanglantes affaires ? C'est dans ce contexte politique incertain que Marc, jeune parisien étudiant à l'université Sokolov de Saint Pétersbourg, évolue et connaît ses premiers déboires. L'opinion publique gronde et, malgré les dix élèves triés sur le volet qui seront formés par l'Empire, les tensions ne font qu'accroître le fragile équilibre entre la République et son sauveur.
En espérant recevoir de nombreux avis ... merci.
(les extraits seront postés par petits morceaux afin de ne pas trop vous fatiguer. Libre à vous d'en avaler autant que vous voudrez et de commenter à votre allure
Dernière édition par Pacô le Dim 29 Nov - 0:52, édité 2 fois
Re: [SF] Le véritable Visage de la Lumière
Texte en reconstruction.
(ce passage là est en dehors du roman et ne nécessite pas sa lecture pour la compréhension de l'œuvre. Le roman a été écrit sans eux et ne sont donc que des ornements en début d'épisode (citations, etc.)
(ce passage là est en dehors du roman et ne nécessite pas sa lecture pour la compréhension de l'œuvre. Le roman a été écrit sans eux et ne sont donc que des ornements en début d'épisode (citations, etc.)
Les Pensées de l’Empire, Livre I, Chapitre 1, Verset 1.
Dernière édition par Pacô le Sam 13 Mar - 14:52, édité 1 fois
Re: [SF] Le véritable Visage de la Lumière
Episode 1.
(1er extrait)
Le train glissait à vive allure sur ses rails gonflés au néon. Maintenu par de solides câbles coulissant sur deux barres métalliques parallèles, le convoi pénétrait dans la ville préfectorale du département allemand à plus de mille kilomètres par heure. La piste argentée, pentue, était recouverte d’une fine lamelle de glace régénérée par des machines réfrigérantes. Des zones rugueuses diminuaient cependant la vitesse de la rame à l’approche des premières habitations dont les toitures en aluminium réfléchissaient les rayons de l’astre levant en une multitude de petites lumières aveuglantes. Le ciel orangé, parcouru de longues langues de feu, s’éclaircissait et chassait la marée sombre de la nuit.
Le train s’aventura au cœur de la ville et sursauta lorsqu’il s’engagea sur un passage à niveau. Marc fut arraché au sommeil dans lequel il avait progressivement sombré depuis le début du voyage. Les yeux écarquillés par la dureté du réveil, il mit un certain temps à réorganiser ses idées. Il s’était assoupi, blotti contre ses bagages, dans une petite cabine en forme de bulle. Elle était de dernière classe, par conséquent démunie de tout mobilier, de tout service et de tout confort en général. La succincte décoration des affiches publicitaires égayait les cloisons translucides. Le petit écran tactile, en face de lui, indiquait « BERLIN » en grosses lettres. Le jeune homme soupira et se rassit sur son sac. Paris, jadis la ville des Lumières et de l’art de philosopher, n’était plus qu’à une quarantaine de minutes s’il n’y avait pas trop d’arrêts. Le train reprenait peu à peu de la vitesse. Il se dirigeait à présent vers Leipzig, célèbre pour son histoire passée. La cité fêterait bientôt, jour pour jour en ce début octobre, l’anniversaire victorieux de la coalition sur les armées de Napoléon Bonaparte, déjà affaibli par son terrible échec lors de la campagne de Russie et du revers de la guerre dans la péninsule ibérique. Bonaparte, empereur des français, de la nation dissoute qui composait actuellement l’un des départements les plus touristiques de la République Terrae : à quoi auraient rimé ses conquêtes aujourd’hui alors que le monde constituait à lui seul un état unique ?
D’un mouvement de l’index, Marc ouvrit la porte vitrée de sa cabine sphérique. Une pressante envie d’uriner lui endolorissait le bas ventre. À cette heure si matinale, les couloirs du wagon demeuraient paisibles et déserts. Le jeune homme évitait de regarder au-dehors ; cela provoquait des nausées assez désagréables. Le paysage défilait à une vitesse inconcevable, le cerveau manquait de temps pour interpréter les images. Et à quoi bon ? Ici s’étendaient des usines, des industries et des chantiers à perte de vue ; seule solution qu’avait imaginée le gouvernement de Bagdad, la capitale mère, pour résoudre « La Crise » suite à l’unification du monde. Oui, les hommes des ministères avaient conclu que la reconversion – ou la dévastation – des campagnes en chantiers de travaux nationaux, que l’on appelait communément « les grands travaux », relancerait l’économie mondiale. L’Homme avait cherché la réponse à ses problèmes au cœur de son histoire et ne s’était pas évertué dans l’innovation, dans la quête de solutions révolutionnaires. Plusieurs hauts membres de l’Assemblée – seule maîtresse de la législation mondiale – avaient contesté cette initiative, mais le gouvernement avait agi, déterminé à affronter les démons de sa ruine. Quant aux populations, elles vouaient une confiance totale à leur gouvernement et croyaient en lui comme au Messie.
On ne sut jamais si cette entreprise aurait fonctionné, si elle aurait finalement redressé une bourse en chute libre, puisque moins d’un mois après les réformes, tout avait été bouleversé …
Marc pressa le pas. Il appuya sur un bouton après avoir sélectionné le service qu’il désirait. Des flèches lumineuses apparurent sur les parois et le guidèrent jusqu’aux toilettes. Il remarqua à quel point cet outil devenait brusquement si essentiel alors qu’à sa montée, la veille à Saint-Pétersbourg, il lui avait paru d’une utilité insignifiante, voire absurde. Il atteignit enfin une porte opaque et la poussa d’un geste pressé. Il choisit le premier urinoir sur les cinq alignés, dégrafa son pantalon en cuir synthétique, à la mode actuellement, et vida sa vessie, soulagé. Aussitôt, un étrange produit chimique, auréolé d’une fumée blanchâtre, envahit la cavité souillée et, en une fraction de seconde, le liquide avait disparu, capricieux et frivole. Le jeune garçon n’aurait su dire par quelle réaction exacte ; ne lui restait qu’une vague notion sur les acides et les bases acquise durant l’apprentissage obligatoire à l’école généraliste parisienne, un vieux lycée à mi-chemin entre les gargouilles de Notre-Dame et les gravillons du champ de Mars. Aujourd’hui, à dix-neuf ans, son domaine intellectuel était davantage centré sur les sciences humaines ou l’histoire en général. C’était aussi pourquoi il étudiait à Saint-Pétersbourg, dans l’une des plus prestigieuses universités du monde, Sokolov, nom donné en référence à l’énigmatique professeur russe, originaire de cette même ville, fasciné par Napoléon et surtout, par sa stratégie militaire. Marc partageait la même passion et relisait parfois ses ouvrages, comme L’Armée de Napoléon, traduit en anglais – la langue universelle –, et qu’il connaissait par cœur. Après avoir resserré sa ceinture, le jeune homme se rinça les mains au lavabo. Un liquide tiède, presque gazeux, coula entre ses doigts. Il ne s’agissait pas d’eau, juste d’une sorte de savon désinfectant présent dans tous les lieux publics de la planète qui s’évaporait en un temps record, ce qui dispensait de l’utilisation de serviette en papier.
Une voix dépourvue d’émotion, de chaleur, d’humanité pour tout dire, vibra dans les interphones du wagon.
« Welcome to Leipzig », ce qui signifiait ni plus ni moins : « Bienvenue à Leipzig ». Comme si son ton fade donnait réellement envie de séjourner ici, pensa amèrement le jeune homme. Marc se redressa devant le miroir fissuré par endroits. Sa tignasse blonde et ses yeux azur suffisaient à charmer la gente féminine ; il le savait et ne s’en cachait pas. D’un mouvement agile, il tenta de récupérer un peu du savon, avant qu’il ne disparaisse, et de se le passer sur le visage. Ses pommettes, rosies par le sommeil de l’heure précédente, teintaient ses joues fermes mais un peu trop laiteuses à son goût. Un nez légèrement sévère et une fine bouche renforçaient son air sage et discipliné, ce qui dissimulait facilement son caractère maussade. Marc réajusta le col de sa chemise blanche et froissée, et essaya de prendre une attitude sereine. Les examens de fin de trimestre le fatiguaient beaucoup et il ne désirait pas inquiéter sa mère, de nature anxieuse. La sélection pour la seconde année universitaire était rude : le moindre signe de défaillance le mènerait à l’échec ; chose qu’il pouvait difficilement se permettre. Tel était l’enjeu qui accaparait toute son énergie ces dernières semaines et qui tirait les traits de sa figure amincie.
Marc s’apprêtait à sortir lorsque le wagon fut agité d’une violente secousse. Déséquilibré, le garçon se retint à la porte qui oscilla sous son poids. Les pneumatiques des rails se remplirent d’hélium et s’élevèrent dans les airs afin de freiner le train, tels le voulaient les protocoles de sécurité. Ils provoquèrent d’autant plus des turbulences dans les cabines de verre contre lesquelles des têtes se cognèrent brutalement. D’autres passagers furent éjectés dans le couloir ; l’alarme retentit, poussant son cri strident comme un appel à l’aide. Finalement, le train se stabilisa et Marc en profita pour quitter les toilettes. Les gens les plus téméraires s'étaient approchés des vitres, soucieux d’appréhender le danger. Leur surprise fut à son comble lorsqu'ils découvrirent d'énormes engins pivotant dans le ciel. D'étranges d’hélicoptères dotés de plusieurs hélices, plusieurs gouvernails, ainsi que d’imposants canons placés à chaque extrémité du cockpit. Autour, la ville effarée et ses buildings de plus en plus grands assistaient, comme les passagers courbaturés, à ce mystérieux déploiement. Les machines redressèrent leur trajectoire et sillonnèrent la voûte céleste : elles guettaient leur proie. Soudain, trois bolides s'engagèrent sous la piste des pneumatiques hissés, tout près du train à l'arrêt. Deux véhicules noirs aux vitres fumées, d'un esthétique sportif et pourvus de quatre roues motrices, encadraient un troisième de couleur vermeille dont le moteur tournait à plein régime. Ils étaient sur l’avenue centrale de la ville et fonçaient droit sur l’édifice le plus proéminent : l’hôtel de ville, vaste bâtisse striée de colonnades métalliques, ornée de banderoles pour la fête à venir. Un silence oppressant accablait la cité ; il n’y avait de toute façon rien à dire. Les engins dans le ciel, tels de redoutables prédateurs, plongèrent sur eux et leurs canons rugirent. La ville et le train n’écoutaient qu’eux, tétanisés et pantois. Les deux bolides noirs s’écartèrent brusquement de leur cible ; un projectile lumineux transperça le véhicule rouge. Une impressionnante déflagration souleva la voiture écarlate, qui hurla de son cri caverneux et enroué, avant de s’écraser, ficelée dans les banderoles arrachées, contre le monument officiel. Les deux autres véhicules interrompirent leur course, dans un crissement de pneus à l’unisson, firent demi-tour et s’enfuirent, leur tâche accomplie, dans la direction opposée. Les machines volantes se posèrent et quatre hommes, vêtus d’un uniforme noir des épaules aux pieds, sautèrent au sol. Ils se courbèrent en deux et atteignirent rapidement leur victime d’acier, immobile, qui venait d’expirer son dernier grognement dans les flammes. Déjà, des ambulances carillonnaient dans les rues adjacentes et les hommes en noir vérifièrent juste que le chauffeur avait lui aussi perdu l’éclat de la vie au milieu du brasier. Satisfaits, ils remontèrent alors dans leurs engins et s’envolèrent vers l’horizon.
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(1er extrait)
Le train glissait à vive allure sur ses rails gonflés au néon. Maintenu par de solides câbles coulissant sur deux barres métalliques parallèles, le convoi pénétrait dans la ville préfectorale du département allemand à plus de mille kilomètres par heure. La piste argentée, pentue, était recouverte d’une fine lamelle de glace régénérée par des machines réfrigérantes. Des zones rugueuses diminuaient cependant la vitesse de la rame à l’approche des premières habitations dont les toitures en aluminium réfléchissaient les rayons de l’astre levant en une multitude de petites lumières aveuglantes. Le ciel orangé, parcouru de longues langues de feu, s’éclaircissait et chassait la marée sombre de la nuit.
Le train s’aventura au cœur de la ville et sursauta lorsqu’il s’engagea sur un passage à niveau. Marc fut arraché au sommeil dans lequel il avait progressivement sombré depuis le début du voyage. Les yeux écarquillés par la dureté du réveil, il mit un certain temps à réorganiser ses idées. Il s’était assoupi, blotti contre ses bagages, dans une petite cabine en forme de bulle. Elle était de dernière classe, par conséquent démunie de tout mobilier, de tout service et de tout confort en général. La succincte décoration des affiches publicitaires égayait les cloisons translucides. Le petit écran tactile, en face de lui, indiquait « BERLIN » en grosses lettres. Le jeune homme soupira et se rassit sur son sac. Paris, jadis la ville des Lumières et de l’art de philosopher, n’était plus qu’à une quarantaine de minutes s’il n’y avait pas trop d’arrêts. Le train reprenait peu à peu de la vitesse. Il se dirigeait à présent vers Leipzig, célèbre pour son histoire passée. La cité fêterait bientôt, jour pour jour en ce début octobre, l’anniversaire victorieux de la coalition sur les armées de Napoléon Bonaparte, déjà affaibli par son terrible échec lors de la campagne de Russie et du revers de la guerre dans la péninsule ibérique. Bonaparte, empereur des français, de la nation dissoute qui composait actuellement l’un des départements les plus touristiques de la République Terrae : à quoi auraient rimé ses conquêtes aujourd’hui alors que le monde constituait à lui seul un état unique ?
D’un mouvement de l’index, Marc ouvrit la porte vitrée de sa cabine sphérique. Une pressante envie d’uriner lui endolorissait le bas ventre. À cette heure si matinale, les couloirs du wagon demeuraient paisibles et déserts. Le jeune homme évitait de regarder au-dehors ; cela provoquait des nausées assez désagréables. Le paysage défilait à une vitesse inconcevable, le cerveau manquait de temps pour interpréter les images. Et à quoi bon ? Ici s’étendaient des usines, des industries et des chantiers à perte de vue ; seule solution qu’avait imaginée le gouvernement de Bagdad, la capitale mère, pour résoudre « La Crise » suite à l’unification du monde. Oui, les hommes des ministères avaient conclu que la reconversion – ou la dévastation – des campagnes en chantiers de travaux nationaux, que l’on appelait communément « les grands travaux », relancerait l’économie mondiale. L’Homme avait cherché la réponse à ses problèmes au cœur de son histoire et ne s’était pas évertué dans l’innovation, dans la quête de solutions révolutionnaires. Plusieurs hauts membres de l’Assemblée – seule maîtresse de la législation mondiale – avaient contesté cette initiative, mais le gouvernement avait agi, déterminé à affronter les démons de sa ruine. Quant aux populations, elles vouaient une confiance totale à leur gouvernement et croyaient en lui comme au Messie.
On ne sut jamais si cette entreprise aurait fonctionné, si elle aurait finalement redressé une bourse en chute libre, puisque moins d’un mois après les réformes, tout avait été bouleversé …
Marc pressa le pas. Il appuya sur un bouton après avoir sélectionné le service qu’il désirait. Des flèches lumineuses apparurent sur les parois et le guidèrent jusqu’aux toilettes. Il remarqua à quel point cet outil devenait brusquement si essentiel alors qu’à sa montée, la veille à Saint-Pétersbourg, il lui avait paru d’une utilité insignifiante, voire absurde. Il atteignit enfin une porte opaque et la poussa d’un geste pressé. Il choisit le premier urinoir sur les cinq alignés, dégrafa son pantalon en cuir synthétique, à la mode actuellement, et vida sa vessie, soulagé. Aussitôt, un étrange produit chimique, auréolé d’une fumée blanchâtre, envahit la cavité souillée et, en une fraction de seconde, le liquide avait disparu, capricieux et frivole. Le jeune garçon n’aurait su dire par quelle réaction exacte ; ne lui restait qu’une vague notion sur les acides et les bases acquise durant l’apprentissage obligatoire à l’école généraliste parisienne, un vieux lycée à mi-chemin entre les gargouilles de Notre-Dame et les gravillons du champ de Mars. Aujourd’hui, à dix-neuf ans, son domaine intellectuel était davantage centré sur les sciences humaines ou l’histoire en général. C’était aussi pourquoi il étudiait à Saint-Pétersbourg, dans l’une des plus prestigieuses universités du monde, Sokolov, nom donné en référence à l’énigmatique professeur russe, originaire de cette même ville, fasciné par Napoléon et surtout, par sa stratégie militaire. Marc partageait la même passion et relisait parfois ses ouvrages, comme L’Armée de Napoléon, traduit en anglais – la langue universelle –, et qu’il connaissait par cœur. Après avoir resserré sa ceinture, le jeune homme se rinça les mains au lavabo. Un liquide tiède, presque gazeux, coula entre ses doigts. Il ne s’agissait pas d’eau, juste d’une sorte de savon désinfectant présent dans tous les lieux publics de la planète qui s’évaporait en un temps record, ce qui dispensait de l’utilisation de serviette en papier.
Une voix dépourvue d’émotion, de chaleur, d’humanité pour tout dire, vibra dans les interphones du wagon.
« Welcome to Leipzig », ce qui signifiait ni plus ni moins : « Bienvenue à Leipzig ». Comme si son ton fade donnait réellement envie de séjourner ici, pensa amèrement le jeune homme. Marc se redressa devant le miroir fissuré par endroits. Sa tignasse blonde et ses yeux azur suffisaient à charmer la gente féminine ; il le savait et ne s’en cachait pas. D’un mouvement agile, il tenta de récupérer un peu du savon, avant qu’il ne disparaisse, et de se le passer sur le visage. Ses pommettes, rosies par le sommeil de l’heure précédente, teintaient ses joues fermes mais un peu trop laiteuses à son goût. Un nez légèrement sévère et une fine bouche renforçaient son air sage et discipliné, ce qui dissimulait facilement son caractère maussade. Marc réajusta le col de sa chemise blanche et froissée, et essaya de prendre une attitude sereine. Les examens de fin de trimestre le fatiguaient beaucoup et il ne désirait pas inquiéter sa mère, de nature anxieuse. La sélection pour la seconde année universitaire était rude : le moindre signe de défaillance le mènerait à l’échec ; chose qu’il pouvait difficilement se permettre. Tel était l’enjeu qui accaparait toute son énergie ces dernières semaines et qui tirait les traits de sa figure amincie.
Marc s’apprêtait à sortir lorsque le wagon fut agité d’une violente secousse. Déséquilibré, le garçon se retint à la porte qui oscilla sous son poids. Les pneumatiques des rails se remplirent d’hélium et s’élevèrent dans les airs afin de freiner le train, tels le voulaient les protocoles de sécurité. Ils provoquèrent d’autant plus des turbulences dans les cabines de verre contre lesquelles des têtes se cognèrent brutalement. D’autres passagers furent éjectés dans le couloir ; l’alarme retentit, poussant son cri strident comme un appel à l’aide. Finalement, le train se stabilisa et Marc en profita pour quitter les toilettes. Les gens les plus téméraires s'étaient approchés des vitres, soucieux d’appréhender le danger. Leur surprise fut à son comble lorsqu'ils découvrirent d'énormes engins pivotant dans le ciel. D'étranges d’hélicoptères dotés de plusieurs hélices, plusieurs gouvernails, ainsi que d’imposants canons placés à chaque extrémité du cockpit. Autour, la ville effarée et ses buildings de plus en plus grands assistaient, comme les passagers courbaturés, à ce mystérieux déploiement. Les machines redressèrent leur trajectoire et sillonnèrent la voûte céleste : elles guettaient leur proie. Soudain, trois bolides s'engagèrent sous la piste des pneumatiques hissés, tout près du train à l'arrêt. Deux véhicules noirs aux vitres fumées, d'un esthétique sportif et pourvus de quatre roues motrices, encadraient un troisième de couleur vermeille dont le moteur tournait à plein régime. Ils étaient sur l’avenue centrale de la ville et fonçaient droit sur l’édifice le plus proéminent : l’hôtel de ville, vaste bâtisse striée de colonnades métalliques, ornée de banderoles pour la fête à venir. Un silence oppressant accablait la cité ; il n’y avait de toute façon rien à dire. Les engins dans le ciel, tels de redoutables prédateurs, plongèrent sur eux et leurs canons rugirent. La ville et le train n’écoutaient qu’eux, tétanisés et pantois. Les deux bolides noirs s’écartèrent brusquement de leur cible ; un projectile lumineux transperça le véhicule rouge. Une impressionnante déflagration souleva la voiture écarlate, qui hurla de son cri caverneux et enroué, avant de s’écraser, ficelée dans les banderoles arrachées, contre le monument officiel. Les deux autres véhicules interrompirent leur course, dans un crissement de pneus à l’unisson, firent demi-tour et s’enfuirent, leur tâche accomplie, dans la direction opposée. Les machines volantes se posèrent et quatre hommes, vêtus d’un uniforme noir des épaules aux pieds, sautèrent au sol. Ils se courbèrent en deux et atteignirent rapidement leur victime d’acier, immobile, qui venait d’expirer son dernier grognement dans les flammes. Déjà, des ambulances carillonnaient dans les rues adjacentes et les hommes en noir vérifièrent juste que le chauffeur avait lui aussi perdu l’éclat de la vie au milieu du brasier. Satisfaits, ils remontèrent alors dans leurs engins et s’envolèrent vers l’horizon.
[http://imperialdreamer.forumsline.com/romans-f33/le-veritable-visage-de-la-lumiere-t1128.htm]
Dernière édition par Pacô le Dim 7 Mar - 20:33, édité 9 fois
Re: [SF] Le véritable Visage de la Lumière
(2ème extrait)
Les rails investis par le néon s’abaissèrent. Stimulé par des décharges électrostatiques, le train glissa, lentement au départ puis de plus en plus vite. Il reprenait son chemin, imperturbable face à cet événement ahurissant. À Paris, gare Montparnasse, serait annoncé un retard pour cause de perturbations sur la ligne. Peut-être ne mentionnerait-on même pas cette exécution sommaire – car il en s’agissait bien d’une. Ceci n’était qu’une arrestation sur Terrae, comme il en existait tant d’autres ces temps-ci. Pourtant, elle n’était orchestrée ni par la police ni par aucune force armée de la République. Non, ces hommes en noir étaient des agents de l’Empire, la puissance économique et militaire salvatrice du monde entier, inconnue il y avait encore de ça trois ans.
À peine vingt minutes plus tard, le convoi franchit les frontières du département allemand et se dirigea à pleine allure sur la capitale préfectorale française. Plus aucune gare n’était signalée mise à part celle du terminus. Dans la section Eurasiatique – région autonome rattachée au gouvernement Terrae – les douanes avaient été abolies et les passages n’étaient plus contrôlés. La police et les forces gouvernementales avaient de toute manière un contrôle total sur l’ensemble de la planète. Du moins, dans les textes.
Marc s’était rassis dans la cabine. Une voix monotone, au plafond, présentait encore ses plus plates excuses pour l’incident survenu durant le trajet. C’était la troisième fois que le garçon entendait ses assertions qui promettaient un remboursement partiel du ticket acheté dans la ville slave. Une économie au prix d’une belle frayeur.
« … prise en charge médicale et l’ouverture d’une cellule psychiatrique, remboursées intégralement par la Société des Chemins de Traverse Eurasiens, seront effectuées à la gare Montparnasse pour la clientèle. Nous vous prions de bien vouloir accepter, une nouvelle fois, nos excuses pour le dérangement occasionné. »
Et le discours se terminait par une salutation agrémentée d’un souhait de bonne journée. Marc soupira : ce n’étaient pas les premières allégations de la SCTE, ou de tout autre organisme public, et encore moins les dernières vu l’actualité inquiétante. Les élections présidentielles mondiales, prévues au mois de juin, embarrassaient le pouvoir en place. Un nouveau parti politique employait les violences répétées des mystérieux étrangers pour justifier leurs idéologies autoritaires ; le plus inquiétant, c’est qu’elles plaisaient à l’opinion publique. De plus, à l’apparition de l’Empire, Alphred Mernine – le président en fonction – était déjà à la tête de la République Terrae, ce depuis deux ans et demi, et jamais encore on n’avait envisagé la passation de pouvoir en présence d’une puissance spectatrice. Au plus bas de la crise, il avait accueilli les émissaires impériaux comme la Providence et avait assumé leurs exigences, approuvées par l’Assemblée, tant elles semblaient dérisoires : un droit de passage sur la Terre, sections Américaines – Nord et Sud – et Australienne comprises, la reconnaissance de son taux monétaire, similaire à celui de Terrae, et une présence de sa propre police pour surveiller les commerces en son intérêt. Le gouvernement avait-il été si ingénu ? Où agonisait-il au point de signer un accord aussi absurde comme un mutilé panserait ses plaies béantes avec de la glace à la fleur de sel ?
Quelque chose tressaillit tout à coup dans la poche du garçon, coupant court à sa méditation qui tendait vers la somnolence. Marc y fourra sa main et saisit une petite puce électronique. Sa taille, aussi grosse que l’ongle du majeur, témoignait de sa vétusté. Les gens souriaient lorsqu’ils remarquaient une petite boule noire dans le lobe de son oreille, comme les boules quiès de grands-mères. Cependant, elle contenait tout de même une centaine de fonctionnalités différentes et une archive de plusieurs milliers de musiques… la moitié des disponibilités des puces modernes. Un petit voyant rouge clignotait, signe d’un nouvel événement. Il l’inséra dans son oreille ; elle grésilla et engourdit ses tympans. Finalement, elle se connecta au réseau mondial et Marc vit le menu azuré s’esquisser devant ses yeux. Il l’imaginait en quelque sorte. Les scientifiques parlaient de légères pulsations effectuées sur les neurones sensitifs qui provoquaient un semblant d’hallucination. L’utilisateur pouvait ensuite choisir une fonctionnalité mentalement ou l’énoncer à haute voix, pour une meilleure réception – tout dépendait de la personne et de ses capacités psychiques. « Aucune conséquence neurologique, prouvée scientifiquement », affirmaient les spots publicitaires. Comment pouvaient-ils en être aussi sûrs ? Les puces ne figuraient sur le marché que depuis peu d’années et personne n’avait pris assez de recul, d’au moins une génération, pour présenter autant d’aplomb. De toute manière, la réponse serait visible à grande échelle. Ceux et celles qui ne possédaient pas de puces, riches ou pauvres, se comptaient facilement sur les doigts de la main dans ce train bondé.
Marc se concentra sur l’accueil et il n’eut aucun mal à apercevoir le logo des messages qui scintillait par intermittences.
« Boîte de réception », dit-il d’une voix distincte.
Il faisait partie des clients dont le système mental ne fonctionnait pas avec eux. Ou très mal. Les techniciens de l’agence Psychie, principale productrice de cet appareil, avaient prétendu, après avoir doucement ri en voyant l’allure ancestrale de la puce, que certains utilisateurs bloquaient, inconsciemment, la partie désirée du cerveau à la structure informatique du gadget. L’erreur serait sûrement réparée dans les nouveaux modèles, avaient-ils même finement ajouté. Qu’ils étaient drôles ! Si les encéphales se défendaient contre les technologies, cela ne présageait-il pas d’éventuelles séquelles neurologiques ?
Un nouveau message venait d’être stocké dans la boîte. Marc s’empressa de l’ouvrir ; il s’agissait de son père, Roland. Étrange qu’il le joigne à quelques dizaines de minutes des retrouvailles… Son cœur palpitait tandis que l’ouverture du fichier typographique s’organisait. Il avait hérité de cette anxiété abusive de sa mère.
« L’hôpital m’a appelé : une urgence et le service me réquisitionne. Maman vient te chercher à la gare. J’espère pouvoir te voir avant ce soir …
Bises,
Papa. »
Soulagé, Marc desserra les dents. Ce n’était pas la première fois que le dur travail de son père empiétait sur le cercle familial. Combien d’anniversaires avait-il manqué à cause d’un accidenté ? Combien de moments chaleureux lui avaient-ils été contés à son retour d’une opération chirurgicale à haut risque ? Marc soupira et supprima le message. Il profita de son passage sur sa boîte de réception pour envoyer un message à son meilleur ami, Roald, et ainsi le prévenir de son arrivée. Il le voyait déjà au garde-à-vous devant sa propre puce, impatient. Marc sourit : l’image était bien choisie. Roald s’était engagé dans une carrière militaire l’an passé. On croyait souvent que l’armée n’existait plus, que l’absence de nations multiples impliquait la disparition de guerres. Mais si les pays indépendants s’étaient dissous, la nature belliqueuse de l’homme n’en était pas moins amoindrie. Et les risques de guérillas entre populations anciennement rivales n’étaient pas à écarter. Les tensions subsistaient malheureusement toujours et elles s’étaient même accrues avec l’ascension de l’Empire au sein de la société.
Roald était l’ami d’enfance dont tout le monde rêvait. Bon, serviable, riche et généreux. Son visage halé renforçait sa jovialité. Il faisait même le charme de toute sa personne : il intriguait le monde d’une manière irrésistible. Son regard sombre et profond transperçait les cœurs, surtout ceux des jeunes demoiselles. Un sourire omniprésent aux coins des lèvres, qui révélait sa malice, équilibrait à merveille la morosité de Marc. Ses cheveux, courts et crépus, rappelaient ses origines des sections africaines maghrébines. Et son caractère intouchable, calme et serein, embarrassait ceux qui le côtoyaient. Il plaisait à tous et tous voulaient lui plaire. Telle était la définition la plus succincte mais la plus authentique de ce garçon qui représentait tant pour Marc.
Les deux garçons s’étaient élevés ensemble tout au long de leur enfance. À l’époque, la famille de Marc, les Pasceli, bénéficiait d’un compte bancaire suffisant pour faire vivre tous ses membres d’une manière aisée. Elle avait alors aidé les Adjahid, la famille de Roald, à s’insérer socialement dans la banlieue parisienne où ils résidaient, un quartier bourgeois et arrogant. Et surtout chargé de préjugés … tellement que l’on se demandait encore aujourd’hui comment il faisait pour garder la tête haute devant une glace, sans s’affaisser. À présent, la situation s’était inversée. Les Adjahid s’étaient enrichis grâce à un commerce florissant de pépinières et des échanges fructueux avec l’Empire. Les Pasceli, quant à eux, avaient été soufflés de plein fouet par la crise et il avait nécessité moins d’un an pour réduire le patrimoine familial au dixième de sa valeur. La firme la plus prisée de toute la section eurasiatique – une pionnière de la technologie électropsychique – était entrée en procédure de faillite en quelques mois, sans avoir eu le temps de pousser un cri de détresse. Déstabilisé, le gouvernement avait révisé ses plans de grands travaux avant de les appliquer, comme s’il avait soudainement douté de leur efficacité. Elle avait dû son salut grâce au rachat par l’entreprise multisections Psychie, elle-même revendue quelques jours plus tôt à l’Empire. Madame Pasceli possédait un haut poste administratif au siège social de la firme. La première décision du nouveau propriétaire avait été de renvoyer sans préavis toute la direction et d’installer des dignitaires impériaux à leurs places. Les quelques syndicats survivants avaient revendiqué leurs droits auprès de la République affaiblie et dépassée. Aucune poursuite n’avait été amorcée à l’encontre de la nouvelle puissance. Trop d’argent avait été mis en jeu pour risquer un nouvel effondrement des bourses. La mère de Marc avait ainsi perdu son emploi et son sourire. Elle ressemblait aujourd’hui à un automate, un automate qui paraissait heureux mais qui souffrait en réalité, et elle effectuait sa tâche de maman modèle comme s’il n’y avait plus que ça de vrai dans ce monde ébranlé.
[http://imperialdreamer.forumsline.com/romans-f33/le-veritable-visage-de-la-lumiere-t1128.htm]
Les rails investis par le néon s’abaissèrent. Stimulé par des décharges électrostatiques, le train glissa, lentement au départ puis de plus en plus vite. Il reprenait son chemin, imperturbable face à cet événement ahurissant. À Paris, gare Montparnasse, serait annoncé un retard pour cause de perturbations sur la ligne. Peut-être ne mentionnerait-on même pas cette exécution sommaire – car il en s’agissait bien d’une. Ceci n’était qu’une arrestation sur Terrae, comme il en existait tant d’autres ces temps-ci. Pourtant, elle n’était orchestrée ni par la police ni par aucune force armée de la République. Non, ces hommes en noir étaient des agents de l’Empire, la puissance économique et militaire salvatrice du monde entier, inconnue il y avait encore de ça trois ans.
À peine vingt minutes plus tard, le convoi franchit les frontières du département allemand et se dirigea à pleine allure sur la capitale préfectorale française. Plus aucune gare n’était signalée mise à part celle du terminus. Dans la section Eurasiatique – région autonome rattachée au gouvernement Terrae – les douanes avaient été abolies et les passages n’étaient plus contrôlés. La police et les forces gouvernementales avaient de toute manière un contrôle total sur l’ensemble de la planète. Du moins, dans les textes.
Marc s’était rassis dans la cabine. Une voix monotone, au plafond, présentait encore ses plus plates excuses pour l’incident survenu durant le trajet. C’était la troisième fois que le garçon entendait ses assertions qui promettaient un remboursement partiel du ticket acheté dans la ville slave. Une économie au prix d’une belle frayeur.
« … prise en charge médicale et l’ouverture d’une cellule psychiatrique, remboursées intégralement par la Société des Chemins de Traverse Eurasiens, seront effectuées à la gare Montparnasse pour la clientèle. Nous vous prions de bien vouloir accepter, une nouvelle fois, nos excuses pour le dérangement occasionné. »
Et le discours se terminait par une salutation agrémentée d’un souhait de bonne journée. Marc soupira : ce n’étaient pas les premières allégations de la SCTE, ou de tout autre organisme public, et encore moins les dernières vu l’actualité inquiétante. Les élections présidentielles mondiales, prévues au mois de juin, embarrassaient le pouvoir en place. Un nouveau parti politique employait les violences répétées des mystérieux étrangers pour justifier leurs idéologies autoritaires ; le plus inquiétant, c’est qu’elles plaisaient à l’opinion publique. De plus, à l’apparition de l’Empire, Alphred Mernine – le président en fonction – était déjà à la tête de la République Terrae, ce depuis deux ans et demi, et jamais encore on n’avait envisagé la passation de pouvoir en présence d’une puissance spectatrice. Au plus bas de la crise, il avait accueilli les émissaires impériaux comme la Providence et avait assumé leurs exigences, approuvées par l’Assemblée, tant elles semblaient dérisoires : un droit de passage sur la Terre, sections Américaines – Nord et Sud – et Australienne comprises, la reconnaissance de son taux monétaire, similaire à celui de Terrae, et une présence de sa propre police pour surveiller les commerces en son intérêt. Le gouvernement avait-il été si ingénu ? Où agonisait-il au point de signer un accord aussi absurde comme un mutilé panserait ses plaies béantes avec de la glace à la fleur de sel ?
Quelque chose tressaillit tout à coup dans la poche du garçon, coupant court à sa méditation qui tendait vers la somnolence. Marc y fourra sa main et saisit une petite puce électronique. Sa taille, aussi grosse que l’ongle du majeur, témoignait de sa vétusté. Les gens souriaient lorsqu’ils remarquaient une petite boule noire dans le lobe de son oreille, comme les boules quiès de grands-mères. Cependant, elle contenait tout de même une centaine de fonctionnalités différentes et une archive de plusieurs milliers de musiques… la moitié des disponibilités des puces modernes. Un petit voyant rouge clignotait, signe d’un nouvel événement. Il l’inséra dans son oreille ; elle grésilla et engourdit ses tympans. Finalement, elle se connecta au réseau mondial et Marc vit le menu azuré s’esquisser devant ses yeux. Il l’imaginait en quelque sorte. Les scientifiques parlaient de légères pulsations effectuées sur les neurones sensitifs qui provoquaient un semblant d’hallucination. L’utilisateur pouvait ensuite choisir une fonctionnalité mentalement ou l’énoncer à haute voix, pour une meilleure réception – tout dépendait de la personne et de ses capacités psychiques. « Aucune conséquence neurologique, prouvée scientifiquement », affirmaient les spots publicitaires. Comment pouvaient-ils en être aussi sûrs ? Les puces ne figuraient sur le marché que depuis peu d’années et personne n’avait pris assez de recul, d’au moins une génération, pour présenter autant d’aplomb. De toute manière, la réponse serait visible à grande échelle. Ceux et celles qui ne possédaient pas de puces, riches ou pauvres, se comptaient facilement sur les doigts de la main dans ce train bondé.
Marc se concentra sur l’accueil et il n’eut aucun mal à apercevoir le logo des messages qui scintillait par intermittences.
« Boîte de réception », dit-il d’une voix distincte.
Il faisait partie des clients dont le système mental ne fonctionnait pas avec eux. Ou très mal. Les techniciens de l’agence Psychie, principale productrice de cet appareil, avaient prétendu, après avoir doucement ri en voyant l’allure ancestrale de la puce, que certains utilisateurs bloquaient, inconsciemment, la partie désirée du cerveau à la structure informatique du gadget. L’erreur serait sûrement réparée dans les nouveaux modèles, avaient-ils même finement ajouté. Qu’ils étaient drôles ! Si les encéphales se défendaient contre les technologies, cela ne présageait-il pas d’éventuelles séquelles neurologiques ?
Un nouveau message venait d’être stocké dans la boîte. Marc s’empressa de l’ouvrir ; il s’agissait de son père, Roland. Étrange qu’il le joigne à quelques dizaines de minutes des retrouvailles… Son cœur palpitait tandis que l’ouverture du fichier typographique s’organisait. Il avait hérité de cette anxiété abusive de sa mère.
« L’hôpital m’a appelé : une urgence et le service me réquisitionne. Maman vient te chercher à la gare. J’espère pouvoir te voir avant ce soir …
Bises,
Papa. »
Soulagé, Marc desserra les dents. Ce n’était pas la première fois que le dur travail de son père empiétait sur le cercle familial. Combien d’anniversaires avait-il manqué à cause d’un accidenté ? Combien de moments chaleureux lui avaient-ils été contés à son retour d’une opération chirurgicale à haut risque ? Marc soupira et supprima le message. Il profita de son passage sur sa boîte de réception pour envoyer un message à son meilleur ami, Roald, et ainsi le prévenir de son arrivée. Il le voyait déjà au garde-à-vous devant sa propre puce, impatient. Marc sourit : l’image était bien choisie. Roald s’était engagé dans une carrière militaire l’an passé. On croyait souvent que l’armée n’existait plus, que l’absence de nations multiples impliquait la disparition de guerres. Mais si les pays indépendants s’étaient dissous, la nature belliqueuse de l’homme n’en était pas moins amoindrie. Et les risques de guérillas entre populations anciennement rivales n’étaient pas à écarter. Les tensions subsistaient malheureusement toujours et elles s’étaient même accrues avec l’ascension de l’Empire au sein de la société.
Roald était l’ami d’enfance dont tout le monde rêvait. Bon, serviable, riche et généreux. Son visage halé renforçait sa jovialité. Il faisait même le charme de toute sa personne : il intriguait le monde d’une manière irrésistible. Son regard sombre et profond transperçait les cœurs, surtout ceux des jeunes demoiselles. Un sourire omniprésent aux coins des lèvres, qui révélait sa malice, équilibrait à merveille la morosité de Marc. Ses cheveux, courts et crépus, rappelaient ses origines des sections africaines maghrébines. Et son caractère intouchable, calme et serein, embarrassait ceux qui le côtoyaient. Il plaisait à tous et tous voulaient lui plaire. Telle était la définition la plus succincte mais la plus authentique de ce garçon qui représentait tant pour Marc.
Les deux garçons s’étaient élevés ensemble tout au long de leur enfance. À l’époque, la famille de Marc, les Pasceli, bénéficiait d’un compte bancaire suffisant pour faire vivre tous ses membres d’une manière aisée. Elle avait alors aidé les Adjahid, la famille de Roald, à s’insérer socialement dans la banlieue parisienne où ils résidaient, un quartier bourgeois et arrogant. Et surtout chargé de préjugés … tellement que l’on se demandait encore aujourd’hui comment il faisait pour garder la tête haute devant une glace, sans s’affaisser. À présent, la situation s’était inversée. Les Adjahid s’étaient enrichis grâce à un commerce florissant de pépinières et des échanges fructueux avec l’Empire. Les Pasceli, quant à eux, avaient été soufflés de plein fouet par la crise et il avait nécessité moins d’un an pour réduire le patrimoine familial au dixième de sa valeur. La firme la plus prisée de toute la section eurasiatique – une pionnière de la technologie électropsychique – était entrée en procédure de faillite en quelques mois, sans avoir eu le temps de pousser un cri de détresse. Déstabilisé, le gouvernement avait révisé ses plans de grands travaux avant de les appliquer, comme s’il avait soudainement douté de leur efficacité. Elle avait dû son salut grâce au rachat par l’entreprise multisections Psychie, elle-même revendue quelques jours plus tôt à l’Empire. Madame Pasceli possédait un haut poste administratif au siège social de la firme. La première décision du nouveau propriétaire avait été de renvoyer sans préavis toute la direction et d’installer des dignitaires impériaux à leurs places. Les quelques syndicats survivants avaient revendiqué leurs droits auprès de la République affaiblie et dépassée. Aucune poursuite n’avait été amorcée à l’encontre de la nouvelle puissance. Trop d’argent avait été mis en jeu pour risquer un nouvel effondrement des bourses. La mère de Marc avait ainsi perdu son emploi et son sourire. Elle ressemblait aujourd’hui à un automate, un automate qui paraissait heureux mais qui souffrait en réalité, et elle effectuait sa tâche de maman modèle comme s’il n’y avait plus que ça de vrai dans ce monde ébranlé.
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Re: [SF] Le véritable Visage de la Lumière
(3ème extrait)
Le message envoyé, Marc retourna oralement sur l’accueil. Il restait une petite dizaine de minutes avant le terminus. Son esprit vagabonda sur les titres de musique. Elles étaient toutes agréables et il les appréciait pour leur rythme. Cependant, il ne recherchait pas le dynamisme. Le garçon opta pour une valeur sûre. Il changea d’archive et ouvrit celle qu’il cachait parfois à ses camarades lorsqu’il prêtait sa puce. Plusieurs avaient oublié la musique classique et la magie de ses sons. L’homme ne jouait plus, il programmait. Les instruments avaient été remisés au profit des outils informatiques qui synthétisaient les notes et les codaient de manière à produire une sonorité originale. Il n’était plus question de talent mais de technologie. Quelques notes du « Printemps » ouvrirent le mouvement des Quatre Saisons. On ne se souvenait plus du compositeur. Un Mozart peut être, seul nom resté emblématique. Mais l’instrumentation révélait un caractère italien, et surtout un penchant pour le baroque. Pourquoi avait-on oublié l’Art ? Personne ne répondait à cette vaine question. « Le passé est le passé », disait-on. Si on fouillait dans les archives de la République, on retrouverait sans nul doute le vrai Vivaldi. Cependant, on l’évitait car lui et ses comparses virtuoses tels que Chopin, Liszt, ou plus tard Rachmaninov en région russe, incarnaient le génie humain des nations indépendantes. Marc ne doutait pas que certains érudits éprouvaient quelques regrets sur cette absence de culture et qu’ils les dissimulaient sous une impassibilité déconcertante.
« Welcome to Paris »
Marc sursauta. Il se colla à la vitre de la bulle, résistant aux nausées engendrées par le tournis. La ville des Lumières n’avait pas été entièrement défigurée par les grands travaux de la République – le faisait-on croire ! Se dressaient pourtant ci et là de hautes cheminées qui brûlaient on ne savait quoi. La Seine était recouverte d’immenses chapes de béton ; elle était à présent souterraine, pour gagner de la place et favoriser les échanges entre les deux rives – quitte à perdre le surnom d’île de France. La piste pneumatique avait été tracée sur son lit. Marc distingua au loin le sommet des tours de la cathédrale Notre-Dame, ses gargouilles scrutant l’horizon d’un air malsain et narquois, comme si elles avaient toujours leur mot à dire dans les croyances des hommes actuels. Le bas de l’édifice était difficilement visible. On avait recouvert les monuments historiques de vastes coupoles protectrices, contre la fumée des pollutions diverses et le temps qui coulait éternellement. Plus loin, le Louvre, le musée débordant du génie humain, avait été lui aussi muselé sous d’imposants échafaudages qui enfermaient également de leurs couvertures de verre l’Arc de Triomphe, le jardin des Tuileries et une partie de la place de la Concorde. À l’intérieur, l’air était épuré, les gens contrôlés et les accès réduits. Ainsi témoignait la politique de préservation du patrimoine : l’interdire au public présent pour que d’éventuelles générations futures en bénéficient. Un moyen doublement efficace car elle permettait aussi d’oublier le fastueux passé des nations indépendantes, octroyant à la République Terrae le monopole de l’attention universelle.
La piste pneumatique quitta le lit de la Seine et obliqua à gauche. Le train ralentit. Sur les deux derniers kilomètres, il grimpa sur une sorte de ponton aérien, passa au-dessus du quai d’Orsay, lui aussi emmitouflé dans sa camisole protectrice, et l’esplanade des Invalides. Les pneumatiques se dégonflèrent, la glace fondit et les décharges électrostatiques cessèrent. Le convoi amorça la descente du ponton, arrivé à la gare Montparnasse, mais fut freiné jusqu’à son arrêt total devant les quais bondés de familles soucieuses. Marc rassembla ses affaires, ouvrit de l’index sa cabine et tira son sac derrière lui. Mentalement, il composa le code numéroté de la puce de sa mère. Sa demande fut rejetée. Exaspéré, il énuméra à voix haute les chiffres, au nombre de dix. Les autres passagers le dévisagèrent d’une étrange façon dans le couloir, mais il tenta de les ignorer. Les portes transversales se séparèrent en deux lentement et le garçon fut l’un des premiers à sortir.
« Maman ? dit-il lorsque celle-ci eut manifesté sa présence par la puce. Tu es où exactement ?
– Dans le hall. Tu vas bien ? J’ai su que …
– Ne t’inquiète pas, je me porte à merveille. Juste … une turbulence, répondit-il en reprenant les mots de la SCTE. J’arrive. »
Et il coupa la communication. Des médecins en blouses laiteuses l’approchèrent. Marc eut la désagréable impression qu’il sortait d’une catastrophe naturelle. Quelques ecchymoses justifiaient-elles toute cette effervescence ? Il les repoussa gentiment, prétextant qu’il n’avait mal nulle part. Une horde de journalistes, contenue jusque-là, investit les quais et harponna les passagers surpris. Leurs capteurs filmèrent l’ensemble du train intact afin de former une image trois dimensions, exploitée ensuite par les grandes chaînes de télévision. Le garçon en esquiva plusieurs et se dirigea vers la sortie. En plus du vacarme de la foule, les mégaphones, du haut de leur tour d’acier, annonçaient les correspondances suivantes et Marc crut s’évader aisément des griffes des médias massifs et du tumulte assourdissant. Il se trompait.
« Jeune homme ! l’interpella un homme vêtu d’un ample manteau gris, au moment où il croyait avoir échappé à un interrogatoire. Comment ressens-tu l’agression de l’Empire ?
– Il n’y a pas eu d’agression, démentit Marc en poussant la porte.
– Tiens donc ! s’exclama l’homme. Et comment appelles-tu l’incident qu’il s’est produit à Leipzig ? »
Marc mit un certain temps à répondre. Ce journaliste se croyait au-dessus de tout. Il l’agaçait dans son par-dessus trop propre, sa voix trop assurée et son allure trop sereine. La gare n’avait pourtant signalé qu’une légère turbulence et ces reporters considéraient l’évènement comme une véritable catastrophe diplomatique. Que cherchaient-ils donc à la fin ? L’Empire n’avait fait ni plus ni moins ce qu’il faisait depuis des mois, depuis son apparition, depuis la signature des accords de Bagdad : il traquait quelque chose. Personne ne savait quoi ou qui et, en cet instant, Marc s’en fichait comme de sa première chemise, tant qu’il n’interférait pas dans ses projets personnels. Plusieurs investigations avaient révélé que toutes les « proies » – ainsi les chaînes de télévision surnommaient les personnes poursuivies par les services impériaux – s’avéraient être des criminels. Comme si l’Empire se chargeait de nettoyer la planète, sans aucun but précis. Devant l’impatience du journaliste, Marc haussa les épaules et rétorqua :
« De l’audimat pendant une semaine ? »
L’homme au manteau gris lui sourit et lui adressa un clin d’œil complice. Puis, s’apercevant qu’il ne tirerait rien du garçon, il s’en détourna et partit vers le convoi impuissant, visé par tous les capteurs trois dimensions. Marc pénétra dans le hall, beaucoup plus peuplé encore, où le silence était notion inconnue. Il repéra rapidement sa mère, petite, rondelette, accompagnée de son sourire fabriqué, emprunté à une plus glorieuse période où elle était réellement heureuse. De grotesques reconstitutions de l’incident à Leipzig défilaient sur les écrans géants autour de lui. Il n’y avait plus deux mais dix engins volants et ce n’était plus une exécution mais une boucherie. Cependant, Marc ne fit pas attention aux autres articles projetés sur de moindres écrans qui relataient le discours au palais présidentiel du président Mernine, le matin même.
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Le message envoyé, Marc retourna oralement sur l’accueil. Il restait une petite dizaine de minutes avant le terminus. Son esprit vagabonda sur les titres de musique. Elles étaient toutes agréables et il les appréciait pour leur rythme. Cependant, il ne recherchait pas le dynamisme. Le garçon opta pour une valeur sûre. Il changea d’archive et ouvrit celle qu’il cachait parfois à ses camarades lorsqu’il prêtait sa puce. Plusieurs avaient oublié la musique classique et la magie de ses sons. L’homme ne jouait plus, il programmait. Les instruments avaient été remisés au profit des outils informatiques qui synthétisaient les notes et les codaient de manière à produire une sonorité originale. Il n’était plus question de talent mais de technologie. Quelques notes du « Printemps » ouvrirent le mouvement des Quatre Saisons. On ne se souvenait plus du compositeur. Un Mozart peut être, seul nom resté emblématique. Mais l’instrumentation révélait un caractère italien, et surtout un penchant pour le baroque. Pourquoi avait-on oublié l’Art ? Personne ne répondait à cette vaine question. « Le passé est le passé », disait-on. Si on fouillait dans les archives de la République, on retrouverait sans nul doute le vrai Vivaldi. Cependant, on l’évitait car lui et ses comparses virtuoses tels que Chopin, Liszt, ou plus tard Rachmaninov en région russe, incarnaient le génie humain des nations indépendantes. Marc ne doutait pas que certains érudits éprouvaient quelques regrets sur cette absence de culture et qu’ils les dissimulaient sous une impassibilité déconcertante.
« Welcome to Paris »
Marc sursauta. Il se colla à la vitre de la bulle, résistant aux nausées engendrées par le tournis. La ville des Lumières n’avait pas été entièrement défigurée par les grands travaux de la République – le faisait-on croire ! Se dressaient pourtant ci et là de hautes cheminées qui brûlaient on ne savait quoi. La Seine était recouverte d’immenses chapes de béton ; elle était à présent souterraine, pour gagner de la place et favoriser les échanges entre les deux rives – quitte à perdre le surnom d’île de France. La piste pneumatique avait été tracée sur son lit. Marc distingua au loin le sommet des tours de la cathédrale Notre-Dame, ses gargouilles scrutant l’horizon d’un air malsain et narquois, comme si elles avaient toujours leur mot à dire dans les croyances des hommes actuels. Le bas de l’édifice était difficilement visible. On avait recouvert les monuments historiques de vastes coupoles protectrices, contre la fumée des pollutions diverses et le temps qui coulait éternellement. Plus loin, le Louvre, le musée débordant du génie humain, avait été lui aussi muselé sous d’imposants échafaudages qui enfermaient également de leurs couvertures de verre l’Arc de Triomphe, le jardin des Tuileries et une partie de la place de la Concorde. À l’intérieur, l’air était épuré, les gens contrôlés et les accès réduits. Ainsi témoignait la politique de préservation du patrimoine : l’interdire au public présent pour que d’éventuelles générations futures en bénéficient. Un moyen doublement efficace car elle permettait aussi d’oublier le fastueux passé des nations indépendantes, octroyant à la République Terrae le monopole de l’attention universelle.
La piste pneumatique quitta le lit de la Seine et obliqua à gauche. Le train ralentit. Sur les deux derniers kilomètres, il grimpa sur une sorte de ponton aérien, passa au-dessus du quai d’Orsay, lui aussi emmitouflé dans sa camisole protectrice, et l’esplanade des Invalides. Les pneumatiques se dégonflèrent, la glace fondit et les décharges électrostatiques cessèrent. Le convoi amorça la descente du ponton, arrivé à la gare Montparnasse, mais fut freiné jusqu’à son arrêt total devant les quais bondés de familles soucieuses. Marc rassembla ses affaires, ouvrit de l’index sa cabine et tira son sac derrière lui. Mentalement, il composa le code numéroté de la puce de sa mère. Sa demande fut rejetée. Exaspéré, il énuméra à voix haute les chiffres, au nombre de dix. Les autres passagers le dévisagèrent d’une étrange façon dans le couloir, mais il tenta de les ignorer. Les portes transversales se séparèrent en deux lentement et le garçon fut l’un des premiers à sortir.
« Maman ? dit-il lorsque celle-ci eut manifesté sa présence par la puce. Tu es où exactement ?
– Dans le hall. Tu vas bien ? J’ai su que …
– Ne t’inquiète pas, je me porte à merveille. Juste … une turbulence, répondit-il en reprenant les mots de la SCTE. J’arrive. »
Et il coupa la communication. Des médecins en blouses laiteuses l’approchèrent. Marc eut la désagréable impression qu’il sortait d’une catastrophe naturelle. Quelques ecchymoses justifiaient-elles toute cette effervescence ? Il les repoussa gentiment, prétextant qu’il n’avait mal nulle part. Une horde de journalistes, contenue jusque-là, investit les quais et harponna les passagers surpris. Leurs capteurs filmèrent l’ensemble du train intact afin de former une image trois dimensions, exploitée ensuite par les grandes chaînes de télévision. Le garçon en esquiva plusieurs et se dirigea vers la sortie. En plus du vacarme de la foule, les mégaphones, du haut de leur tour d’acier, annonçaient les correspondances suivantes et Marc crut s’évader aisément des griffes des médias massifs et du tumulte assourdissant. Il se trompait.
« Jeune homme ! l’interpella un homme vêtu d’un ample manteau gris, au moment où il croyait avoir échappé à un interrogatoire. Comment ressens-tu l’agression de l’Empire ?
– Il n’y a pas eu d’agression, démentit Marc en poussant la porte.
– Tiens donc ! s’exclama l’homme. Et comment appelles-tu l’incident qu’il s’est produit à Leipzig ? »
Marc mit un certain temps à répondre. Ce journaliste se croyait au-dessus de tout. Il l’agaçait dans son par-dessus trop propre, sa voix trop assurée et son allure trop sereine. La gare n’avait pourtant signalé qu’une légère turbulence et ces reporters considéraient l’évènement comme une véritable catastrophe diplomatique. Que cherchaient-ils donc à la fin ? L’Empire n’avait fait ni plus ni moins ce qu’il faisait depuis des mois, depuis son apparition, depuis la signature des accords de Bagdad : il traquait quelque chose. Personne ne savait quoi ou qui et, en cet instant, Marc s’en fichait comme de sa première chemise, tant qu’il n’interférait pas dans ses projets personnels. Plusieurs investigations avaient révélé que toutes les « proies » – ainsi les chaînes de télévision surnommaient les personnes poursuivies par les services impériaux – s’avéraient être des criminels. Comme si l’Empire se chargeait de nettoyer la planète, sans aucun but précis. Devant l’impatience du journaliste, Marc haussa les épaules et rétorqua :
« De l’audimat pendant une semaine ? »
L’homme au manteau gris lui sourit et lui adressa un clin d’œil complice. Puis, s’apercevant qu’il ne tirerait rien du garçon, il s’en détourna et partit vers le convoi impuissant, visé par tous les capteurs trois dimensions. Marc pénétra dans le hall, beaucoup plus peuplé encore, où le silence était notion inconnue. Il repéra rapidement sa mère, petite, rondelette, accompagnée de son sourire fabriqué, emprunté à une plus glorieuse période où elle était réellement heureuse. De grotesques reconstitutions de l’incident à Leipzig défilaient sur les écrans géants autour de lui. Il n’y avait plus deux mais dix engins volants et ce n’était plus une exécution mais une boucherie. Cependant, Marc ne fit pas attention aux autres articles projetés sur de moindres écrans qui relataient le discours au palais présidentiel du président Mernine, le matin même.
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Dernière édition par Pacô le Mer 27 Jan - 21:33, édité 3 fois
Re: [SF] Le véritable Visage de la Lumière
Texte en reconstruction.
Les Pensées de l’Empire, Livre I, Chapitre 2, Verset 2.
Les Pensées de l’Empire, Livre I, Chapitre 2, Verset 2.
Dernière édition par Pacô le Sam 13 Mar - 14:53, édité 1 fois
Re: [SF] Le véritable Visage de la Lumière
Épisode 2.
(1er extrait)
La portière de la spacieuse voiture claqua d’un coup sec. Marc s’enfonça dans l’un des sièges moelleux du côté passager. Les Pasceli avaient vendu un à un leurs biens de valeur et remboursaient avec difficulté les emprunts contractés auprès de la Banque Mondiale. Les deux résidences américaines et celle asiatique avaient changé de propriétaires successivement, puis ce fut le tour des différentes actions à la bourse de Paris et même de Bagdad. Cependant, la splendide berline SP4, le luxe des cinq dernières années et vestige de la richesse familiale atrophiée, comptait encore beaucoup pour Roland et il n’était pas préparé à s’en séparer. Elle faisait parfois partie du foyer et avait une grande importance aux yeux de ses membres. Se présenter en sa compagnie signifiait encore une haute distinction dans la société, mais sa perte engendrerait indéniablement une baisse d’estime dans l’entourage. On succombait au charme de ses phares en forme d’amandes et les hommes ne cessaient jamais de complimenter sa physionomie féline. La robe dorée qui l’enveloppait abritait un caractère impétueux et la noblesse de sa silhouette lui octroyait une attitude des plus altières. Mais elle était fidèle à l’image qu’elle renvoyait ; celui qui la domptait chérissait le jour où il avait acquis cette merveille. Et malgré son apparence farouche, elle était douce, voire suave, pour ceux qu’elle transportait en son sein et prenait garde à ce qu’ils parviennent à destination avec le sentiment d’avoir effectué le trajet le plus savoureux de leur vie.
Nathalie, la mère du jeune homme, rangea les billets remboursés par la SCTE dans son sac à main en cuir synthétique usé puis se pencha sur le tableau de bord. Elle composa le code secret du démarrage en effleurant l’écran tactile et valida. Le véhicule frémit puis s’éleva de quelques centimètres au-dessus du parking, en position stationnaire.
« Veuillez renseigner votre destination. »
Cette voix d’automate était encore plus triste que celle du train ; un peu comme la République Terrae ces derniers temps. Elle inspirait davantage pitié qu’une réelle compassion. Nathalie répondit à haute voix qu’elle souhaitait se rendre à la maison. L’ordinateur vérifia s’il connaissait ce trajet : il faisait partie des favoris. Totalement contrôlée par électronique, la voiture s’ébroua et sortit ensuite du parking, telle une reine. En un vol réservé, presque pudique, elle traversa l’allée centrale qui regagnait la rue et s’arrêta devant un gardien robotisé en faction. La vitre de la femme s’abaissa et cette dernière glissa un ticket à la fente de la machine. En une fraction de seconde, un billet de facturation fut recraché et Nathalie le saisit avant que la vitre ne se refermât automatiquement. Après une dernière révérence, le véhicule s’inséra sur la chaussée, au milieu de centaines d’autres.
« Une augmentation de quinze pour cent, dit Nathalie. Encore une … »
Elle soupira et fourra le billet dans son sac tandis que la voiture poursuivait sa route, guidée par un cerveau de fils et de circuits intégrés. Marc ne releva pas cette remarque. Sa mère ne se lamentait presque jamais sur les dérives du monde ; une petite réflexion de temps à autre lui échappait, mais ses reproches mouraient bien vite sur ses lèvres comme s’ils étaient anéantis par son amertume immuable. Des augmentations, il y en avait partout : sur les taxes de logements, sur les dépenses en énergies, sur les coûts de transport et de denrées alimentaires et sur tant d’autres, comme le prix de l’emplacement au parking de la gare Montparnasse ! La société avait besoin de moyens, disait-on. La solidarité de tout un peuple construirait un monde nouveau ! Marc avait de la peine à le croire … Un monde nouveau, certes, mais ne serait-il pas de plus en plus dominé par un Empire avide de pouvoirs ?
« Chéri, l’interpella sa mère d’une manière si emprunte de sentiments que Marc en fut déboussolé, j’ai vraiment eu peur aujourd’hui en voyant tous ces journalistes et ces médecins.
– Ce n’est rien, maman, une petite frayeur.
– Non ce n’est pas rien », répliqua-t-elle avec virulence.
Elle se tourna vers son enfant, les yeux embués de larmes. De telles pierreries n’étaient pas apparues depuis longtemps sur son visage si ordinairement pauvre d'émotions.
« J’ai vraiment cru que cette fois, ils s’en étaient pris aux civils …, reprit-elle avec plus de calme.
– Mais, maman, puisque je te dis que tout va bien !
– Tout va bien aujourd’hui, mais demain ? hoqueta t-elle. Je ne sais pas, je ne sais plus… Que faut-il penser de tout ça bon sang ? On est sûr de rien sur cette planète hypocrite !
– Les journalistes ont surtout usé de beaucoup d’hyperboles, maman, la rassura son enfant inquiet de la soudaine hystérie de sa mère.
– Peut être… peut être. Mais je n’aime pas ça du tout…, conclut-elle d’une voix étouffée. »
Ses larmes cessèrent de couler et ses yeux perdirent l’éclat qui les avait rendus si remplis de défi. Elle prit un mouchoir et s’essuya le coin des cils avant qu’un sourire factice ne s’esquissât à nouveau sur ses lèvres. Puis, comme si de rien n’était, elle concentra son regard sur la route et activa la connexion mondiale reliée aux plus grandes chaînes médiatiques de la section eurasiatique. En trois dimensions, les plus grands titres de l’actualité locale défilaient au-dessus du tableau de bord. L’incident de Leipzig tenait la première place ; la surabondance des couleurs et des mises en valeur diverses le rendait ubuesque. Marc ordonna à l’ordinateur de passer aux titres suivant et, après plusieurs tentatives de la machine pour lui faire écouter les différents articles critiques de l’Empire parus le matin même, l’écran afficha la seconde nouvelle qui intriguait la planète toute entière. Marc lut les premiers mots et se tourna vers sa mère, interloqué.
« Un examen ? »
Cette fois, ce fut Nathalie qui resta taciturne. Elle ferma les yeux et hocha la tête d’un air désolé. Le garçon remua sur son siège et demanda l’ouverture des fichiers concernant ce sujet d’actualité. Entre les articles du Monde Universel et ceux du quotidien eurasiatique News Budapest – en référence à la capitale de la section – narrés par le journaliste local Émile Borget, il découvrit le discours d’Alphred Mernine, prononcé cinq heures plus tôt à Bagdad.
[http://imperialdreamer.forumsline.com/romans-f33/le-veritable-visage-de-la-lumiere-t1128.htm]
(1er extrait)
La portière de la spacieuse voiture claqua d’un coup sec. Marc s’enfonça dans l’un des sièges moelleux du côté passager. Les Pasceli avaient vendu un à un leurs biens de valeur et remboursaient avec difficulté les emprunts contractés auprès de la Banque Mondiale. Les deux résidences américaines et celle asiatique avaient changé de propriétaires successivement, puis ce fut le tour des différentes actions à la bourse de Paris et même de Bagdad. Cependant, la splendide berline SP4, le luxe des cinq dernières années et vestige de la richesse familiale atrophiée, comptait encore beaucoup pour Roland et il n’était pas préparé à s’en séparer. Elle faisait parfois partie du foyer et avait une grande importance aux yeux de ses membres. Se présenter en sa compagnie signifiait encore une haute distinction dans la société, mais sa perte engendrerait indéniablement une baisse d’estime dans l’entourage. On succombait au charme de ses phares en forme d’amandes et les hommes ne cessaient jamais de complimenter sa physionomie féline. La robe dorée qui l’enveloppait abritait un caractère impétueux et la noblesse de sa silhouette lui octroyait une attitude des plus altières. Mais elle était fidèle à l’image qu’elle renvoyait ; celui qui la domptait chérissait le jour où il avait acquis cette merveille. Et malgré son apparence farouche, elle était douce, voire suave, pour ceux qu’elle transportait en son sein et prenait garde à ce qu’ils parviennent à destination avec le sentiment d’avoir effectué le trajet le plus savoureux de leur vie.
Nathalie, la mère du jeune homme, rangea les billets remboursés par la SCTE dans son sac à main en cuir synthétique usé puis se pencha sur le tableau de bord. Elle composa le code secret du démarrage en effleurant l’écran tactile et valida. Le véhicule frémit puis s’éleva de quelques centimètres au-dessus du parking, en position stationnaire.
« Veuillez renseigner votre destination. »
Cette voix d’automate était encore plus triste que celle du train ; un peu comme la République Terrae ces derniers temps. Elle inspirait davantage pitié qu’une réelle compassion. Nathalie répondit à haute voix qu’elle souhaitait se rendre à la maison. L’ordinateur vérifia s’il connaissait ce trajet : il faisait partie des favoris. Totalement contrôlée par électronique, la voiture s’ébroua et sortit ensuite du parking, telle une reine. En un vol réservé, presque pudique, elle traversa l’allée centrale qui regagnait la rue et s’arrêta devant un gardien robotisé en faction. La vitre de la femme s’abaissa et cette dernière glissa un ticket à la fente de la machine. En une fraction de seconde, un billet de facturation fut recraché et Nathalie le saisit avant que la vitre ne se refermât automatiquement. Après une dernière révérence, le véhicule s’inséra sur la chaussée, au milieu de centaines d’autres.
« Une augmentation de quinze pour cent, dit Nathalie. Encore une … »
Elle soupira et fourra le billet dans son sac tandis que la voiture poursuivait sa route, guidée par un cerveau de fils et de circuits intégrés. Marc ne releva pas cette remarque. Sa mère ne se lamentait presque jamais sur les dérives du monde ; une petite réflexion de temps à autre lui échappait, mais ses reproches mouraient bien vite sur ses lèvres comme s’ils étaient anéantis par son amertume immuable. Des augmentations, il y en avait partout : sur les taxes de logements, sur les dépenses en énergies, sur les coûts de transport et de denrées alimentaires et sur tant d’autres, comme le prix de l’emplacement au parking de la gare Montparnasse ! La société avait besoin de moyens, disait-on. La solidarité de tout un peuple construirait un monde nouveau ! Marc avait de la peine à le croire … Un monde nouveau, certes, mais ne serait-il pas de plus en plus dominé par un Empire avide de pouvoirs ?
« Chéri, l’interpella sa mère d’une manière si emprunte de sentiments que Marc en fut déboussolé, j’ai vraiment eu peur aujourd’hui en voyant tous ces journalistes et ces médecins.
– Ce n’est rien, maman, une petite frayeur.
– Non ce n’est pas rien », répliqua-t-elle avec virulence.
Elle se tourna vers son enfant, les yeux embués de larmes. De telles pierreries n’étaient pas apparues depuis longtemps sur son visage si ordinairement pauvre d'émotions.
« J’ai vraiment cru que cette fois, ils s’en étaient pris aux civils …, reprit-elle avec plus de calme.
– Mais, maman, puisque je te dis que tout va bien !
– Tout va bien aujourd’hui, mais demain ? hoqueta t-elle. Je ne sais pas, je ne sais plus… Que faut-il penser de tout ça bon sang ? On est sûr de rien sur cette planète hypocrite !
– Les journalistes ont surtout usé de beaucoup d’hyperboles, maman, la rassura son enfant inquiet de la soudaine hystérie de sa mère.
– Peut être… peut être. Mais je n’aime pas ça du tout…, conclut-elle d’une voix étouffée. »
Ses larmes cessèrent de couler et ses yeux perdirent l’éclat qui les avait rendus si remplis de défi. Elle prit un mouchoir et s’essuya le coin des cils avant qu’un sourire factice ne s’esquissât à nouveau sur ses lèvres. Puis, comme si de rien n’était, elle concentra son regard sur la route et activa la connexion mondiale reliée aux plus grandes chaînes médiatiques de la section eurasiatique. En trois dimensions, les plus grands titres de l’actualité locale défilaient au-dessus du tableau de bord. L’incident de Leipzig tenait la première place ; la surabondance des couleurs et des mises en valeur diverses le rendait ubuesque. Marc ordonna à l’ordinateur de passer aux titres suivant et, après plusieurs tentatives de la machine pour lui faire écouter les différents articles critiques de l’Empire parus le matin même, l’écran afficha la seconde nouvelle qui intriguait la planète toute entière. Marc lut les premiers mots et se tourna vers sa mère, interloqué.
« Un examen ? »
Cette fois, ce fut Nathalie qui resta taciturne. Elle ferma les yeux et hocha la tête d’un air désolé. Le garçon remua sur son siège et demanda l’ouverture des fichiers concernant ce sujet d’actualité. Entre les articles du Monde Universel et ceux du quotidien eurasiatique News Budapest – en référence à la capitale de la section – narrés par le journaliste local Émile Borget, il découvrit le discours d’Alphred Mernine, prononcé cinq heures plus tôt à Bagdad.
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Dernière édition par Pacô le Sam 13 Mar - 14:54, édité 3 fois
Re: [SF] Le véritable Visage de la Lumière
(2ème extrait)
« Citoyennes, citoyens, compatriotes de Terrae,
Encore une fois, le destin, aux mille et une facettes, me conduit sur ce balcon présidentiel. Encore une fois, j’ai à vous communiquer une nouvelle qui scellera l’avenir de notre peuple. Encore une fois, je m’adresse à vous, non sans appréhension et ce à quelques mois des élections, dans l’espoir d’atténuer les dérives sociales de notre planète. Nous avons tous connu des temps de trouble, une époque que notre mémoire élude mais que l’œil averti de la sagesse ne néglige pas. Je ne cesse de déplorer amèrement cette catastrophe économique qui a renvoyé le tiers de la population mondiale sur les bancs du chômage. Je tremble toujours à l’idée que notre prestigieuse République, que nous Hommes de liberté avons façonnée avec amour et raison, ne trouve aucune consolation à son affliction et s’effondre. Non, je ne veux pas oublier tout ce que nous avons entrepris et je souhaite de toute mon âme que nos efforts soient récompensés par une ère de prospérité. Oui, je vois dès maintenant cet horizon de richesses et de paix, qui illumine mon regard et qui éblouira le vôtre, car je sais qu’en chacun de nous brûle l’ardent désir d’accomplir la mission que vous, citoyennes et citoyens, avez confiée à votre gouvernement il y a plusieurs années. Nous nous fédérerons autour d’un principe universel, nous harmoniserons les cultures, nous deviendrons l’unique peuple de toute l’humanité, indestructible et éternel, car les querelles n’auront plus aucune raison de subsister et l’amour de notre prochain sera notre foi.
Cependant, je persiste ! Nous ne parviendrons pas seuls à ce but. L’Histoire de notre monde nous a prouvé maintes fois que nous faisions de grandes choses ensemble et qu’agir en cavalier solitaire répondait à un égoïsme profond. C’est par l’amour d’une idée que les plus grands philosophes ont libéré nos esprits. C’est par la fusion des forces résistantes que les chaînes des régimes totalitaires ont été brisées. C’est par la confiance réciproque d’un univers entier que la République Terrae est née. J’ai un rêve pour ce monde, celui du mariage sincère de la sagesse et de l’action pour le bien de l’Humanité. Je veux la loyauté, la découverte, le partage, le respect et l’altruisme. Nous sommes capables d’une telle ambition ; les plus folles utopies des siècles précédents sont accessibles à notre raison désormais. La Crise a menacé notre peuple, a freiné notre évolution, mais nous l’avons terrassée car nos inclinations au succès ont appelé nos sauveurs. Je parle bien évidemment de l’Empire et de sa généreuse contribution – plus que salutaire ! – pour rétablir notre République au sommet de sa gloire. Combien de fois la bourse mondiale a été soulagée par l’intervention de nos nouveaux alliés ? Combien de familles ont été sauvées de la misère par les capitaux investis et par les sociétés privées rachetées aux grands frais de nos amis ? Combien d’établissements scolaires ont pu conserver leurs portes ouvertes, combien d’administrations publiques ont su garder leur dignité grâce à la générosité de nos frères ? L’Empire a plus d’une fois prouvé son altruisme et nous serions ingrats de ne pas lui reconnaître cette qualité.
Aujourd’hui est un jour fondamental pour demain. Je suis fier d’appartenir à ce peuple, à cette nation, à la République Terrae et à cet univers. Mais je suis tout aussi comblé de compter parmi mes partenaires des hommes qui agissent pour le bien de notre planète et qui ne désirent que notre épanouissement. Je le crie haut et fort : nous sommes sortis grandis de cette crise car l’échec d’hier entraînera les victoires de l’avenir ! Oui, nous sommes à présent réunis, non plus pour déplorer la faillite d’une multi-sections, non plus pour pleurer des familles sans revenus et non plus pour justifier l’impuissance de nos actes, mais bien pour construire notre futur, décider de nos projets et empoigner le destin d’une main de fer. Nous ne subissons plus les aléas de notre pouvoir, mais nous le contrôlons et nous choisissons notre sort.
Aujourd’hui est un jour d’apprentissage, celui d’un avenir nimbé de progrès. Nous avons besoin d’une jeunesse sage et réfléchie pour découvrir de nouvelles perspectives. Les conjectures actuelles nous proscrivent l’ambition d’éduquer une telle jeunesse dans l’immédiat, j’en conviens. Comment serions-nous capables, nous hommes de la République encore sous le choc du plus grand péril que l’Humanité n’ait jamais connu, d’inculquer des préceptes que nous ignorons pour la plupart ? Comment enseigner à nos enfants une vérité qui nous est abstraite ? Citoyennes, citoyens, j’ai la réponse à cette vaine question d’antan. Je prends la parole aujourd’hui, mais je ne féliciterai pas le triomphe de l’un de nos plans d’état ni même celui de l’une de nos plus importantes mesures. Cette réponse, nous la devons à ceux qui ont toujours été nos bienfaiteurs – que dis-je ! – nos anges gardiens au cours de ces dernières années. L’Empire est une société singulière mais dont la structure et l’organisation émerveillent quiconque discute avec l’un de ses représentants. Lorsque je vois l’Empire, je vois ce que pourrait devenir Terrae, je vois les considérables évolutions bénéfiques pour nos populations et je vois un ordre de paix et de discipline. Je constate que nous avons beaucoup à apprendre et que notre connaissance se résume à quelques grains de sable dans la mine de savoir apportée par ces sauveurs originaires d’une lointaine terre. Je suis de ceux qui affirment que la culture ne s’hérite pas mais se conquiert. Je veux octroyer la chance à la jeunesse de notre République de partir à l’assaut d’une expérience qui les métamorphosera en érudits de sciences. Alexandre le Grand, qui domina jadis toute la région où reposent actuellement les citadelles de notre capitale, souhaitait qu’il y eut d’autres mondes pour étendre ses conquêtes militaires. Nous avons l’honneur d’appréhender un nouvel univers et ce seront nos conquêtes intellectuelles que nous déploierons sur ces terres inconnues.
C’est un cadeau inestimable qui vient de nous être offert alors que nous leur étions redevables. Face à notre désarroi, l’Empire nous a suggéré d’envoyer dix de nos enfants sur leurs terres afin de leurs enseigner l’art de la dialectique, de la sagesse et de gouverner. Ces dix élus seront rigoureusement choisis par le biais d’un examen mondial prévu pour l’ensemble des étudiants universitaires. Ce sera une épreuve élaborée par les dirigeants de cette société bienfaitrice qui traduiront eux-mêmes les critères de sélection. Elle respectera une unité de temps, autrement dit, l’ensemble des sections prendra possession des sujets à une heure mondiale fixe. Les étudiants de Bagdad la découvriront à quinze heures, ceux de Washington à sept heures, ceux de Tokyo à vingt et une heures tandis que les élèves de Londres et d’Alger la débuteront à midi précise. L’examen durera quatre heures, quatre longues heures au cours desquelles le destin révèlera qui de nos enfants auront le profil adéquat pour recevoir l’enseignement suprême. Ce test n’est obligatoire pour personne, même si tout étudiant est inscrit d’office sur les listes de passage. Les administrations des établissements scolaires répondront à vos demandes d’abandon. Néanmoins, je souhaite que cette entreprise soit suivie par le plus grand nombre car je suis intimement persuadé que nous avons en main les cartes susceptibles d’améliorer notre condition, de supprimer les clivages sociaux et d’édifier une nouvelle Terrae sur de solides bases. Il nous faut jouer les bons atouts et remporter la victoire sur nos démons d’autrefois. Il n’est plus question d’amour propre mais de travail rendu possible par le soutien inespéré et salutaire d'un partenaire aussi considérable que l'Empire. Cette conjoncture ne se représentera peut-être jamais. L’Empire ne pourra éternellement nous venir en aide – et je m’y refuse car je ne suis pas de ceux qui abusent de la bienveillance d’un ami !
Citoyennes, citoyens, compatriotes de Terrae, applaudissons dès à présent tous les candidats qui défieront le test soumis par l’Empire. Honorons ces derniers pour leur geste, louons leur clémence et châtions ceux qui s’opposent au rétablissement de notre République. Oui, aujourd’hui n’est pas un jour comme les autres. Aujourd’hui le soleil s’est levé dans un ciel sans nuages et l’horizon nous paraît aussi précis que les contours de ce palais présidentiel. Nous sommes à la veille de notre reconstruction, d’un avenir somptueux et d’un apogée permanent pour notre civilisation. Saluons le hasard, la providence, qui a bien voulu mettre l’Empire sur notre chemin alors que nous dérapions dans la boue et glissions vers un funeste sort. Redressons-nous et retroussons les manches ! Il nous reste tant à faire mais notre cœur bat d’impatience dans l’optique des changements à venir. Je terminerai donc mon discours par une ovation à la jeunesse. Notre destin dépend d’elle !
Vive la jeunesse ! Vive la République ! »
[http://imperialdreamer.forumsline.com/romans-f33/le-veritable-visage-de-la-lumiere-t1128.htm]
« Citoyennes, citoyens, compatriotes de Terrae,
Encore une fois, le destin, aux mille et une facettes, me conduit sur ce balcon présidentiel. Encore une fois, j’ai à vous communiquer une nouvelle qui scellera l’avenir de notre peuple. Encore une fois, je m’adresse à vous, non sans appréhension et ce à quelques mois des élections, dans l’espoir d’atténuer les dérives sociales de notre planète. Nous avons tous connu des temps de trouble, une époque que notre mémoire élude mais que l’œil averti de la sagesse ne néglige pas. Je ne cesse de déplorer amèrement cette catastrophe économique qui a renvoyé le tiers de la population mondiale sur les bancs du chômage. Je tremble toujours à l’idée que notre prestigieuse République, que nous Hommes de liberté avons façonnée avec amour et raison, ne trouve aucune consolation à son affliction et s’effondre. Non, je ne veux pas oublier tout ce que nous avons entrepris et je souhaite de toute mon âme que nos efforts soient récompensés par une ère de prospérité. Oui, je vois dès maintenant cet horizon de richesses et de paix, qui illumine mon regard et qui éblouira le vôtre, car je sais qu’en chacun de nous brûle l’ardent désir d’accomplir la mission que vous, citoyennes et citoyens, avez confiée à votre gouvernement il y a plusieurs années. Nous nous fédérerons autour d’un principe universel, nous harmoniserons les cultures, nous deviendrons l’unique peuple de toute l’humanité, indestructible et éternel, car les querelles n’auront plus aucune raison de subsister et l’amour de notre prochain sera notre foi.
Cependant, je persiste ! Nous ne parviendrons pas seuls à ce but. L’Histoire de notre monde nous a prouvé maintes fois que nous faisions de grandes choses ensemble et qu’agir en cavalier solitaire répondait à un égoïsme profond. C’est par l’amour d’une idée que les plus grands philosophes ont libéré nos esprits. C’est par la fusion des forces résistantes que les chaînes des régimes totalitaires ont été brisées. C’est par la confiance réciproque d’un univers entier que la République Terrae est née. J’ai un rêve pour ce monde, celui du mariage sincère de la sagesse et de l’action pour le bien de l’Humanité. Je veux la loyauté, la découverte, le partage, le respect et l’altruisme. Nous sommes capables d’une telle ambition ; les plus folles utopies des siècles précédents sont accessibles à notre raison désormais. La Crise a menacé notre peuple, a freiné notre évolution, mais nous l’avons terrassée car nos inclinations au succès ont appelé nos sauveurs. Je parle bien évidemment de l’Empire et de sa généreuse contribution – plus que salutaire ! – pour rétablir notre République au sommet de sa gloire. Combien de fois la bourse mondiale a été soulagée par l’intervention de nos nouveaux alliés ? Combien de familles ont été sauvées de la misère par les capitaux investis et par les sociétés privées rachetées aux grands frais de nos amis ? Combien d’établissements scolaires ont pu conserver leurs portes ouvertes, combien d’administrations publiques ont su garder leur dignité grâce à la générosité de nos frères ? L’Empire a plus d’une fois prouvé son altruisme et nous serions ingrats de ne pas lui reconnaître cette qualité.
Aujourd’hui est un jour fondamental pour demain. Je suis fier d’appartenir à ce peuple, à cette nation, à la République Terrae et à cet univers. Mais je suis tout aussi comblé de compter parmi mes partenaires des hommes qui agissent pour le bien de notre planète et qui ne désirent que notre épanouissement. Je le crie haut et fort : nous sommes sortis grandis de cette crise car l’échec d’hier entraînera les victoires de l’avenir ! Oui, nous sommes à présent réunis, non plus pour déplorer la faillite d’une multi-sections, non plus pour pleurer des familles sans revenus et non plus pour justifier l’impuissance de nos actes, mais bien pour construire notre futur, décider de nos projets et empoigner le destin d’une main de fer. Nous ne subissons plus les aléas de notre pouvoir, mais nous le contrôlons et nous choisissons notre sort.
Aujourd’hui est un jour d’apprentissage, celui d’un avenir nimbé de progrès. Nous avons besoin d’une jeunesse sage et réfléchie pour découvrir de nouvelles perspectives. Les conjectures actuelles nous proscrivent l’ambition d’éduquer une telle jeunesse dans l’immédiat, j’en conviens. Comment serions-nous capables, nous hommes de la République encore sous le choc du plus grand péril que l’Humanité n’ait jamais connu, d’inculquer des préceptes que nous ignorons pour la plupart ? Comment enseigner à nos enfants une vérité qui nous est abstraite ? Citoyennes, citoyens, j’ai la réponse à cette vaine question d’antan. Je prends la parole aujourd’hui, mais je ne féliciterai pas le triomphe de l’un de nos plans d’état ni même celui de l’une de nos plus importantes mesures. Cette réponse, nous la devons à ceux qui ont toujours été nos bienfaiteurs – que dis-je ! – nos anges gardiens au cours de ces dernières années. L’Empire est une société singulière mais dont la structure et l’organisation émerveillent quiconque discute avec l’un de ses représentants. Lorsque je vois l’Empire, je vois ce que pourrait devenir Terrae, je vois les considérables évolutions bénéfiques pour nos populations et je vois un ordre de paix et de discipline. Je constate que nous avons beaucoup à apprendre et que notre connaissance se résume à quelques grains de sable dans la mine de savoir apportée par ces sauveurs originaires d’une lointaine terre. Je suis de ceux qui affirment que la culture ne s’hérite pas mais se conquiert. Je veux octroyer la chance à la jeunesse de notre République de partir à l’assaut d’une expérience qui les métamorphosera en érudits de sciences. Alexandre le Grand, qui domina jadis toute la région où reposent actuellement les citadelles de notre capitale, souhaitait qu’il y eut d’autres mondes pour étendre ses conquêtes militaires. Nous avons l’honneur d’appréhender un nouvel univers et ce seront nos conquêtes intellectuelles que nous déploierons sur ces terres inconnues.
C’est un cadeau inestimable qui vient de nous être offert alors que nous leur étions redevables. Face à notre désarroi, l’Empire nous a suggéré d’envoyer dix de nos enfants sur leurs terres afin de leurs enseigner l’art de la dialectique, de la sagesse et de gouverner. Ces dix élus seront rigoureusement choisis par le biais d’un examen mondial prévu pour l’ensemble des étudiants universitaires. Ce sera une épreuve élaborée par les dirigeants de cette société bienfaitrice qui traduiront eux-mêmes les critères de sélection. Elle respectera une unité de temps, autrement dit, l’ensemble des sections prendra possession des sujets à une heure mondiale fixe. Les étudiants de Bagdad la découvriront à quinze heures, ceux de Washington à sept heures, ceux de Tokyo à vingt et une heures tandis que les élèves de Londres et d’Alger la débuteront à midi précise. L’examen durera quatre heures, quatre longues heures au cours desquelles le destin révèlera qui de nos enfants auront le profil adéquat pour recevoir l’enseignement suprême. Ce test n’est obligatoire pour personne, même si tout étudiant est inscrit d’office sur les listes de passage. Les administrations des établissements scolaires répondront à vos demandes d’abandon. Néanmoins, je souhaite que cette entreprise soit suivie par le plus grand nombre car je suis intimement persuadé que nous avons en main les cartes susceptibles d’améliorer notre condition, de supprimer les clivages sociaux et d’édifier une nouvelle Terrae sur de solides bases. Il nous faut jouer les bons atouts et remporter la victoire sur nos démons d’autrefois. Il n’est plus question d’amour propre mais de travail rendu possible par le soutien inespéré et salutaire d'un partenaire aussi considérable que l'Empire. Cette conjoncture ne se représentera peut-être jamais. L’Empire ne pourra éternellement nous venir en aide – et je m’y refuse car je ne suis pas de ceux qui abusent de la bienveillance d’un ami !
Citoyennes, citoyens, compatriotes de Terrae, applaudissons dès à présent tous les candidats qui défieront le test soumis par l’Empire. Honorons ces derniers pour leur geste, louons leur clémence et châtions ceux qui s’opposent au rétablissement de notre République. Oui, aujourd’hui n’est pas un jour comme les autres. Aujourd’hui le soleil s’est levé dans un ciel sans nuages et l’horizon nous paraît aussi précis que les contours de ce palais présidentiel. Nous sommes à la veille de notre reconstruction, d’un avenir somptueux et d’un apogée permanent pour notre civilisation. Saluons le hasard, la providence, qui a bien voulu mettre l’Empire sur notre chemin alors que nous dérapions dans la boue et glissions vers un funeste sort. Redressons-nous et retroussons les manches ! Il nous reste tant à faire mais notre cœur bat d’impatience dans l’optique des changements à venir. Je terminerai donc mon discours par une ovation à la jeunesse. Notre destin dépend d’elle !
Vive la jeunesse ! Vive la République ! »
[http://imperialdreamer.forumsline.com/romans-f33/le-veritable-visage-de-la-lumiere-t1128.htm]
Dernière édition par Pacô le Mer 27 Jan - 21:36, édité 4 fois
Re: [SF] Le véritable Visage de la Lumière
(3ème extrait)
Lorsque le président se tut, l’habitacle de la voiture demeura totalement silencieux. Perdu dans ses pensées, Marc fixait lui aussi la route qui défilait devant le pare-brise légèrement teinté du véhicule. La cité autour de lui était plongée dans le clair-obscur, comme dans les tableaux de Rembrandt exposés à l’Universal Museum de Budapest. Les immeubles se succédaient, tous plus glacials et moroses que leurs prédécesseurs. Filtrés par le soleil, les nuages gris se reflétaient dans leurs fenêtres multiples avant d’exposer leur froide ombre sur le macadam en contrebas. Au ras de la chaussée, les lumières des vitrines promotionnelles vacillaient dans la brume matinale et les publicités diffusées en projection trois dimensions n’étaient pas encore activées. Une sombre clarté s’évaporait des réverbères à énergie solaire qui venaient de s’éteindre. L’encre de la nuit s’était effacée dans les cieux, mais les citadins n’étaient pas encore prompts à affronter la jungle de la ville. Paris était morne durant cette aurore, affligée par un trouble qui lui proscrivait toute joie. Elle était affectée d’un mutisme indéfinissable et ressemblait en cet instant à une fantomatique capitale préfectorale. La plupart de ses habitants s’interrogeaient, s’emportaient contre l’Empire puis se pliaient à l’inflexible mais angoissante raison. Finalement, ils se renfrognaient et restaient cloîtrés chez eux, dévorés par le doute et la peur de savoir. Fallait-il reprendre le flambeau des philosophes des Lumières puis s’insurger contre les envahisseurs et les libertés bafouées, ou faire profil bas, suivre les conseils du président Mernine et croire en la prospérité ?
Marc déconnecta le réseau mondial et les images de Bagdad se confondirent peu à peu avec le tableau de bord. Nathalie était impassible et ne cilla pas lorsque son fils reprit la parole.
« Maman, je vais aller me désinscrire des listes de passage à Sokolov. »
Mais la réponse fut tout aussi marquée par l’absence de sentiments.
« Non. »
Elle se passa une main dans les cheveux, se frotta le visage et soupira en apercevant l’air interloqué de son enfant.
« Écoute, ton père et moi avons bien réfléchi ce matin. Sincèrement. Cet examen n’est pas nécessairement nuisible, je dirais même qu’il représente l’occasion inespérée pour sortir de notre condition. L’Empire cherche à se faire aimer par l’opinion publique, c’est une sorte de cadeau d’intégration, tu comprends ?
– Oui et c’est pourquoi je ne l’accepterai pas. Je ne veux pas rentrer dans son jeu, maman, maugréa Marc.
– Ce n’est pas aussi simple, chéri, murmura sa mère. L’Empire est l’avenir comme le dit si justement Mernine, et pour le meilleur comme pour le pire. Nous t’aimons et nous désirons que notre unique fils vive décemment, quitte à ce qu’il soit lié à ces étrangers…
– Maman c’est non ! » la coupa Marc d’un ton virulent.
Le sourire factice de sa mère se contorsionna en une moue chagrinée. Elle tenta de ne rien laisser transparaître et baissa la tête, évitant ainsi le regard farouche et déterminé de son fils.
« Tu verras ça avec ton père. »
La berline SP4 s’engagea dans la périphérie de la capitale et pénétra enfin dans le quartier pavillonnaire où ils vivaient. Marc inspira une grande quantité d’oxygène : il était chez lui. Il aimait cet endroit malgré son étrangeté. Ici, le passé et l’avenir se côtoyaient sans embarras. S’entremêlaient des résidences séculaires, érigées durant la fin de l’ancien régime jusqu’au Second Empire français, et de récentes architectures de verre et d’acier, représentations concrètes de la nouvelle richesse suite à la Crise – ou durant la Crise ! En effet, les classes sociales s’étaient renouvelées tout au long de la dernière décennie et les anciens riches s’étaient vus remplacés par de nouveaux rustres qui frisaient l’opulence en découvrant l’envergure de leurs fortunes. L’apparition de l’Empire n’avait fait que de rares malheureux comme madame Pasceli et d’autres cadres de sociétés multi-sections. Néanmoins, un commerce sur différents domaines, en particulier celui de l’horticulture maraîchère et paysagiste, s’était ouvert et avait fait la joie d’ambitieux entrepreneurs. Les Adjahid jouissaient d’une aisance financière qui agréait à un mode de vie huppé. Aujourd’hui, on ne comptait plus le nombre de fantaisies – sculptures antiques, jardins versaillais ou plus démesurés encore et constructions toutes aussi diverses et cossues qu’invraisemblables – qui naissaient dans les immenses terres de ces colons de l’industrie.
Le domaine du 5, rue Georges-Jacques Danton appartenait à la famille Pasceli depuis dix générations. Il avait été offert à un aïeul en récompense d’un haut fait d’arme, par Napoléon Bonaparte lui-même, alors qu’il recevait la légion d’honneur. Lorsque la lentille optique fixée au-dessus des grilles reconnut le véhicule, le portail noir de jais se sépara lentement en deux sur l’allée centrale. Elle était encadrée par deux longues rangées de platanes qui se mouvaient sous la caresse tranquille du vent matinal. La voiture se stabilisa puis se posa délicatement sur les gravillons roses et blancs, qui crissèrent d’une douce façon, avant de poursuivre sa progression.
Les feuilles de l’automne, agitées par le souffle de la berline, chatouillèrent la carrosserie beige avant de prendre leurs envols en quelques tourbillons acrobatiques. Le toit de la demeure Pasceli se profila à l’arrière des toisons dorées qui garnissaient les arbres alentour. Il s’agissait d’une vieille bâtisse de l’époque Louis XV. Malgré son âge, la haute cheminée élevée par la brique pointait le ciel comme si elle le défiait de la recouvrir avec ses nuages grisâtres. Toutefois, les rambardes des balcons parcourues de dizaines d’arabesques perdaient leur éclat d’antan et rouillaient par endroits, débarrassées de leur peinture noire. Plusieurs volets étaient clos pour cacher la misère des fenêtres et quelques brèches au-dessus des tourelles qui jouxtaient la partie droite et gauche de la maison perçaient sa coiffure d’ardoises. Des rides lézardaient sa façade où poussait entre quelques fissures une longue barbe de lierre. Et nonobstant sa prestance aristocratique, les pierres usées et les ternes dalles de marbre, recouvrant la terrasse estivale, témoignaient de sa gloire révolue.
[http://imperialdreamer.forumsline.com/romans-f33/le-veritable-visage-de-la-lumiere-t1128.htm]
Lorsque le président se tut, l’habitacle de la voiture demeura totalement silencieux. Perdu dans ses pensées, Marc fixait lui aussi la route qui défilait devant le pare-brise légèrement teinté du véhicule. La cité autour de lui était plongée dans le clair-obscur, comme dans les tableaux de Rembrandt exposés à l’Universal Museum de Budapest. Les immeubles se succédaient, tous plus glacials et moroses que leurs prédécesseurs. Filtrés par le soleil, les nuages gris se reflétaient dans leurs fenêtres multiples avant d’exposer leur froide ombre sur le macadam en contrebas. Au ras de la chaussée, les lumières des vitrines promotionnelles vacillaient dans la brume matinale et les publicités diffusées en projection trois dimensions n’étaient pas encore activées. Une sombre clarté s’évaporait des réverbères à énergie solaire qui venaient de s’éteindre. L’encre de la nuit s’était effacée dans les cieux, mais les citadins n’étaient pas encore prompts à affronter la jungle de la ville. Paris était morne durant cette aurore, affligée par un trouble qui lui proscrivait toute joie. Elle était affectée d’un mutisme indéfinissable et ressemblait en cet instant à une fantomatique capitale préfectorale. La plupart de ses habitants s’interrogeaient, s’emportaient contre l’Empire puis se pliaient à l’inflexible mais angoissante raison. Finalement, ils se renfrognaient et restaient cloîtrés chez eux, dévorés par le doute et la peur de savoir. Fallait-il reprendre le flambeau des philosophes des Lumières puis s’insurger contre les envahisseurs et les libertés bafouées, ou faire profil bas, suivre les conseils du président Mernine et croire en la prospérité ?
Marc déconnecta le réseau mondial et les images de Bagdad se confondirent peu à peu avec le tableau de bord. Nathalie était impassible et ne cilla pas lorsque son fils reprit la parole.
« Maman, je vais aller me désinscrire des listes de passage à Sokolov. »
Mais la réponse fut tout aussi marquée par l’absence de sentiments.
« Non. »
Elle se passa une main dans les cheveux, se frotta le visage et soupira en apercevant l’air interloqué de son enfant.
« Écoute, ton père et moi avons bien réfléchi ce matin. Sincèrement. Cet examen n’est pas nécessairement nuisible, je dirais même qu’il représente l’occasion inespérée pour sortir de notre condition. L’Empire cherche à se faire aimer par l’opinion publique, c’est une sorte de cadeau d’intégration, tu comprends ?
– Oui et c’est pourquoi je ne l’accepterai pas. Je ne veux pas rentrer dans son jeu, maman, maugréa Marc.
– Ce n’est pas aussi simple, chéri, murmura sa mère. L’Empire est l’avenir comme le dit si justement Mernine, et pour le meilleur comme pour le pire. Nous t’aimons et nous désirons que notre unique fils vive décemment, quitte à ce qu’il soit lié à ces étrangers…
– Maman c’est non ! » la coupa Marc d’un ton virulent.
Le sourire factice de sa mère se contorsionna en une moue chagrinée. Elle tenta de ne rien laisser transparaître et baissa la tête, évitant ainsi le regard farouche et déterminé de son fils.
« Tu verras ça avec ton père. »
La berline SP4 s’engagea dans la périphérie de la capitale et pénétra enfin dans le quartier pavillonnaire où ils vivaient. Marc inspira une grande quantité d’oxygène : il était chez lui. Il aimait cet endroit malgré son étrangeté. Ici, le passé et l’avenir se côtoyaient sans embarras. S’entremêlaient des résidences séculaires, érigées durant la fin de l’ancien régime jusqu’au Second Empire français, et de récentes architectures de verre et d’acier, représentations concrètes de la nouvelle richesse suite à la Crise – ou durant la Crise ! En effet, les classes sociales s’étaient renouvelées tout au long de la dernière décennie et les anciens riches s’étaient vus remplacés par de nouveaux rustres qui frisaient l’opulence en découvrant l’envergure de leurs fortunes. L’apparition de l’Empire n’avait fait que de rares malheureux comme madame Pasceli et d’autres cadres de sociétés multi-sections. Néanmoins, un commerce sur différents domaines, en particulier celui de l’horticulture maraîchère et paysagiste, s’était ouvert et avait fait la joie d’ambitieux entrepreneurs. Les Adjahid jouissaient d’une aisance financière qui agréait à un mode de vie huppé. Aujourd’hui, on ne comptait plus le nombre de fantaisies – sculptures antiques, jardins versaillais ou plus démesurés encore et constructions toutes aussi diverses et cossues qu’invraisemblables – qui naissaient dans les immenses terres de ces colons de l’industrie.
Le domaine du 5, rue Georges-Jacques Danton appartenait à la famille Pasceli depuis dix générations. Il avait été offert à un aïeul en récompense d’un haut fait d’arme, par Napoléon Bonaparte lui-même, alors qu’il recevait la légion d’honneur. Lorsque la lentille optique fixée au-dessus des grilles reconnut le véhicule, le portail noir de jais se sépara lentement en deux sur l’allée centrale. Elle était encadrée par deux longues rangées de platanes qui se mouvaient sous la caresse tranquille du vent matinal. La voiture se stabilisa puis se posa délicatement sur les gravillons roses et blancs, qui crissèrent d’une douce façon, avant de poursuivre sa progression.
Les feuilles de l’automne, agitées par le souffle de la berline, chatouillèrent la carrosserie beige avant de prendre leurs envols en quelques tourbillons acrobatiques. Le toit de la demeure Pasceli se profila à l’arrière des toisons dorées qui garnissaient les arbres alentour. Il s’agissait d’une vieille bâtisse de l’époque Louis XV. Malgré son âge, la haute cheminée élevée par la brique pointait le ciel comme si elle le défiait de la recouvrir avec ses nuages grisâtres. Toutefois, les rambardes des balcons parcourues de dizaines d’arabesques perdaient leur éclat d’antan et rouillaient par endroits, débarrassées de leur peinture noire. Plusieurs volets étaient clos pour cacher la misère des fenêtres et quelques brèches au-dessus des tourelles qui jouxtaient la partie droite et gauche de la maison perçaient sa coiffure d’ardoises. Des rides lézardaient sa façade où poussait entre quelques fissures une longue barbe de lierre. Et nonobstant sa prestance aristocratique, les pierres usées et les ternes dalles de marbre, recouvrant la terrasse estivale, témoignaient de sa gloire révolue.
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Re: [SF] Le véritable Visage de la Lumière
(4ème extrait)
Marc descendit du véhicule familial. Il chargea ses sacs sur l’épaule et s’avança vers la porte d’entrée en chêne, toute aussi fatiguée que les volets et les ornements des balcons. Le bois était effrité comme s’il avait lutté sans relâche contre les hardiesses du temps et qu’il avait conservé les cicatrices de ce combat ancestral. Les fines dentelles de métal noir qui formaient un sombre voile devant les yeux de la porte étaient brisées à leur extrémité et l’usure de la peinture bosselait leur pourtour aiguisé. Le garçon grimpa les trois marches, dont la pierre était grise après tant d’années de service. Sur le perron, il remarqua alors que la poignée en fer forgé était légèrement tournée vers le bas. Soupçonneux, il la saisit et la tira prudemment à lui. La porte n’était pas fermée à clef : sa mère n’avait pas l’habitude de commettre une telle étourderie. Les gongs grincèrent d’une sinistre façon puis se turent pour laisser place à un étrange calme. Marc déposa les bagages à ses pieds et pénétra dans le hall. L’obscurité régnait en maîtresse et le garçon distinguait avec peine les contours de la table basse entourée de modestes fauteuils qui accueillaient par habitude les invités. Ce matin, ils étaient vides et semblaient peu enclins à satisfaire leur devoir de réception, comme s’ils refusaient catégoriquement toute tentative d’assise sur leurs confortables coussins. Cette idée saugrenue vint si naturellement à l’esprit de Marc qu’il craignit pendant d’infimes secondes avoir perdu la raison. Toutefois, plus cet étrange malaise imprégnait son esprit plus il était intimement convaincu que ces sièges conçus pour un salon du XIXème cherchaient à lui révéler la présence d’intrus dans la maisonnée. Était-ce dû à la poussière qui ternissait leurs accoudoirs de merisier – car les hôtes se faisaient rares ces temps-ci ! – ou à leur position peu avenante, révélant le peu de goût de Madame Pasceli pour l’agencement ? Quoi qu’il en fût, le jeune homme avait l’impression d’être observé ou pire encore, d’être espionné. La porte avait été forcée ; il en était persuadé. Il fit quelques pas supplémentaires et examina les recoins de sa propre demeure, songeant avec angoisse que si un individu peu scrupuleux venait à l’agresser, il n’aurait aucun moyen de défense mis à part ses bras nus. Son intuition se renforça lorsqu’il aperçut la bibliothèque qui longeait le couloir. Les Pasceli étaient de nature distraite ; aussi un roman emprunté sur les rayonnages ne retrouvait sa digne place que durant les périodes de grands ménages, un peu avant les fêtes de Noël. Or, les ouvrages étaient ici alignés comme prêts à la vente chez un libraire. De la même manière, le buffet à l’angle de l’escalier était débarrassé de tous prospectus inutiles et les piles de documents divers avaient été réorganisées. Le garçon s’attarda sur les détails : les fauteuils, la table basse, la bibliothèque et le buffet. Tous indiquaient que tout semblait normal et paisible. Le tic-tac régulier de l’horloge du salon augmentait ce sentiment de fausse sérénité. Marc s’apprêtait à rebrousser chemin et prévenir sa mère, partie garer la berline dans le garage, quand tout à coup un bruissement de vêtement le figea et lui proscrivit toute retraite. Pourtant, la table basse et les fauteuils lui intimaient de les rejoindre – du moins, l’imaginait-il. Les claudications des aiguilles parurent ralentir puis se fondre dans l’immense silence retenu par la maison. L’oreille aux aguets, Marc chercha en désespoir de cause le moindre bruit qui trahirait la présence non désirée de vagabonds – s’ils en étaient ! Un petit voyou aurait déjà ébranlé mille casseroles et se serait empêtré dans les grands tapis poussiéreux du parquet. Puis cette singulière impression de quiétude était trop parfaite pour que ce soit l’œuvre d’une malheureuse personne en manque de liquidités. Cette constatation fit frémir l’échine du garçon qui redoubla de prudence dans sa lente progression vers le salon. Une ombre furtive se mut sur le mur opposé à la baie vitrée s’ouvrant sur le séjour. Elle s’effaça aussi vite qu’elle apparut. Mais ces quelques millièmes de secondes furent suffisants pour que la peur installât son empire chez le garçon. De la sueur, qui avait pris naissance au sommet de ses tempes, s’écoula en fines gouttelettes le long de sa joue empourprée par la panique. Les palpitations de son cœur devinrent si violentes que Marc doutait qu'il puisse le tolérer longtemps. Le couloir qui joignait le hall au salon ressemblait sensiblement à un étrange tunnel entre la lumière du dehors et les ténèbres de la demeure, comme s’il reliait deux univers tout à fait différents par leur environnement et leurs mœurs. C’était incontestable : quelqu’un était entré par effraction chez lui et n’avait encore pu s’échapper. Mais qui était-ce ? Des voleurs, des assassins, des psychopathes ? Aurait-il à les affronter tous ensemble ? Il secoua la tête ; son esprit terrorisé le plongeait en plein délire. S’armant de courage, il exécuta un nouveau pas en direction de l’escalier pour surprendre son visiteur malavisé. Qui qu’il fût, l’on ne pourrait dire qu’il était facile de rentrer chez les Pasceli sans rencontrer la moindre résistance. Toutefois, l’horloge se faisait toujours aussi muette ; l’aiderait-elle à attraper le personnage qui dérangeait son rythme quotidien en lui offrant l’atout du temps ou retenait-elle son souffle par peur d’être elle aussi remarquée ? La réponse ne tarda pas à survenir. Tandis que le jeune homme approchait à pas de loup la rambarde de l’escalier, le mécanisme de la pendule s’anima tout à coup et le carillon de la neuvième heure du matin sonna. L’angoissant silence vola en éclats. La maison se réveilla brusquement d’un étrange cauchemar. Deux robustes individus surgirent du séjour et bousculèrent le garçon qui tomba à la renverse au pied du buffet.
« Qu’est-ce qu’il foutait là lui ? dit une voix haut perchée, déformée par la panique.
– T’occupe pas de ça, c’est le gosse. Grouille-toi ! »
Les deux silhouettes coururent jusqu’à l’entrée mais, dans la précipitation, l’une d’entre elles heurta un fauteuil et se plia sous une vive douleur au bas-ventre. L’autre lui empoigna l’épaule et le força à avancer. Le mobilier me prend en pitié, pensa le jeune homme étalé sur le sol. Ce contretemps lui permit de se redresser puis de se jeter sur l’un des intrus. Ils roulèrent jusque vers la table basse, comme deux félins en duel. Finalement, l’homme prit l’avantage sur Marc et lui assena un violent coup de poing sur la joue. Son complice l’aida à se relever. L’horloge hurlait toujours la neuvième heure ; elle appelait au secours. Étourdi, le garçon tenta vainement de les suivre ; une nausée lui monta à la gorge et sa vision se troubla. Son crâne avait lui aussi percuté le parquet et il le faisait à présent terriblement souffrir. Néanmoins, il eut un sursaut de bravoure et leur cria d’un air de défi :
« Qui êtes-vous ? »
Des larmes de douleur germaient sur ses cils : un mystérieux brouillard envahissait la pièce. Le jeune homme ne distinguait désormais que deux formes abstraites à la place de ses deux agresseurs. Cependant, l’un d’eux interrompit sa fuite vers l’huis tandis que l’autre le hâtait par des gestes saccadés. Avant de s’évanouir complètement, Marc entendit :
« Des gens qui veulent ton bien, mon petit. »
Mais il ne savait pas, en l’absence de lucidité, si l’homme plaisantait ou s’il parlait sérieusement. Une effroyable brûlure traversa son esprit et lui interdit toute réflexion sensée. Le garçon essaya à nouveau de se lever mais un vertige le plaqua face contre terre. Les pas rapides rencontrèrent l’allée du jardin et s’éloignèrent tandis qu’il sombrait peu à peu dans un état léthargique, comme si les mains de Morphée l’agrippaient au sol et le forçaient à s’enfoncer dans une boue poisseuse. Sa dernière pensée avant de s’évanouir fut pour sa mère. Il pria, faute de mieux, pour que ces individus ne la croisent pas lorsqu’elle rejoindrait l’entrée. Mais il ignorait que ces hommes étaient peut-être plus terrifiés que lui.
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Marc descendit du véhicule familial. Il chargea ses sacs sur l’épaule et s’avança vers la porte d’entrée en chêne, toute aussi fatiguée que les volets et les ornements des balcons. Le bois était effrité comme s’il avait lutté sans relâche contre les hardiesses du temps et qu’il avait conservé les cicatrices de ce combat ancestral. Les fines dentelles de métal noir qui formaient un sombre voile devant les yeux de la porte étaient brisées à leur extrémité et l’usure de la peinture bosselait leur pourtour aiguisé. Le garçon grimpa les trois marches, dont la pierre était grise après tant d’années de service. Sur le perron, il remarqua alors que la poignée en fer forgé était légèrement tournée vers le bas. Soupçonneux, il la saisit et la tira prudemment à lui. La porte n’était pas fermée à clef : sa mère n’avait pas l’habitude de commettre une telle étourderie. Les gongs grincèrent d’une sinistre façon puis se turent pour laisser place à un étrange calme. Marc déposa les bagages à ses pieds et pénétra dans le hall. L’obscurité régnait en maîtresse et le garçon distinguait avec peine les contours de la table basse entourée de modestes fauteuils qui accueillaient par habitude les invités. Ce matin, ils étaient vides et semblaient peu enclins à satisfaire leur devoir de réception, comme s’ils refusaient catégoriquement toute tentative d’assise sur leurs confortables coussins. Cette idée saugrenue vint si naturellement à l’esprit de Marc qu’il craignit pendant d’infimes secondes avoir perdu la raison. Toutefois, plus cet étrange malaise imprégnait son esprit plus il était intimement convaincu que ces sièges conçus pour un salon du XIXème cherchaient à lui révéler la présence d’intrus dans la maisonnée. Était-ce dû à la poussière qui ternissait leurs accoudoirs de merisier – car les hôtes se faisaient rares ces temps-ci ! – ou à leur position peu avenante, révélant le peu de goût de Madame Pasceli pour l’agencement ? Quoi qu’il en fût, le jeune homme avait l’impression d’être observé ou pire encore, d’être espionné. La porte avait été forcée ; il en était persuadé. Il fit quelques pas supplémentaires et examina les recoins de sa propre demeure, songeant avec angoisse que si un individu peu scrupuleux venait à l’agresser, il n’aurait aucun moyen de défense mis à part ses bras nus. Son intuition se renforça lorsqu’il aperçut la bibliothèque qui longeait le couloir. Les Pasceli étaient de nature distraite ; aussi un roman emprunté sur les rayonnages ne retrouvait sa digne place que durant les périodes de grands ménages, un peu avant les fêtes de Noël. Or, les ouvrages étaient ici alignés comme prêts à la vente chez un libraire. De la même manière, le buffet à l’angle de l’escalier était débarrassé de tous prospectus inutiles et les piles de documents divers avaient été réorganisées. Le garçon s’attarda sur les détails : les fauteuils, la table basse, la bibliothèque et le buffet. Tous indiquaient que tout semblait normal et paisible. Le tic-tac régulier de l’horloge du salon augmentait ce sentiment de fausse sérénité. Marc s’apprêtait à rebrousser chemin et prévenir sa mère, partie garer la berline dans le garage, quand tout à coup un bruissement de vêtement le figea et lui proscrivit toute retraite. Pourtant, la table basse et les fauteuils lui intimaient de les rejoindre – du moins, l’imaginait-il. Les claudications des aiguilles parurent ralentir puis se fondre dans l’immense silence retenu par la maison. L’oreille aux aguets, Marc chercha en désespoir de cause le moindre bruit qui trahirait la présence non désirée de vagabonds – s’ils en étaient ! Un petit voyou aurait déjà ébranlé mille casseroles et se serait empêtré dans les grands tapis poussiéreux du parquet. Puis cette singulière impression de quiétude était trop parfaite pour que ce soit l’œuvre d’une malheureuse personne en manque de liquidités. Cette constatation fit frémir l’échine du garçon qui redoubla de prudence dans sa lente progression vers le salon. Une ombre furtive se mut sur le mur opposé à la baie vitrée s’ouvrant sur le séjour. Elle s’effaça aussi vite qu’elle apparut. Mais ces quelques millièmes de secondes furent suffisants pour que la peur installât son empire chez le garçon. De la sueur, qui avait pris naissance au sommet de ses tempes, s’écoula en fines gouttelettes le long de sa joue empourprée par la panique. Les palpitations de son cœur devinrent si violentes que Marc doutait qu'il puisse le tolérer longtemps. Le couloir qui joignait le hall au salon ressemblait sensiblement à un étrange tunnel entre la lumière du dehors et les ténèbres de la demeure, comme s’il reliait deux univers tout à fait différents par leur environnement et leurs mœurs. C’était incontestable : quelqu’un était entré par effraction chez lui et n’avait encore pu s’échapper. Mais qui était-ce ? Des voleurs, des assassins, des psychopathes ? Aurait-il à les affronter tous ensemble ? Il secoua la tête ; son esprit terrorisé le plongeait en plein délire. S’armant de courage, il exécuta un nouveau pas en direction de l’escalier pour surprendre son visiteur malavisé. Qui qu’il fût, l’on ne pourrait dire qu’il était facile de rentrer chez les Pasceli sans rencontrer la moindre résistance. Toutefois, l’horloge se faisait toujours aussi muette ; l’aiderait-elle à attraper le personnage qui dérangeait son rythme quotidien en lui offrant l’atout du temps ou retenait-elle son souffle par peur d’être elle aussi remarquée ? La réponse ne tarda pas à survenir. Tandis que le jeune homme approchait à pas de loup la rambarde de l’escalier, le mécanisme de la pendule s’anima tout à coup et le carillon de la neuvième heure du matin sonna. L’angoissant silence vola en éclats. La maison se réveilla brusquement d’un étrange cauchemar. Deux robustes individus surgirent du séjour et bousculèrent le garçon qui tomba à la renverse au pied du buffet.
« Qu’est-ce qu’il foutait là lui ? dit une voix haut perchée, déformée par la panique.
– T’occupe pas de ça, c’est le gosse. Grouille-toi ! »
Les deux silhouettes coururent jusqu’à l’entrée mais, dans la précipitation, l’une d’entre elles heurta un fauteuil et se plia sous une vive douleur au bas-ventre. L’autre lui empoigna l’épaule et le força à avancer. Le mobilier me prend en pitié, pensa le jeune homme étalé sur le sol. Ce contretemps lui permit de se redresser puis de se jeter sur l’un des intrus. Ils roulèrent jusque vers la table basse, comme deux félins en duel. Finalement, l’homme prit l’avantage sur Marc et lui assena un violent coup de poing sur la joue. Son complice l’aida à se relever. L’horloge hurlait toujours la neuvième heure ; elle appelait au secours. Étourdi, le garçon tenta vainement de les suivre ; une nausée lui monta à la gorge et sa vision se troubla. Son crâne avait lui aussi percuté le parquet et il le faisait à présent terriblement souffrir. Néanmoins, il eut un sursaut de bravoure et leur cria d’un air de défi :
« Qui êtes-vous ? »
Des larmes de douleur germaient sur ses cils : un mystérieux brouillard envahissait la pièce. Le jeune homme ne distinguait désormais que deux formes abstraites à la place de ses deux agresseurs. Cependant, l’un d’eux interrompit sa fuite vers l’huis tandis que l’autre le hâtait par des gestes saccadés. Avant de s’évanouir complètement, Marc entendit :
« Des gens qui veulent ton bien, mon petit. »
Mais il ne savait pas, en l’absence de lucidité, si l’homme plaisantait ou s’il parlait sérieusement. Une effroyable brûlure traversa son esprit et lui interdit toute réflexion sensée. Le garçon essaya à nouveau de se lever mais un vertige le plaqua face contre terre. Les pas rapides rencontrèrent l’allée du jardin et s’éloignèrent tandis qu’il sombrait peu à peu dans un état léthargique, comme si les mains de Morphée l’agrippaient au sol et le forçaient à s’enfoncer dans une boue poisseuse. Sa dernière pensée avant de s’évanouir fut pour sa mère. Il pria, faute de mieux, pour que ces individus ne la croisent pas lorsqu’elle rejoindrait l’entrée. Mais il ignorait que ces hommes étaient peut-être plus terrifiés que lui.
[http://imperialdreamer.forumsline.com/romans-f33/le-veritable-visage-de-la-lumiere-t1128.htm]
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Re: [SF] Le véritable Visage de la Lumière
Le souffle.
Guidé par une raison qui nous méprise, il accomplit sa tâche dans le désintérêt de notre être. Animé de toute l’ardeur de son caractère, il impose sa loi aux inflexibles morales et balaie nos poussiéreuses croyances en un tourbillon d’idées nouvelles. Invisible et impalpable, il propage sa voix dans l’ensemble des interstices de notre âme et viole la plate sérénité de l’esprit. Source d’inspiration, il invoque la jouissance de nos vies et nourrit les flammes de nos passions. Ô combien d’intelligences pourtant avisées furent affolées puis perverties par l’éloquence de son ton et la persuasion de sa bise ! L’air ne fut-il pas lui-même admiratif de sa grâce au temps de l’anéantissement ?
Au service de la révolution, il déchira les lanières de l’asservissement et traça le noble chemin de la liberté. Tant de citadelles du Néant furent ébranlées par la puissance de sa conviction et tremblent encore aujourd’hui de la férocité de ses actes. Son habile légèreté n’a d’égale que la force titanesque qu’il déploie. En un murmure, il suggère une tempête et en un geste, il destitue la plus immuable des sociétés. Mais son engouement à déchaîner toute chose et toute vie ne précipita-t-elle pas l’insurrection des vices les plus cachés de l’univers ?
Guidé par une raison qui nous méprise, il accomplit sa tâche dans le désintérêt de notre être. Animé de toute l’ardeur de son caractère, il impose sa loi aux inflexibles morales et balaie nos poussiéreuses croyances en un tourbillon d’idées nouvelles. Invisible et impalpable, il propage sa voix dans l’ensemble des interstices de notre âme et viole la plate sérénité de l’esprit. Source d’inspiration, il invoque la jouissance de nos vies et nourrit les flammes de nos passions. Ô combien d’intelligences pourtant avisées furent affolées puis perverties par l’éloquence de son ton et la persuasion de sa bise ! L’air ne fut-il pas lui-même admiratif de sa grâce au temps de l’anéantissement ?
Au service de la révolution, il déchira les lanières de l’asservissement et traça le noble chemin de la liberté. Tant de citadelles du Néant furent ébranlées par la puissance de sa conviction et tremblent encore aujourd’hui de la férocité de ses actes. Son habile légèreté n’a d’égale que la force titanesque qu’il déploie. En un murmure, il suggère une tempête et en un geste, il destitue la plus immuable des sociétés. Mais son engouement à déchaîner toute chose et toute vie ne précipita-t-elle pas l’insurrection des vices les plus cachés de l’univers ?
Les Pensées de L’Empire, Livre I, Chapitre 3, Verset 4.
Re: [SF] Le véritable Visage de la Lumière
Épisode 3.
(extrait 1)
« Attention, tu risques de souffrir un peu. »
Soigneux, le docteur Charles Dubois, très proche ami et collègue de Roland, appliqua un « Aspirlex » – ou un « nettoie-tout » comme le personnel médical aimait l’appeler dans son jargon professionnel – sur la plaie sanguinolente de Marc. Ce n’était qu’un modeste tampon imbibé de bétadine et recouvert de ventouses électroniques. Le garçon grimaça ; une vive douleur lui transperça l’arrière du crâne et se répandit en de nombreux petits élancements jusqu’à la nuque. Sa chute sur le parquet puis le combat au sol lui avaient ouvert le cuir chevelu d’où s’était échappé un épais liquide rougeâtre. Le « nettoie-tout » aspirait le sang souillé et nettoyait la plaie afin de prévenir les risques d’infection. D’un geste expérimenté, Charles Dubois retira l’appareil qui produisit un bruit de succion écœurant. Il le déposa ensuite dans un petit bol rempli d’alcool et s’aventura dans le pêle-mêle d’outils chirurgicaux qui encombrait sa petite serviette en cuir noir posée sur ses genoux. Ce quinquagénaire aux abords de la soixantaine avait une figure des plus joviales. Les rides de l’âge avaient certes creusé son front et ses joues, toutefois son regard bleuté pétillait encore d’une éternelle adolescence ; contraste qui se renforçait d’ailleurs avec ses petites lunettes rondes de praticien aguerri et sa chevelure grisonnante.
Après plusieurs secondes de recherches intensives, le médecin sortit le nez de sa mallette et se redressa, fort embarrassé.
« Nathalie, aurais-tu par le plus grand des hasards du fil et une aiguille stérilisée ? Dans la précipitation ce matin, j’en ai oublié de remplir ma mallette. »
Le teint de la femme devint livide. Son regard se posa successivement sur son fils, sur la serviette noire reposée au pied de la chaise et sur le docteur Dubois. Puis, malgré ses efforts pour paraître la mère la plus épanouie de la République Terrae, son sourire fabriqué vacilla sur ses lèvres et se contorsionna en une moue inquiète, sensiblement identique à celle qu’elle avait arborée durant le trajet les ramenant à la maison une heure et demie auparavant.
« Mais… je peux aller voir si Roland n’a pas laissé son cicatriseur dans la trousse à pharmac…
– Cela m’étonnerait fort, Nat’, l’interrompit Charles d’une voix posée. Un médecin part rarement à son lieu de travail sans son matériel. Par contre, je connais la frénésie de ton mari à rassembler tous les outils qui ont accompagné l’histoire de la médecine. Du fil et une aiguille ne doivent pas être bien compliqués à dénicher dans sa collection et Marc doit être rapidement soigné.
– Dans ce cas, peut-être devrions-nous l’emmener à l’hôpital …
– Alors que tu as déjà un médecin à domicile ? rétorqua t-il. Je te remercie de la confiance que tu m’as accordée en sollicitant ma présence suite à l’agression, et je te recommande de croire encore un peu en moi. Ton fils a certes une vilaine plaie sur le haut du crâne, mais cela ne l’aidera pas à passer en priorité devant tous les traumatisés du train Saint-Pétersbourg-Paris, même s’il en faisait partie.
– Oui mais Roland m’a toujours dit que le fil et l’aiguille étaient assez douloureux et peu fiables, rétorqua Nathalie de plus en plus angoissée. Je préfère l’appeler et lui demander de revenir avec son cicatriseur.
– Et le déranger pendant qu’il soigne éventuellement un autre gosse avec une même plaie sur la tête ? intervint Marc dont les picotements autour de la blessure le brûlaient comme si le foyer de la douleur s’étendait sur l’ensemble de son cuir chevelu. Maman, j’ai presque vingt ans et je ne suis plus un môme qu’il faut protéger. J’ai l’âge de faire mes propres choix et surtout de les assumer. Charles, recousez-moi de la manière qui vous semblera la meilleure, enjoignit-il au médecin surpris par la répartie du jeune homme.
– Roland est un excellent praticien, mais il a été formé avec des technologies superflues, rassura t-il alors Nathalie d’un air conciliant. À mon époque, il n’y avait pas plus de cicatriseurs que de puces électroniques. Comment faisaient les hommes des siècles précédents lorsqu’ils se blessaient et qu’ils n’avaient pas encore inventé cet appareil ? Mourraient-ils tous pour autant ? ajouta t-il en la grondant gentiment. J’apprenais déjà à manier le scalpel, les ciseaux et le bistouri alors que tu empilais encore des cubes électroniques, ma petite Nat’. »
Madame Pasceli se tut. Depuis que Marc était rentré à Sokolov, deux mois auparavant, il n’hésitait plus à éluder totalement les choix de sa propre mère, comme si l’école universitaire lui avait enseigné un peu plus que le savoir érudit des sciences-humaines. Tourmentée, elle chercha une aide chaleureuse dans les yeux de l’ami de famille, debout à côté de son fils dans son riche costume en lin. Cet homme n’avait pas subi les dommages de « La Crise ». Grâce à des placements judicieux – et salutaires pour sa fortune personnelle ! – dans la plus grande firme de productions maraîchères du bloc eurasien, plusieurs années avant la dégringolade économique, il était à présent devenu un actionnaire incontournable des marchés les plus fructueux avec l’Empire. Il faisait partie de ces chanceux anciens riches qui avaient réussi à reconvertir leur patrimoine financier sans en perdre le moindre centime. Le sage regard du docteur Dubois plongea Madame Pasceli dans une confiance sans limite et elle acquiesça.
« Bien. Va donc voir dans l’un des placards de son bureau si une bobine de fil chirurgical ne traîne pas aux côtés d’une aiguille. Je me charge de préparer mon patient. »
Madame Pasceli hocha la tête de haut en bas et se précipita immédiatement au second étage. Satisfait, Charles se rassit sur la chaise et s’empara d’une lingette désinfectante et d’un petit rasoir électrique. Puis, avant de s’appliquer à la préparation nécessaire pour recoudre, il dit, calmement :
« Je suis toujours aussi admiratif de l’amour qu’elle te porte, Marc. ».
[http://imperialdreamer.forumsline.com/romans-f33/le-veritable-visage-de-la-lumiere-t1128.htm]
(extrait 1)
« Attention, tu risques de souffrir un peu. »
Soigneux, le docteur Charles Dubois, très proche ami et collègue de Roland, appliqua un « Aspirlex » – ou un « nettoie-tout » comme le personnel médical aimait l’appeler dans son jargon professionnel – sur la plaie sanguinolente de Marc. Ce n’était qu’un modeste tampon imbibé de bétadine et recouvert de ventouses électroniques. Le garçon grimaça ; une vive douleur lui transperça l’arrière du crâne et se répandit en de nombreux petits élancements jusqu’à la nuque. Sa chute sur le parquet puis le combat au sol lui avaient ouvert le cuir chevelu d’où s’était échappé un épais liquide rougeâtre. Le « nettoie-tout » aspirait le sang souillé et nettoyait la plaie afin de prévenir les risques d’infection. D’un geste expérimenté, Charles Dubois retira l’appareil qui produisit un bruit de succion écœurant. Il le déposa ensuite dans un petit bol rempli d’alcool et s’aventura dans le pêle-mêle d’outils chirurgicaux qui encombrait sa petite serviette en cuir noir posée sur ses genoux. Ce quinquagénaire aux abords de la soixantaine avait une figure des plus joviales. Les rides de l’âge avaient certes creusé son front et ses joues, toutefois son regard bleuté pétillait encore d’une éternelle adolescence ; contraste qui se renforçait d’ailleurs avec ses petites lunettes rondes de praticien aguerri et sa chevelure grisonnante.
Après plusieurs secondes de recherches intensives, le médecin sortit le nez de sa mallette et se redressa, fort embarrassé.
« Nathalie, aurais-tu par le plus grand des hasards du fil et une aiguille stérilisée ? Dans la précipitation ce matin, j’en ai oublié de remplir ma mallette. »
Le teint de la femme devint livide. Son regard se posa successivement sur son fils, sur la serviette noire reposée au pied de la chaise et sur le docteur Dubois. Puis, malgré ses efforts pour paraître la mère la plus épanouie de la République Terrae, son sourire fabriqué vacilla sur ses lèvres et se contorsionna en une moue inquiète, sensiblement identique à celle qu’elle avait arborée durant le trajet les ramenant à la maison une heure et demie auparavant.
« Mais… je peux aller voir si Roland n’a pas laissé son cicatriseur dans la trousse à pharmac…
– Cela m’étonnerait fort, Nat’, l’interrompit Charles d’une voix posée. Un médecin part rarement à son lieu de travail sans son matériel. Par contre, je connais la frénésie de ton mari à rassembler tous les outils qui ont accompagné l’histoire de la médecine. Du fil et une aiguille ne doivent pas être bien compliqués à dénicher dans sa collection et Marc doit être rapidement soigné.
– Dans ce cas, peut-être devrions-nous l’emmener à l’hôpital …
– Alors que tu as déjà un médecin à domicile ? rétorqua t-il. Je te remercie de la confiance que tu m’as accordée en sollicitant ma présence suite à l’agression, et je te recommande de croire encore un peu en moi. Ton fils a certes une vilaine plaie sur le haut du crâne, mais cela ne l’aidera pas à passer en priorité devant tous les traumatisés du train Saint-Pétersbourg-Paris, même s’il en faisait partie.
– Oui mais Roland m’a toujours dit que le fil et l’aiguille étaient assez douloureux et peu fiables, rétorqua Nathalie de plus en plus angoissée. Je préfère l’appeler et lui demander de revenir avec son cicatriseur.
– Et le déranger pendant qu’il soigne éventuellement un autre gosse avec une même plaie sur la tête ? intervint Marc dont les picotements autour de la blessure le brûlaient comme si le foyer de la douleur s’étendait sur l’ensemble de son cuir chevelu. Maman, j’ai presque vingt ans et je ne suis plus un môme qu’il faut protéger. J’ai l’âge de faire mes propres choix et surtout de les assumer. Charles, recousez-moi de la manière qui vous semblera la meilleure, enjoignit-il au médecin surpris par la répartie du jeune homme.
– Roland est un excellent praticien, mais il a été formé avec des technologies superflues, rassura t-il alors Nathalie d’un air conciliant. À mon époque, il n’y avait pas plus de cicatriseurs que de puces électroniques. Comment faisaient les hommes des siècles précédents lorsqu’ils se blessaient et qu’ils n’avaient pas encore inventé cet appareil ? Mourraient-ils tous pour autant ? ajouta t-il en la grondant gentiment. J’apprenais déjà à manier le scalpel, les ciseaux et le bistouri alors que tu empilais encore des cubes électroniques, ma petite Nat’. »
Madame Pasceli se tut. Depuis que Marc était rentré à Sokolov, deux mois auparavant, il n’hésitait plus à éluder totalement les choix de sa propre mère, comme si l’école universitaire lui avait enseigné un peu plus que le savoir érudit des sciences-humaines. Tourmentée, elle chercha une aide chaleureuse dans les yeux de l’ami de famille, debout à côté de son fils dans son riche costume en lin. Cet homme n’avait pas subi les dommages de « La Crise ». Grâce à des placements judicieux – et salutaires pour sa fortune personnelle ! – dans la plus grande firme de productions maraîchères du bloc eurasien, plusieurs années avant la dégringolade économique, il était à présent devenu un actionnaire incontournable des marchés les plus fructueux avec l’Empire. Il faisait partie de ces chanceux anciens riches qui avaient réussi à reconvertir leur patrimoine financier sans en perdre le moindre centime. Le sage regard du docteur Dubois plongea Madame Pasceli dans une confiance sans limite et elle acquiesça.
« Bien. Va donc voir dans l’un des placards de son bureau si une bobine de fil chirurgical ne traîne pas aux côtés d’une aiguille. Je me charge de préparer mon patient. »
Madame Pasceli hocha la tête de haut en bas et se précipita immédiatement au second étage. Satisfait, Charles se rassit sur la chaise et s’empara d’une lingette désinfectante et d’un petit rasoir électrique. Puis, avant de s’appliquer à la préparation nécessaire pour recoudre, il dit, calmement :
« Je suis toujours aussi admiratif de l’amour qu’elle te porte, Marc. ».
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Dernière édition par Pacô le Ven 19 Fév - 20:48, édité 3 fois
Re: [SF] Le véritable Visage de la Lumière
(2ème extrait)
« Monsieur le Sénateur ! Monsieur le Sénateur ! » hurlaient à pleins poumons les journalistes lorsque les portes de l’Assemblée Mondiale s’ouvrirent. La masse des gardes républicains, dans leurs uniformes bleus et blancs, se répandit tout autour des grands escaliers blancs qui reliaient le haut bâtiment de forme sphérique à la terre ferme de Bagdad. Un vieil homme, marqué au visage par l’âge et ses responsabilités politiques, descendit les marches de marbre d’une manière si élégante que l’on reconnaissait aisément l’un des hommes les plus puissants de la République Terrae, après le Président Mernine. Tandis qu’il revêtait une riche veste bleu-nuit pour se protéger de la morsure du froid automnal, les flashs des capteurs vidéo redoublèrent d’intensité et sa mine déjà naturellement pâle devint spectrale. D’un signe de tête, le sénateur autorisa les reporters venus de toutes les sections à l’approcher. Son regard impérieux et sage ne freina cependant pas la véhémence des questions de plus en plus agressives.
« Monsieur le Sénateur Nixon ! l’interpela l’un d’entre eux, cette réunion aux allures de concile œcuménique promet-elle des réformes solides pour l’intégration de l’Empire dans notre société ? »
Le vieil homme sourit ; cette question revenait sans cesse dans la bouche des élus qu’il rencontrait, et même dans celle des employés qu’il côtoyait à longueur de journée : l’Empire serait-il admis au sein de la République ? Et cette session extraordinaire, exigée par la majorité absolue lors du récent débat de cet après-midi au sujet de l’Empire, prendrait en effet des apparences de synodes ecclésiastiques ; elle intimait la présence de tous les représentants sectionnaires et projetait de verrouiller les portes de l’Assemblée tant que la réunion n’aurait pas pris une conclusion satisfaisante. Depuis deux ans, le président, des hommes d’État et lui-même redoutaient une telle audience. La diplomatie était de rigueur ; polémiquer autour de l’insertion d’une nation extérieure qui avait sauvé la société risquait d’agacer l’Empire et ses dignitaires. Aujourd’hui, et ce malgré le discours enthousiaste du président le matin même, la contestation envahissait les rangs des députés – même parmi le Sénat, qui partageait pourtant autrefois l’avis et la patience de Nixon – et le gouvernement était dans l’obligation de se plier aux désirs de l’Assemblée législative.
« Cette session extraordinaire répondra effectivement aux affres de la République et éventuellement à celles de ses citoyens, affirma le sénateur d’une voix si emprunte de sérénité qu’elle paraissait venir d’un autre univers, étranger au tumulte de tous ces médias obnubilés par la quête d’informations. Nous ne sommes néanmoins pas en mesure de prédire pour quelle décision l’Assemblée optera et par quel raisonnement elle y parviendra. Par conséquent, aucune promesse ne peut être encore prononcée et je ne puis vous en faire part. Ce choix et cette réflexion n’appartiennent pas à un seul homme mais bien à une communauté.
– Monsieur le Sénateur, l’apostropha un autre en secouant de la main. Monsieur le Président et vous-même étiez contre une telle réunion : comment vivez-vous le comportement de tous ces hommes de la République qui outragent vos résolutions ?
– Monsieur le Président et moi-même ne pouvons aller à l’encontre des désirs de la majorité, déclara Nixon toujours aussi imperturbable. La découverte d’une autre civilisation a fortement troublé la République Terrae jusqu’à sa base alors qu’elle n’était que dans ses premiers pas. Nous estimions qu’il était préférable pour sa santé de ne pas la confronter immédiatement au dilemme de l’acceptation d’un nouveau frère. Toutefois, si telle est la seule alternative pour apaiser son malaise, je me révélerais prompt à la satisfaire.
– Croyez-vous que l’opposition profitera de cette hésitation pour valoriser son programme électoral ? poursuivit l’impétueux journaliste. Ne craignez-vous pas d’éluder une partie de l’opinion publique ?
– Choisir est exclure, rétorqua le vieux sénateur. Que l’Empire soit intégré ou non dans notre société, chaque individu se verra ravi ou vilipendé. Espérons alors que ce choix sera réfléchi avec sagesse et que tous comprendront l’embarras du verdict. »
Le sénateur Nixon releva la manche de sa veste et examina sa montre dorée. Son chauffeur ne tarderait pas à surgir de l’une des grosses avenues qui se terminaient sur l’Agora, la plus vaste place de la République Terrae. Le vieil homme était tombé amoureux de ce lieu dès sa construction, lors du projet de l’Unification Totale. Entourée des monuments les plus puissants et les plus célèbres – le palais présidentiel au Nord, la Banque Mondiale et le Temple de l’Humanité à l’Est, différents ministères publics et l’État Major à l’Ouest et enfin l’Assemblée législative au Sud – l’Agora avait été imaginée comme le poumon républicain de Bagdad. Aujourd’hui, elle se gonflait d’orgueil et poussait son cri de triomphe au sein de la plus brillante capitale. En son centre, la fontaine de jouvence composée de cinq bassins – un pour chaque bloc sectionnaire – promettait la jeunesse éternelle à ce nouveau régime politique. Ses jets d’eau, les plus hauts jamais réalisés sur la surface de la planète se plaisait-on à répéter, semblaient transpercer l’immensité du ciel et chatouiller la suprématie des entités supérieures, si craintes autrefois. La lumière du soleil levant décomposée par les vapeurs d’eau qui se propageaient tout autour produisait bien souvent un arc-en-ciel ; il surplombait toutes les infrastructures publiques de son immense dégradé de couleurs. Aussi, l’Agora devenait un paysage enchanté et merveilleux au milieu de ce pastiche d’institutions froides et austères. Dans le foyer bouillonnant d’eau, un homme et une femme en pierre et sans visage brandissaient à bout de bras un globe terrestre de verre, fragile et inaccessible à la fois. « L’univers sera désormais fondé sur l’équilibre des forces et l’harmonisation des passions. » avait un jour déclaré à la foule le président. Ainsi, de gigantesques obélisques de plus en plus réduits à mesure qu’ils approchaient du cœur de la place formaient une rangée symétrique par rapport à la fontaine. L’Agora, immense et cependant si petite aux yeux de la majesté des monuments qui l’entouraient, n’était-elle donc pas l’image concrète d’une farouche détermination à concevoir un pouvoir souverain, pondéré et animé d’une sage ambition ?
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« Monsieur le Sénateur ! Monsieur le Sénateur ! » hurlaient à pleins poumons les journalistes lorsque les portes de l’Assemblée Mondiale s’ouvrirent. La masse des gardes républicains, dans leurs uniformes bleus et blancs, se répandit tout autour des grands escaliers blancs qui reliaient le haut bâtiment de forme sphérique à la terre ferme de Bagdad. Un vieil homme, marqué au visage par l’âge et ses responsabilités politiques, descendit les marches de marbre d’une manière si élégante que l’on reconnaissait aisément l’un des hommes les plus puissants de la République Terrae, après le Président Mernine. Tandis qu’il revêtait une riche veste bleu-nuit pour se protéger de la morsure du froid automnal, les flashs des capteurs vidéo redoublèrent d’intensité et sa mine déjà naturellement pâle devint spectrale. D’un signe de tête, le sénateur autorisa les reporters venus de toutes les sections à l’approcher. Son regard impérieux et sage ne freina cependant pas la véhémence des questions de plus en plus agressives.
« Monsieur le Sénateur Nixon ! l’interpela l’un d’entre eux, cette réunion aux allures de concile œcuménique promet-elle des réformes solides pour l’intégration de l’Empire dans notre société ? »
Le vieil homme sourit ; cette question revenait sans cesse dans la bouche des élus qu’il rencontrait, et même dans celle des employés qu’il côtoyait à longueur de journée : l’Empire serait-il admis au sein de la République ? Et cette session extraordinaire, exigée par la majorité absolue lors du récent débat de cet après-midi au sujet de l’Empire, prendrait en effet des apparences de synodes ecclésiastiques ; elle intimait la présence de tous les représentants sectionnaires et projetait de verrouiller les portes de l’Assemblée tant que la réunion n’aurait pas pris une conclusion satisfaisante. Depuis deux ans, le président, des hommes d’État et lui-même redoutaient une telle audience. La diplomatie était de rigueur ; polémiquer autour de l’insertion d’une nation extérieure qui avait sauvé la société risquait d’agacer l’Empire et ses dignitaires. Aujourd’hui, et ce malgré le discours enthousiaste du président le matin même, la contestation envahissait les rangs des députés – même parmi le Sénat, qui partageait pourtant autrefois l’avis et la patience de Nixon – et le gouvernement était dans l’obligation de se plier aux désirs de l’Assemblée législative.
« Cette session extraordinaire répondra effectivement aux affres de la République et éventuellement à celles de ses citoyens, affirma le sénateur d’une voix si emprunte de sérénité qu’elle paraissait venir d’un autre univers, étranger au tumulte de tous ces médias obnubilés par la quête d’informations. Nous ne sommes néanmoins pas en mesure de prédire pour quelle décision l’Assemblée optera et par quel raisonnement elle y parviendra. Par conséquent, aucune promesse ne peut être encore prononcée et je ne puis vous en faire part. Ce choix et cette réflexion n’appartiennent pas à un seul homme mais bien à une communauté.
– Monsieur le Sénateur, l’apostropha un autre en secouant de la main. Monsieur le Président et vous-même étiez contre une telle réunion : comment vivez-vous le comportement de tous ces hommes de la République qui outragent vos résolutions ?
– Monsieur le Président et moi-même ne pouvons aller à l’encontre des désirs de la majorité, déclara Nixon toujours aussi imperturbable. La découverte d’une autre civilisation a fortement troublé la République Terrae jusqu’à sa base alors qu’elle n’était que dans ses premiers pas. Nous estimions qu’il était préférable pour sa santé de ne pas la confronter immédiatement au dilemme de l’acceptation d’un nouveau frère. Toutefois, si telle est la seule alternative pour apaiser son malaise, je me révélerais prompt à la satisfaire.
– Croyez-vous que l’opposition profitera de cette hésitation pour valoriser son programme électoral ? poursuivit l’impétueux journaliste. Ne craignez-vous pas d’éluder une partie de l’opinion publique ?
– Choisir est exclure, rétorqua le vieux sénateur. Que l’Empire soit intégré ou non dans notre société, chaque individu se verra ravi ou vilipendé. Espérons alors que ce choix sera réfléchi avec sagesse et que tous comprendront l’embarras du verdict. »
Le sénateur Nixon releva la manche de sa veste et examina sa montre dorée. Son chauffeur ne tarderait pas à surgir de l’une des grosses avenues qui se terminaient sur l’Agora, la plus vaste place de la République Terrae. Le vieil homme était tombé amoureux de ce lieu dès sa construction, lors du projet de l’Unification Totale. Entourée des monuments les plus puissants et les plus célèbres – le palais présidentiel au Nord, la Banque Mondiale et le Temple de l’Humanité à l’Est, différents ministères publics et l’État Major à l’Ouest et enfin l’Assemblée législative au Sud – l’Agora avait été imaginée comme le poumon républicain de Bagdad. Aujourd’hui, elle se gonflait d’orgueil et poussait son cri de triomphe au sein de la plus brillante capitale. En son centre, la fontaine de jouvence composée de cinq bassins – un pour chaque bloc sectionnaire – promettait la jeunesse éternelle à ce nouveau régime politique. Ses jets d’eau, les plus hauts jamais réalisés sur la surface de la planète se plaisait-on à répéter, semblaient transpercer l’immensité du ciel et chatouiller la suprématie des entités supérieures, si craintes autrefois. La lumière du soleil levant décomposée par les vapeurs d’eau qui se propageaient tout autour produisait bien souvent un arc-en-ciel ; il surplombait toutes les infrastructures publiques de son immense dégradé de couleurs. Aussi, l’Agora devenait un paysage enchanté et merveilleux au milieu de ce pastiche d’institutions froides et austères. Dans le foyer bouillonnant d’eau, un homme et une femme en pierre et sans visage brandissaient à bout de bras un globe terrestre de verre, fragile et inaccessible à la fois. « L’univers sera désormais fondé sur l’équilibre des forces et l’harmonisation des passions. » avait un jour déclaré à la foule le président. Ainsi, de gigantesques obélisques de plus en plus réduits à mesure qu’ils approchaient du cœur de la place formaient une rangée symétrique par rapport à la fontaine. L’Agora, immense et cependant si petite aux yeux de la majesté des monuments qui l’entouraient, n’était-elle donc pas l’image concrète d’une farouche détermination à concevoir un pouvoir souverain, pondéré et animé d’une sage ambition ?
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Dernière édition par Pacô le Mer 27 Jan - 21:41, édité 2 fois
Re: [SF] Le véritable Visage de la Lumière
(3ème extrait)
« Monsieur le Sénateur, interpela un journaliste plus réservé que le précédent, comment envisagez-vous l’attitude de l’Empire suite à cette audience exceptionnelle ?
– Comme un individu qui prend conscience que ses amis doutent de lui, répondit le vieil homme en détournant les yeux de l’Agora. Il acceptera notre trouble et patientera jusqu’à ce que nous statuons de son sort, ou il s’indignera et nous en assumerons les conséquences diplomatiques et économiques. Toutefois, l’heure n’est pas à la panique ; l’Empire a maintes fois prouvé sa compassion et je suis d’avis qu’il nous la montrera encore aujourd’hui.
– Que faites-vous pour en être si sûr ? reprit l’arrogant reporter. L’Empire est-il épris d’humanité lorsqu’il assassine sauvagement des citoyens ?
– Des criminels, souligna Nixon »
Son regard flegmatique se posa sur son interlocuteur. Celui-ci n’en fut aucunement perturbé et il corrigea à son tour :
« Sauf votre respect, il s’agit de nos criminels de notre société, à qui elle seule revient le rôle de juge. N’estimez-vous pas qu’il soit temps de rappeler à ces sauveurs que cette terre n’est pas la leur ? »
Ces propos furent accompagnés d’une approbation générale ; plusieurs murmures félicitaient la bravoure du journaliste qui avait enfin élevé la voix contre le sénateur réputé pour sa fermeté, son sang froid et son charisme. Nixon redressa un sourcil puis s’appliqua à remettre en ordre les plis de sa veste, conscient que la foule d’yeux en face de lui scrutait le moindre de ses mouvements. Les éclairs lumineux des capteurs vidéo s’étaient estompés comme si eux aussi attendaient avec avidité sa réponse. Qu’espéraient-ils tous ? Certes, l’Empire violait plusieurs règles par leurs agissements ; mais quels étaient les droits et les devoirs d’une société spectatrice sur une autre ? Qui se chargerait d’arbitrer un procès si l’on en intentait un contre cette nation ? La justice de Terrae n’était qu’un compromis entre tous les individus la composant afin de protéger les libertés d’autrui et permettre ainsi la vie en communauté. Comment soumettre une civilisation étrangère et aux mœurs peu communes à une loi dont elle n’a pas participé à la promulgation ? Les plus réfléchis voyaient là un attentat au droit fondamental et les plus excessifs parlaient d’un retour aux systèmes des nations indépendantes où certains hommes ne jouissaient pas des mêmes privilèges que d’autres. Car c’était là que résidait le litige qui garantissait à l’Empire une immunité : tant qu’il ne serait pas considéré comme élément ou non de la société, ni procès ni guerre ne pouvaient être engagés contre lui. L’on réclamait incessamment au gouvernement de trancher ; lequel resta taciturne jusqu’à ce que l’Assemblée Mondiale exigeât cette session extraordinaire. Désormais, la position brumeuse de l’Empire serait éclaircie et ses fervents opposants sauraient quelle cible viser.
Un homme – aux allures de primate tant ses muscles décuplés forçaient sur les coutures de sa chemise blanche – se pencha à l’oreille du sénateur.
« Votre véhicule est arrivé Monsieur, l’informa-t-il. Vous pouvez envoyer bouler toutes ces sangsues. »
Nixon acquiesça et aperçut la longue berline noire qui, silencieuse, s’était arrêtée à quelques mètres de lui, sans être remarquée par les journalistes. Elle alluma brusquement ses phares, dont les rayons lumineux furent réfractés dans l’immense squelette de verre et d’acier de l’Assemblée législative, et éblouit l’assistance.
« Vous l’avez dit vous-même, déclara le sénateur, la société est seule juge. Je ne suis donc pas habilité à estimer si ces étrangers seront accueillis ou même si leurs actes sont répréhensibles. Mais je sais où est ma place ; je participerai à cette audience et ferais valoir mon opinion qu’il plaise ou non. Maintenant, si vous voulez bien m’excuser … »
Le reporter, médusé, s’écarta et le vieil homme se rendit jusqu’à son véhicule dont la portière entrouverte l’invitait à s’engouffrer à l’abri des capteurs vidéo. Les gardes du corps tout autour se dispersèrent et regagnèrent leurs postes à l’Assemblée. Lorsque les portes furent enfin refermées, l’effervescence était à son comble.
« C’est une réelle crise d’identité que vit notre jeune République aujourd’hui à Bagdad, renchérit l’homme en image trois dimensions debout au milieu du salon. D’après la récente déclaration du sénateur Nixon, bras droit du président Mernine, le gouvernement ne fléchira pas devant l’Assemblée législative et tiendra sa position quant au sujet de l’Empire. Une double conséquence s’ajoute alors au verdict de cette session extraordinaire : si les représentants des sections ne se laissent pas impressionner par la farouche détermination du palais présidentiel et acceptent de définir un statut social aux chasseurs de « proies », ce pourrait être le pouvoir tout entier qui se retrouverait sur la sellette et envisagerait expressément sa démission.
– Nous vivons vraiment dans un monde pourri, s’exclama Hassan Adjahid. »
Il saisit la télécommande et éteignit le poste de télévision. Aussitôt, l’envoyé spécial du News Budapest disparut de la pièce et l’écoulement perpétuel de la fontaine de jouvence s’estompa. D’un geste rageur, il la lança sur le fauteuil en forme d’œuf face à lui et plongea son regard de jais sur son assiette chargée d’épinards. Hassan était un homme par habitude très jovial ; caractère qu’il partageait d’ailleurs avec son fils aîné Roald. Il aimait rire, trouver la boutade qui animerait ses amis d’une hilarité commune et vivre la vie qui l’accueillait chaque matin comme il l’entendait. Et par-dessus tout, il était le fier propriétaire d’une entreprise en pleine expansion grâce aux curieux achats floraux et maraîchers de l’Empire. Depuis que sa première serre avait été inaugurée deux ans avant « La Crise », la société n’enregistrait que des bénéfices croissants comme si la frénésie de ces sauveurs d’une autre terre s’accentuait de jour en jour. Aujourd’hui cependant, la colère empourprait ses pommettes telle la liqueur de cerise se mélangerait à son teint café : le goût en devenait âpre.
« Je n’aime pas quand tu es si peu optimiste chéri. Tu parles comme si le président avait déjà démissionné, rétorqua Nadja, un verre d’eau à la main. Encore un peu de légumes les enfants ? » demanda-t-elle en se tournant vers Marc et Roald qui restaient muets en bout de table.
Ils hochèrent la tête de droite à gauche, le regard songeur perdu dans le vide. Les Adjahid avaient pris l’habitude d’inviter le meilleur ami de leur fils à déjeuner lorsqu’il rentrait de Saint-Pétersbourg ; l’amour fraternel qui les unissait n’était un secret pour personne. Depuis que la famille marocaine avait quitté la section africaine pour se rendre à Paris, les deux garçons s’étaient élevés ensemble, partageant leurs écoles, leurs instants de vie et leurs passions. Toutefois, leurs différents projets d’étude après le diplôme décerné au lycée avaient compromis leur inaliénable camaraderie et avaient étiré leurs liens d’amitié entre Sokolov et la caserne de Boulogne. Les quelques week-ends où Marc pouvait rentrer dans la région française compensaient maigrement les longues semaines d’absence et reflétaient un pâle souvenir des années passées.
Nadja se redressa, arrangea la courbure de la ceinture dorée qui ceignait ses hanches élégantes puis saisit le plat à peine entamé.
« Ah, vous me fatiguez messieurs, se lamenta-t-elle. Vous devriez voir la tête que vous me présentez depuis que vous êtes assis sur ces chaises.
– C’est pas la faute de Marc s’il s’est fait tabasser ce matin, m’man, taquina Roald en soulevant sa propre assiette.
– Très drôle petit morveux, sourit la victime en question. J’aurais bien aimé que tu sois à ma place un peu…
– Ne prenez pas cette histoire à la légère vous deux, les réprimanda le père qui planta sa fourchette dans les pavés d’épinards froids dont il n’avait effleuré pour l’instant que la surface. Je ne crois pas qu’il s’agisse de simples maraudeurs à la recherche de maisons richement meublées. Plusieurs cas similaires à ton infortune de ce matin, Marc, m’ont été rapportés par des clients : jamais aucun objet de valeur ne fut dérobé. Cela m’a tout l’air d’une organisation de malfaiteurs qui a un but bien précis.
– Certes, celui d’ouvrir le crâne des blonds par exemple ? À d’autres ! plaisanta à nouveau son fils tout en ramassant le reste des ustensiles éparpillés sur la table.
– Je ne rigole pas, fiston, reprit Hassan. Je ne sais pas ce que cherchaient ces deux hommes chez toi, Marc. M’est avis que ce n’étaient pas les différentes bobines de fils chirurgicaux qu’amasse ton paternel qui ont attisé leur convoitise. »
Roald retint un gloussement et se contenta d’élargir son sourire lorsqu’il croisa le regard de son ami. Complices, ils éclatèrent de rire au souvenir d’une vieille aventure d’enfance, à l’époque où ils s’inventaient des terrains de jeux dans chaque pièce de la vieille bâtisse du 5, rue Georges-Jacques Danton. Leur divertissement favori restait néanmoins l’exploration méticuleuse et compliquée de chaque pièce composant la collection médicale de Roland. Au cours de l’une d’elle, Roald s’était empêtré dans plusieurs bobines et les avait mélangées ; les deux garçons d’autrefois avaient connu là une mémorable scène de panique, terrifiés par le retour des deux parents Pasceli et de la douloureuse sanction qu’ils subiraient. Finalement, un coupable avait été désigné pour les laver de tous soupçons : Cocker, feu l’admirable animal de compagnie qui, dépourvu de paroles, n’avait rien pu répondre au réquisitoire enflammé des deux bambins justifiant le désordre des fils chirurgicaux par une soudaine hystérie du petit chien. De cette aventure, seuls Marc et Roald conservaient la réelle nature des faits et ils s’étaient toujours promis de ne jamais la révéler.
[http://imperialdreamer.forumsline.com/romans-f33/le-veritable-visage-de-la-lumiere-t1128.htm]
« Monsieur le Sénateur, interpela un journaliste plus réservé que le précédent, comment envisagez-vous l’attitude de l’Empire suite à cette audience exceptionnelle ?
– Comme un individu qui prend conscience que ses amis doutent de lui, répondit le vieil homme en détournant les yeux de l’Agora. Il acceptera notre trouble et patientera jusqu’à ce que nous statuons de son sort, ou il s’indignera et nous en assumerons les conséquences diplomatiques et économiques. Toutefois, l’heure n’est pas à la panique ; l’Empire a maintes fois prouvé sa compassion et je suis d’avis qu’il nous la montrera encore aujourd’hui.
– Que faites-vous pour en être si sûr ? reprit l’arrogant reporter. L’Empire est-il épris d’humanité lorsqu’il assassine sauvagement des citoyens ?
– Des criminels, souligna Nixon »
Son regard flegmatique se posa sur son interlocuteur. Celui-ci n’en fut aucunement perturbé et il corrigea à son tour :
« Sauf votre respect, il s’agit de nos criminels de notre société, à qui elle seule revient le rôle de juge. N’estimez-vous pas qu’il soit temps de rappeler à ces sauveurs que cette terre n’est pas la leur ? »
Ces propos furent accompagnés d’une approbation générale ; plusieurs murmures félicitaient la bravoure du journaliste qui avait enfin élevé la voix contre le sénateur réputé pour sa fermeté, son sang froid et son charisme. Nixon redressa un sourcil puis s’appliqua à remettre en ordre les plis de sa veste, conscient que la foule d’yeux en face de lui scrutait le moindre de ses mouvements. Les éclairs lumineux des capteurs vidéo s’étaient estompés comme si eux aussi attendaient avec avidité sa réponse. Qu’espéraient-ils tous ? Certes, l’Empire violait plusieurs règles par leurs agissements ; mais quels étaient les droits et les devoirs d’une société spectatrice sur une autre ? Qui se chargerait d’arbitrer un procès si l’on en intentait un contre cette nation ? La justice de Terrae n’était qu’un compromis entre tous les individus la composant afin de protéger les libertés d’autrui et permettre ainsi la vie en communauté. Comment soumettre une civilisation étrangère et aux mœurs peu communes à une loi dont elle n’a pas participé à la promulgation ? Les plus réfléchis voyaient là un attentat au droit fondamental et les plus excessifs parlaient d’un retour aux systèmes des nations indépendantes où certains hommes ne jouissaient pas des mêmes privilèges que d’autres. Car c’était là que résidait le litige qui garantissait à l’Empire une immunité : tant qu’il ne serait pas considéré comme élément ou non de la société, ni procès ni guerre ne pouvaient être engagés contre lui. L’on réclamait incessamment au gouvernement de trancher ; lequel resta taciturne jusqu’à ce que l’Assemblée Mondiale exigeât cette session extraordinaire. Désormais, la position brumeuse de l’Empire serait éclaircie et ses fervents opposants sauraient quelle cible viser.
Un homme – aux allures de primate tant ses muscles décuplés forçaient sur les coutures de sa chemise blanche – se pencha à l’oreille du sénateur.
« Votre véhicule est arrivé Monsieur, l’informa-t-il. Vous pouvez envoyer bouler toutes ces sangsues. »
Nixon acquiesça et aperçut la longue berline noire qui, silencieuse, s’était arrêtée à quelques mètres de lui, sans être remarquée par les journalistes. Elle alluma brusquement ses phares, dont les rayons lumineux furent réfractés dans l’immense squelette de verre et d’acier de l’Assemblée législative, et éblouit l’assistance.
« Vous l’avez dit vous-même, déclara le sénateur, la société est seule juge. Je ne suis donc pas habilité à estimer si ces étrangers seront accueillis ou même si leurs actes sont répréhensibles. Mais je sais où est ma place ; je participerai à cette audience et ferais valoir mon opinion qu’il plaise ou non. Maintenant, si vous voulez bien m’excuser … »
Le reporter, médusé, s’écarta et le vieil homme se rendit jusqu’à son véhicule dont la portière entrouverte l’invitait à s’engouffrer à l’abri des capteurs vidéo. Les gardes du corps tout autour se dispersèrent et regagnèrent leurs postes à l’Assemblée. Lorsque les portes furent enfin refermées, l’effervescence était à son comble.
« C’est une réelle crise d’identité que vit notre jeune République aujourd’hui à Bagdad, renchérit l’homme en image trois dimensions debout au milieu du salon. D’après la récente déclaration du sénateur Nixon, bras droit du président Mernine, le gouvernement ne fléchira pas devant l’Assemblée législative et tiendra sa position quant au sujet de l’Empire. Une double conséquence s’ajoute alors au verdict de cette session extraordinaire : si les représentants des sections ne se laissent pas impressionner par la farouche détermination du palais présidentiel et acceptent de définir un statut social aux chasseurs de « proies », ce pourrait être le pouvoir tout entier qui se retrouverait sur la sellette et envisagerait expressément sa démission.
– Nous vivons vraiment dans un monde pourri, s’exclama Hassan Adjahid. »
Il saisit la télécommande et éteignit le poste de télévision. Aussitôt, l’envoyé spécial du News Budapest disparut de la pièce et l’écoulement perpétuel de la fontaine de jouvence s’estompa. D’un geste rageur, il la lança sur le fauteuil en forme d’œuf face à lui et plongea son regard de jais sur son assiette chargée d’épinards. Hassan était un homme par habitude très jovial ; caractère qu’il partageait d’ailleurs avec son fils aîné Roald. Il aimait rire, trouver la boutade qui animerait ses amis d’une hilarité commune et vivre la vie qui l’accueillait chaque matin comme il l’entendait. Et par-dessus tout, il était le fier propriétaire d’une entreprise en pleine expansion grâce aux curieux achats floraux et maraîchers de l’Empire. Depuis que sa première serre avait été inaugurée deux ans avant « La Crise », la société n’enregistrait que des bénéfices croissants comme si la frénésie de ces sauveurs d’une autre terre s’accentuait de jour en jour. Aujourd’hui cependant, la colère empourprait ses pommettes telle la liqueur de cerise se mélangerait à son teint café : le goût en devenait âpre.
« Je n’aime pas quand tu es si peu optimiste chéri. Tu parles comme si le président avait déjà démissionné, rétorqua Nadja, un verre d’eau à la main. Encore un peu de légumes les enfants ? » demanda-t-elle en se tournant vers Marc et Roald qui restaient muets en bout de table.
Ils hochèrent la tête de droite à gauche, le regard songeur perdu dans le vide. Les Adjahid avaient pris l’habitude d’inviter le meilleur ami de leur fils à déjeuner lorsqu’il rentrait de Saint-Pétersbourg ; l’amour fraternel qui les unissait n’était un secret pour personne. Depuis que la famille marocaine avait quitté la section africaine pour se rendre à Paris, les deux garçons s’étaient élevés ensemble, partageant leurs écoles, leurs instants de vie et leurs passions. Toutefois, leurs différents projets d’étude après le diplôme décerné au lycée avaient compromis leur inaliénable camaraderie et avaient étiré leurs liens d’amitié entre Sokolov et la caserne de Boulogne. Les quelques week-ends où Marc pouvait rentrer dans la région française compensaient maigrement les longues semaines d’absence et reflétaient un pâle souvenir des années passées.
Nadja se redressa, arrangea la courbure de la ceinture dorée qui ceignait ses hanches élégantes puis saisit le plat à peine entamé.
« Ah, vous me fatiguez messieurs, se lamenta-t-elle. Vous devriez voir la tête que vous me présentez depuis que vous êtes assis sur ces chaises.
– C’est pas la faute de Marc s’il s’est fait tabasser ce matin, m’man, taquina Roald en soulevant sa propre assiette.
– Très drôle petit morveux, sourit la victime en question. J’aurais bien aimé que tu sois à ma place un peu…
– Ne prenez pas cette histoire à la légère vous deux, les réprimanda le père qui planta sa fourchette dans les pavés d’épinards froids dont il n’avait effleuré pour l’instant que la surface. Je ne crois pas qu’il s’agisse de simples maraudeurs à la recherche de maisons richement meublées. Plusieurs cas similaires à ton infortune de ce matin, Marc, m’ont été rapportés par des clients : jamais aucun objet de valeur ne fut dérobé. Cela m’a tout l’air d’une organisation de malfaiteurs qui a un but bien précis.
– Certes, celui d’ouvrir le crâne des blonds par exemple ? À d’autres ! plaisanta à nouveau son fils tout en ramassant le reste des ustensiles éparpillés sur la table.
– Je ne rigole pas, fiston, reprit Hassan. Je ne sais pas ce que cherchaient ces deux hommes chez toi, Marc. M’est avis que ce n’étaient pas les différentes bobines de fils chirurgicaux qu’amasse ton paternel qui ont attisé leur convoitise. »
Roald retint un gloussement et se contenta d’élargir son sourire lorsqu’il croisa le regard de son ami. Complices, ils éclatèrent de rire au souvenir d’une vieille aventure d’enfance, à l’époque où ils s’inventaient des terrains de jeux dans chaque pièce de la vieille bâtisse du 5, rue Georges-Jacques Danton. Leur divertissement favori restait néanmoins l’exploration méticuleuse et compliquée de chaque pièce composant la collection médicale de Roland. Au cours de l’une d’elle, Roald s’était empêtré dans plusieurs bobines et les avait mélangées ; les deux garçons d’autrefois avaient connu là une mémorable scène de panique, terrifiés par le retour des deux parents Pasceli et de la douloureuse sanction qu’ils subiraient. Finalement, un coupable avait été désigné pour les laver de tous soupçons : Cocker, feu l’admirable animal de compagnie qui, dépourvu de paroles, n’avait rien pu répondre au réquisitoire enflammé des deux bambins justifiant le désordre des fils chirurgicaux par une soudaine hystérie du petit chien. De cette aventure, seuls Marc et Roald conservaient la réelle nature des faits et ils s’étaient toujours promis de ne jamais la révéler.
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Dernière édition par Pacô le Sam 16 Jan - 23:36, édité 3 fois
Re: [SF] Le véritable Visage de la Lumière
(4ème extrait)
« Mon père broie du noir.
– J’ai cru m’en apercevoir en effet », ironisa Marc lorsqu’il s’engouffra à son tour dans la voiture de Roald.
Celui-ci inséra sa clef d’activation, frôla le clavier tactile et composa le code secret à huit chiffres. L’engin démarra et, en une secousse, recula, contourna la maison puis se dirigea vers le portail. Marc retint une grimace ; ces nouveaux bolides sportifs n’arrangeaient pas son appréciation des trajets en véhicules particuliers. Les constructeurs primaient sur la vitesse d’exécution et sur la légèreté des matériaux employés ; l’on entendait parfois parler dans les publicités de fibres végétales pour les sièges, de métal allégé et de composants électroniques si réduits qu’ils en étaient invisibles à l’œil nu. Les résultats étaient concluants : en un maximum de cinq secondes, les deux garçons faisaient face au portail noir, en bas de l’allée. Ce dernier était, comme la plupart des éléments qui composaient la demeure des Adjahid, à la pointe de la technologie. Deux petites lentilles intuitives, fixées sur la grosse structure d’acier, scannèrent le véhicule dans son ensemble puis l’intérieur. Les ordinateurs envoyaient ensuite un rapport détaillé au tableau de bord du chauffeur et validaient – ou non – les entrées et sorties de la propriété.
« Il est toujours bon de savoir que nous sommes bien nous », plaisanta Roald en confirmant la bonne réception du fichier informatique.
Contrairement aux portails traditionnels, celui-ci ne se sépara pas de droite à gauche mais de haut en bas ; une partie s’élevait au ciel tandis qu’une autre s’enfonçait dans la terre. Cette fonctionnalité ne présentait guère d’avantages supplémentaires ou singuliers ; juste un caprice de nouveaux riches qui souhaitaient se démarquer de l’ancienne société par leur originalité. La voiture franchit en trombe le portail et s’inséra dans la rue bordant le quartier résidentiel. Les voies de circulation étaient limpides à cette heure de la journée ; aussi Roald ne refusa pas que son bolide accélérât. Il obliqua sur une avenue parallèle et s’engagea dans les quartiers sociaux de Paris. L’automobile prit encore de la vitesse. Les vieux immeubles désaffectés du XIIIe arrondissement formaient une masse grise, floue et sale. À travers les vitres teintées, le paysage défilait presque aussi vite qu’à travers celles des trains de la SCTE. A cela, se mélangeaient les nuages d’automne chargés des futures pluies qui se déverseraient inexorablement sur la capitale préfectorale. La journée ne serait guère plus enthousiasmante et Marc commençait presque à regretter le froid vif de Saint-Pétersbourg et la chaleur de ses citadins. Il s’agissait encore d’un sinistre tableau parisien dépourvu de vie. Des herbes folles poussaient dans les fissures de la route désertée et d’anciens poteaux électriques luttaient contre les attaques successives de la bise, puis ployaient parfois lorsqu’une rafale semblait plus virulente que les autres. D’innombrables ruines délaissées par les autorités locales jonchaient presque le passage. Cependant, le bolide poursuivait sa course effrénée sous l’œil attentif de Roald, tandis que Marc agrippait solidement les deux bords de son siège.
« Ce qui m’énerve le plus dans cette situation, c’est qu’on ne peut rien faire ! »
Marc lui jeta un coup d’œil légèrement effrayé et réprima un haut-le-cœur en avalant sa salive. En un mouvement brusque, la voiture se déporta sur la gauche pour éviter un éboulis oublié depuis longtemps sur la chaussée. Nullement perturbé par l’attitude de son ami, le jeune homme halé se tourna subitement vers lui et continua :
« C’est vrai quoi ! On vit dans un monde merdique. L’Empire, quoique adulé par mon paternel, sème la zizanie partout sur la planète. Notre foutu gouvernement est incapable de trouver la solution à ses problèmes et lèche le cul aux chasseurs de criminels qui n’en ont finalement, je crois, rien à branler de notre condition. Et nous, pauvres citoyens crétins, qu’est-ce qu’on doit faire, tu peux me le dire ?
– Je ne sais pas, mais là je te conseille de ralentir, répondit Marc les yeux rivés devant lui.
– Quoi ? le rabroua Roald. On ne t’apprend donc rien sur le sujet à Sokolov ?
– Je m’en fiche pas mal là ! S’écria Marc. Grouille-toi de faire stopper cette voiture bon sang ! Je crois qu’elle n’a pas calculé ça ! »
Aussitôt Roald reprit ses esprits et se concentra à nouveau sur la route. Effaré, il se rendit compte de la situation. D’un geste rapide, il tira le levier sous le siège du conducteur et la voiture freina en un crissement de pneus suraigus. Marc ferma les yeux ; il préférait ne pas assister à l’éventuel impact. Fort heureusement, la voiture se déporta sur la gauche et évita de justesse les premiers manifestants de l’énorme rassemblement aligné sur le macadam, terrifié par la mort qui venait d’effleurer leurs pieds.
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« Mon père broie du noir.
– J’ai cru m’en apercevoir en effet », ironisa Marc lorsqu’il s’engouffra à son tour dans la voiture de Roald.
Celui-ci inséra sa clef d’activation, frôla le clavier tactile et composa le code secret à huit chiffres. L’engin démarra et, en une secousse, recula, contourna la maison puis se dirigea vers le portail. Marc retint une grimace ; ces nouveaux bolides sportifs n’arrangeaient pas son appréciation des trajets en véhicules particuliers. Les constructeurs primaient sur la vitesse d’exécution et sur la légèreté des matériaux employés ; l’on entendait parfois parler dans les publicités de fibres végétales pour les sièges, de métal allégé et de composants électroniques si réduits qu’ils en étaient invisibles à l’œil nu. Les résultats étaient concluants : en un maximum de cinq secondes, les deux garçons faisaient face au portail noir, en bas de l’allée. Ce dernier était, comme la plupart des éléments qui composaient la demeure des Adjahid, à la pointe de la technologie. Deux petites lentilles intuitives, fixées sur la grosse structure d’acier, scannèrent le véhicule dans son ensemble puis l’intérieur. Les ordinateurs envoyaient ensuite un rapport détaillé au tableau de bord du chauffeur et validaient – ou non – les entrées et sorties de la propriété.
« Il est toujours bon de savoir que nous sommes bien nous », plaisanta Roald en confirmant la bonne réception du fichier informatique.
Contrairement aux portails traditionnels, celui-ci ne se sépara pas de droite à gauche mais de haut en bas ; une partie s’élevait au ciel tandis qu’une autre s’enfonçait dans la terre. Cette fonctionnalité ne présentait guère d’avantages supplémentaires ou singuliers ; juste un caprice de nouveaux riches qui souhaitaient se démarquer de l’ancienne société par leur originalité. La voiture franchit en trombe le portail et s’inséra dans la rue bordant le quartier résidentiel. Les voies de circulation étaient limpides à cette heure de la journée ; aussi Roald ne refusa pas que son bolide accélérât. Il obliqua sur une avenue parallèle et s’engagea dans les quartiers sociaux de Paris. L’automobile prit encore de la vitesse. Les vieux immeubles désaffectés du XIIIe arrondissement formaient une masse grise, floue et sale. À travers les vitres teintées, le paysage défilait presque aussi vite qu’à travers celles des trains de la SCTE. A cela, se mélangeaient les nuages d’automne chargés des futures pluies qui se déverseraient inexorablement sur la capitale préfectorale. La journée ne serait guère plus enthousiasmante et Marc commençait presque à regretter le froid vif de Saint-Pétersbourg et la chaleur de ses citadins. Il s’agissait encore d’un sinistre tableau parisien dépourvu de vie. Des herbes folles poussaient dans les fissures de la route désertée et d’anciens poteaux électriques luttaient contre les attaques successives de la bise, puis ployaient parfois lorsqu’une rafale semblait plus virulente que les autres. D’innombrables ruines délaissées par les autorités locales jonchaient presque le passage. Cependant, le bolide poursuivait sa course effrénée sous l’œil attentif de Roald, tandis que Marc agrippait solidement les deux bords de son siège.
« Ce qui m’énerve le plus dans cette situation, c’est qu’on ne peut rien faire ! »
Marc lui jeta un coup d’œil légèrement effrayé et réprima un haut-le-cœur en avalant sa salive. En un mouvement brusque, la voiture se déporta sur la gauche pour éviter un éboulis oublié depuis longtemps sur la chaussée. Nullement perturbé par l’attitude de son ami, le jeune homme halé se tourna subitement vers lui et continua :
« C’est vrai quoi ! On vit dans un monde merdique. L’Empire, quoique adulé par mon paternel, sème la zizanie partout sur la planète. Notre foutu gouvernement est incapable de trouver la solution à ses problèmes et lèche le cul aux chasseurs de criminels qui n’en ont finalement, je crois, rien à branler de notre condition. Et nous, pauvres citoyens crétins, qu’est-ce qu’on doit faire, tu peux me le dire ?
– Je ne sais pas, mais là je te conseille de ralentir, répondit Marc les yeux rivés devant lui.
– Quoi ? le rabroua Roald. On ne t’apprend donc rien sur le sujet à Sokolov ?
– Je m’en fiche pas mal là ! S’écria Marc. Grouille-toi de faire stopper cette voiture bon sang ! Je crois qu’elle n’a pas calculé ça ! »
Aussitôt Roald reprit ses esprits et se concentra à nouveau sur la route. Effaré, il se rendit compte de la situation. D’un geste rapide, il tira le levier sous le siège du conducteur et la voiture freina en un crissement de pneus suraigus. Marc ferma les yeux ; il préférait ne pas assister à l’éventuel impact. Fort heureusement, la voiture se déporta sur la gauche et évita de justesse les premiers manifestants de l’énorme rassemblement aligné sur le macadam, terrifié par la mort qui venait d’effleurer leurs pieds.
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