La Jeune Parque, Paul Valéry

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas

La Jeune Parque, Paul Valéry

Message  MrSonge le Lun 17 Aoû 2009 - 15:57



Attention, voici du gros, du très gros ! ^^

Mais tout d'abord :

Deux mots sur l'auteur :

Paul Valéry entre en 1888 à la faculté de droit et se désintéresse très vite de ses études pour les lettres et la peinture. Passionné de poésie, il découvre les symbolistes, sous l'influence desquels il compose ses premiers vers. Il se lie d'amitié avec Pierre Louys, qui lui présente Mallarmé et André Gide. La nuit du 4 octobre 1892, à Gênes, il traverse une crise passionnelle où il décide de soumettre la sensibilité à la raison et de se consacrer à l'activité intellectuelle. Installé à Paris, il est rédacteur au ministère de la Guerre puis secrétaire particulier du directeur de l'agence Havas. Après 'L' introduction à la méthode de Léonard de Vinci', il renonce à l'écriture tandis que sa renommée croît. Son retour en 1919 avec 'La Jeune Parque', puis 'Charmes' l'impose comme l'un des plus grand poètes français. Son immense succès a fait de lui une 'espèce de poète d'État' : élu à l'Académie française en 1925, il est nommé professeur de poétique au Collège de France en 1937. En 1941, en pleine occupation nazi, il prononce, à l'Académie, l'éloge funèbre de Bergson, ce qui est considéré comme un acte de résistance. et reçoit des funérailles nationales en 1945.

«Mes vers ont le sens qu'on leur prête.»

Deux mots sur l'oeuvre :

Dans la nuit du 4 au 5 octobre 1892, au cours d'un violent orage, Paul Valéry se retrouva au sein d'une crise existentielle. Cette dernière - connue sous le nom 'nuit de Gênes' - fit une telle impression sur Valéry, qu'il changea totalement de cap en matière d'écriture: il arrêta d'écrire des poèmes. Aux alentours de 1898, il suspendit même presque toutes ses activités d'écrivain - peut-être à cause du décès de Mallarmé, qui était son maître et son modèle. Pendant près de vingt ans, Valéry ne publia pas un seul mot.

L'une des causes de cette crise - que Valéry lui-même comparait à celle de Descartes lorsqu'il écrivit son 'cogito ergo sum' - était son amour pour Madame de Rovira, qui, bien que vécu de loin, était devenu une obsession pour Paul Valéry. Pendant son bref séjour à Gênes, loin de l'objet de sa passion, il fut douloureusement confronté à ses pensées et ses sentiments irrationnels. Il prit la décision de donner dorénavant la préférence à l'intellect plutôt qu'à 'l'inconscient'. Il se montrait également sceptique quant aux choses qui n'étaient pas purement rationnelles, comme par exemple la religion, les rêves et la littérature. La philosophie de l'esprit prit le pas sur ses occupations personnelles.

Ce n'est qu'en 1917 que Valéry brisa son 'long silence' et que parut La jeune Parque, un poème de 500 vers auquel il avait travaillé pendant environ quatre ans. Il devait initialement écrire - à la demande de son éditeur Gallimard et de son ami Gide - une préface poétique d'une trentaine de lignes seulement, destinée à accompagner une réédition de ses premiers poèmes. Il en résulta ce qui est maintenant considéré comme son chef d'œuvre: le monologue hermétique d'une femme en proie à un combat entre le corps et l'esprit, un exemple typique de l'extrême formalisme de Valéry.

Le Début :

Qui pleure là, sinon le vent simple, à cette heure
Seule, avec diamants extrêmes ?... Mais qui pleure,
Si proche de moi-même au moment de pleurer ?

