Eulaly : Des conséquences de ses choix

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Eulaly : Des conséquences de ses choix

Message  Moonflower57800 le Mer 14 Avr 2010 - 16:31

Bon, on y est.
Ceci est le texte le plus récent que j'ai écrit.
Je vais vous résumer l'histoire jusqu'à ce passage, dans les grandes lignes.


Ce qu'il faut savoir avant de lire ce texte, c'est qu'Eulaly a été abandonnée à sa naissance devant la porte d'une ferme. Pour tout indice concernant sa naissance, on lui a laissé un médaillon d'argent sur lequel est sculpté le visage d'une femme emballé dans un morceau de parchemin où figure son prénom.
La famille qui habitait alors dans cette ferme, déjà dotée de trois fils, l'a recueillie et élevée. A dix-sept ans, ils l'ont promise à un homme violent, boucher de son village, s'imaginant alors que c'était un bon parti.
Eulaly, qui connait bien la vraie nature de Yagar fuit le domicile parental dans la nuit pour se retrouver à Tournai quelques jours plus tard, épuisée. Seulement voilà, Yagar a suivi sa trace. Il veut sa vengeance. Il veut son corps, il veut sa vie.
Malheureusement pour lui, et heureusement pour mon héroïne, un ami d'Eulaly l'assassine juste après qu'il l'ait blessée.

Elle tombe sous le charme d'un homme, propriétaire d'une taverne où il l'a installée, Antoine, personnage séducteur, ambitieux, travailleur et aimant boire qui désire rapidement un enfant d'elle.
Totalement amoureuse, malgré sa piété et les recommandations de sa marraine, poussée par la simple peur de le perdre et le désir de lui plaire, elle accepte de lui offrir sa virginité sachant même qu'il est marié ailleurs. Lui lui promet de faire dissoudre son premier mariage pour l'épouser. Elle est alors pleine d'espoir.
Elle attend rapidement un enfant de lui avec pour elle, toutes les conséquences que cela engendre au niveau social.
Le temps passe, sa situation amoureuse n'évolue pas. Antoine ne semble pas pressé d'officialiser leur union, obsédé par sa carrière (d'ailleurs, il est rapidement promu Procureur) d'où une grande souffrance pour la jeune fille qui tente malgré tout de se convaincre que tout cela n'est dû qu'à de fâcheux contretemps.

Se sentant atrocement coupable vis-à-vis de ses parents adoptifs, Eulaly n'a jamais eu le cran de leur écrire. Jusqu'à ce fameux soir, un an plus tard. Elle est alors enceinte de sept mois.


_____________________________________________

Une année. Une année qu'elle était à Tournai...
Elle avait cessé de travailler pour cause de grossesse avancée. Antoine était souvent parti au tribunal et même lorqu'il était là, il travaillait sur ses dossiers.
Bien sûr, elle était fière de lui. C'était un bourreau de travail et il avait le charisme nécessaire à son poste.
Souvent, elle s'asseyait près du feu, non loin de lui et, tout en cousant de la layette, l'observait du coin de l'oeil, tout concentré qu'il était.
La bougie, posée près de lui, illuminait son visage d'une douce lumière, créant sur sa joue et ses paupières des zones d'ombre et de lumière dansantes.
Elle n'osait pas l'interrompre, l'observait simplement, d'un regard doux et posé, le trouvait beau.
Ils restaient comme çà, chacun à sa tâche, sans rien dire. Bien, juste bien.

La journée, Eulaly déambulait dans la taverne, s'octroyait quotidiennement une petite promenade à la grange suivie d'une sieste dans le foin, elle préparait le repas du soir, faisait un peu de ménage.
Rien de bien passionnant en somme. Elle avait besoin de tranquillité, elle en avait. Trop même.
Le temps semblait se tirer à l'infini transformant les jours en heures, les heures en minutes, les minutes en secondes.
Elle entamerait bientôt son huitième mois. Il lui semblait qu'elle était enceinte depuis des lustres.

Un soir, alors qu'elle l'observait écrire, elle se décida enfin. Peu importe ce qu'ils penseraient d'elle, Eulaly leur devait bien çà. Elle s'approcha du bureau où Antoine travaillait et, sans rien dire, prit une plume et un parchemin. Il leva ses yeux sur sa compagne, la regardant sans poser de questions. Il n'était pas bavard, pas avec elle en tout cas. Pour une fois, çà l'arrangeait.

Elle s'éloigna un peu et commença sa lettre sur un coin de table.

Cher Père, chère Mère,

Je trouve aujourd'hui la force de vous écrire pour vous donner de mes nouvelles mais aussi pour vous demander pardon.
J'ai été une fille bien ingrate en m'enfuyant comme je l'ai fait.

Je vis aujourd'hui à Tournai, en Flandres. J'y ai un compagnon. Il s'appelle Antoine et tient une taverne. Dans quelques semaines, je mettrai au monde son enfant.

Je me sens bien ici. J'ai un poste au comité des Fêtes de la mairie et je donne parfois un coup de main pour les animations du comté. J'ai même intégré le parti politique que mon amoureux a créé.

Je pense à vous souvent.
Je sais déjà que Yagar n'est jamais rentré. Il m'avait suivie jusqu'ici et y a trouvé la mort.
Je vous saurai gré d'en informer son père.

Vous me manquez beaucoup.
Comment se portent mes frères ? Benoît est-il déjà marié ? Quentin s'est-il assagi ? Guillaume travaille t'il toujours aussi dur à la ferme ?
Et vous, mes chers parents ? Votre santé est-elle bonne ?

J'espère que vous me donnerez bientôt de vos nouvelles. Je les attends avec impatience.

Votre fille Eulaly

Elle lit et relit la lettre, à la fois soulagée et anxieuse, puis la plie et y dépose un cachet de cire. Demain matin, elle la donnerait à un coursier. Ensuite, il faudrait laisser le temps faire.

Pendant les jours qui suivirent, Eulaly déambulait toujours mais bien plus nerveusement. Elle attendait impatiemment une réponse.
Quelques jours plus tard, celle-ci arriva. Ils n’avaient pas tardé à répondre ! C’était bon signe…
Les mains tremblantes, pleine d’espoir, sourire aux lèvres, elle décachète la lettre.

Damoiselle,

Sache que je n’ai plus de fille et que la femme qui t’a élevée et aimée est morte il y a plus de sept mois.
Peu m’importe de savoir ce que tu deviens. Pour ma part, tu es morte également.

Il nous aura finalement fallu dix-sept ans pour nous apercevoir que tu ne vaux pas mieux que la catin qui t’a déposée devant notre porte.
D’ailleurs, tu dis attendre un enfant, tu parles de compagnon mais pas d’époux, tu traînes dans une taverne comme une soûlarde dévergondée.
Fous nous avons été de croire qu’une bonne éducation pouvait aller contre une hérédité gangrenée par la dépravation.

Inutile de chercher à contacter ceux qui t’ont servi de frères pendant ta jeunesse, ils n’éprouvent pas de meilleurs sentiments à ton égard.

En ce qui concerne Yagar. Son pauvre père vient d’être mis au courant. Attends-toi à ce qu’il en parle à la maréchaussée.

Vis ta vie comme tu l’entends, fricote avec qui tu veux, dépose tes bâtards devant la porte d’inconnus si tu le souhaites mais ne revendique jamais plus le fait d’être ma fille ou la sœur de mes fils.

Par cette lettre, je te renie et te laisse retourner à ta véritable nature.

Octave du Bach

Au fur et à mesure de sa lecture, le visage d'Eulaly se décompose. Un coup de massue derrière le crâne n’aurait pas eu plus d’effet.
Ses mains tremblent tout à fait à présent. Elle s’assoit, effondrée, laisse tomber le parchemin sur la table et prend sa tête dans ses mains.
Sa mère est morte… Morte à peu près au moment où elle perdait sa virginité et se laissait féconder… Son père… Octave… Il n’a même pas pu écrire son nom… Il la renie, elle le dégoûte. Sa vraie mère ? Une catin ? Elle ? Une dépravée irrécupérable ?

Qui est-elle ? Qui est Eulaly du Bach ? Non. Elle n’a plus le droit de porter ce nom. Qui est Eulaly ?

Les larmes arrivent, abondantes, chaudes, salées.
Complètement déstabilisée… complètement perdue… Elle se sent seule, désespérément seule...
Elle ne parlerait de çà à personne. La honte, le désespoir… Comment a t’elle pu se retrouver là ?

Les gens la prenait déjà pour ce qu’elle n’était pas. Elle pouvait encore le supporter. Mais son père !

Ses sanglots redoublent inondant son visage, trempant les manches de sa houppelande toute neuve.

Si Antoine et elle avait déjà pu être mariés, çà aurait pu changé les choses… Peut-être.. Mais rien n’avançait. Rien sauf la venue de leur enfant.
Au point où elle en est, elle en vient même à douter des intentions d’Antoine envers elle. Mais oui ! Peut-être n’a t’il pas du tout envie de l’épouser… Peut-être souhaite t’il qu’ils continuent de vivre ainsi ? Il n'a pas l'air de s'en plaindre en tout cas. On dirait que la situation lui convient.

Plus rien ne va.
Elle se lève, le visage et les yeux fortement rougis, prend la lettre, la cache dans une boîte, dans sa chambre, bien au fond d’une armoire et se couche.
Dormir… dormir pour oublier, dormir pour faire passer le temps plus vite.
Dormir et ne plus jamais se réveiller… Ce serait une manière si douce de mettre fin à tout cela.
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