Cette main, sur mes traits qu’elle rêve effleurer,
Distraitement docile à quelque fin profonde,
Attend de ma faiblesse une larme qui fonde,
Et que de mes destins lentement divisé,
Le plus pur en silence éclaire un cœur brisé.
La houle me murmure une ombre de reproche,
Ou retire ici-bas, dans ses gorges de roche,
Comme chose déçue et bue amèrement,
Une rumeur de plainte et de resserrement...
Que fais-tu, hérissée, et cette main glacée,
Et quel frémissement d’une feuille effacé
Persiste parmi vous, îles de mon sein nu ?...
Je scintille, liée à ce ciel inconnu...
L’immense grappe brille à ma soif de désastres.

Tout-puissants étrangers, inévitables astres
Qui daignez faire luire au lointain temporel
Je ne sais quoi de pur et de surnaturel ;
Vous qui dans les mortels plongez jusques aux larmes
Ces souverains éclats, ces invincibles armes,
Et les élancements de votre éternité,
Je suis seule avec vous, tremblante, ayant quitté
Ma couche ; et sur l’écueil mordu par la merveille,
J’interroge mon cœur quelle douleur l’éveille,
Quel crime par moi-même ou sur moi consommé ?...
... Ou si le mal me suit d’un songe refermé,
Quand (au velours du souffle envolé l’or des lampes)
J’ai de mes bras épais environné mes tempes,
Et longtemps de mon âme attendu les éclairs ?
Toute ? Mais toute à moi, maîtresse de mes chairs,
Durcissant d’un frisson leur étrange étendue,
Et dans mes doux liens, à mon sang suspendue,
Je me voyais me voir, sinueuse, et dorais
De regards en regards, mes profondes forêts.

J’y suivais un serpent qui venait de me mordre.

__________________________________
"Dans un roman, on doit retrouver l'univers de l'écrivain du début à la fin, dans une seule phrase, la première venue."
(M-E Nabe)

"C'est avec la tête qu'on écrit. Si le coeur la chauffe, tant mieux, mais il ne faut pas le dire. Ce doit être un four invisible.."
(G. Flaubert)
avatar
MrSonge
Très Haut Guide Spirituel
Très Haut Guide Spirituel

Masculin Nombre de messages : 6242
Age : 25
Emploi/loisirs : Etudiant en Lettres, 2ème année, Français & Philosophie
Votre talent : Écriture
Points : 6232
Date d'inscription : 16/10/2008

http://amicusveritatis.over-blog.com/

Revenir en haut Aller en bas

Re: La Jeune Parque, Paul Valéry

Message  R. le Jeu 1 Oct 2009 - 16:30

je n'avais pas vu, excuse moi je te prie Oo
merci pour cela
avatar
R.
Talent Expérimenté
Talent Expérimenté

Masculin Nombre de messages : 253
Age : 26
Emploi/loisirs : étudiant
Votre talent : Écriture
Points : 336
Date d'inscription : 03/11/2008

http://tapages.over-blog.fr/

Revenir en haut Aller en bas

Re: La Jeune Parque, Paul Valéry

Message  MrSonge le Jeu 1 Oct 2009 - 16:31

Mais de rien. ^^

__________________________________
"Dans un roman, on doit retrouver l'univers de l'écrivain du début à la fin, dans une seule phrase, la première venue."
(M-E Nabe)

"C'est avec la tête qu'on écrit. Si le coeur la chauffe, tant mieux, mais il ne faut pas le dire. Ce doit être un four invisible.."
(G. Flaubert)
avatar
MrSonge
Très Haut Guide Spirituel
Très Haut Guide Spirituel

Masculin Nombre de messages : 6242
Age : 25
Emploi/loisirs : Etudiant en Lettres, 2ème année, Français & Philosophie
Votre talent : Écriture
Points : 6232
Date d'inscription : 16/10/2008

http://amicusveritatis.over-blog.com/

Revenir en haut Aller en bas

Re: La Jeune Parque, Paul Valéry

Message  Contenu sponsorisé


Contenu sponsorisé


Revenir en haut Aller en bas

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut

- Sujets similaires

 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum