Gladiateur : Son statut social, sa vie et sa mort

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Gladiateur : Son statut social, sa vie et sa mort

Message  Manon le Jeu 5 Mai 2011 - 19:27

Spoiler:
Ceci est un dossier à rendre pour lundi, mais c'est surtout une occasion de vous parler des gladiateurs \o/ J'avais pour consigne de ne pas dépasser 5 pages [grblm]. Comme c'est destiné à une enseignante-chercheur, je n'ai pas expliqué le vocabulaire, mais si vous ne comprenez pas un mot, n'hésitez pas à me demander Smile
Pour ceux que les jolies images intéressent, j'ai mis le dossier en ligne : http://www.picdo.net/fileinfo.aspx?id=86ba55ff-f721-466a-adda-97b3432de3a6)



Statut avant, pendant et après la carrière : esclavage et liberté

Les premiers gladiateurs étaient choisis parmi les prisonniers de guerre, et ils combattaient bien souvent avec les armes propres à leur pays d’origine, comme un signe d’exotisme et de conquête du monde. La plupart du temps, ils ne recevaient aucune formation, dans le but d’obtenir une mort prompte : certains se retrouvaient face à d’autres gladiateurs ou prisonniers, d’autres se trouvaient condamnés ad bestias. D’autres, vendus au marché aux esclaves, pouvaient devenir des gladiateurs, tel Spartacus.

Mais les conflits ne fournissaient pas assez de captifs pour entretenir à eux seuls la caste des gladiateurs. On trouve donc sans tarder d’autres origines pour ces combattants.
Les condamnés du droit commun pouvaient être formés par des lanistes (privés ou princiers), même si bien souvent, ils étaient livrés sans défense aux bêtes ou aux gladiateurs entrainés.
Mais la plupart de ces gladiateurs entrainés sont des esclaves, car il était facile de s’en procurer. Il semblerait même qu’être vendu à un laniste était une punition, et les ventes punitives devinrent rapidement les seules autorisées pour ceux destinés à la gladiature. Dans les textes, on les reconnait comme esclaves par des phrases notant leur appartenance (« gladiateurs de Néron »), essentiellement avec un suffixe en –anus (Sereianus, Liscianus).

Mais il arrivait qu’un homme libre s’engageât volontairement. Durant son contrat, il perdait son statut de citoyen et acceptait ainsi d’être battu, voire tué, par son maître, le laniste, mais aussi revendu ; bien qu’il pouvait se racheter. Avant de signer, il devait se déclarer devant un tribun, ce dernier pouvait peut-être s’opposer à la décision. Il devait également jurer puis il recevait une prime de la part du laniste.

(graphique + analyse)

La plupart des jeunes gladiateurs morts durant leur premier combat possèdent rarement une tombe personnelle, faute de moyens ; dans le cas contraire, il était plutôt honteux de marquer les maigres résultats en épitaphe. Il est donc très difficile d’estimer le nombre de ces tirones décédés.
On suppose ainsi que la plupart des gladiateurs sous contrat menaient un peu moins de cinq combats avant de succomber. Les gladiateurs libérés n’étaient probablement pas enterrés avec eux, exception faite pour leurs doctores.
De plus, les gladiateurs ayant terminé leur contrat avaient souvent une meilleure cote de popularité et lors d’une défaite, le public se montrait moins prompt à réclamer sa mort que celle d’un inconnu.

Après la fin de leur contrat ou après leur libération, les gladiateurs continuaient les combats. La profession offrait peu de nouveaux débouchés : la meilleure position une fois sorti des combats était celle de laniste ou de doctores. Ce furent surtout les gains et l’admiration vouée aux gladiateurs qui les maintinrent dans l’arène.


Craints et méprisés, mais aussi adulés

Les gladiateurs font partie d’une société marginale, mais malgré leur mise à l’écart, ils demeurent un enjeu social majeur car tous se passionnent pour eux. Ils sont à la fois craints, méprisés et adulés.
Lors des entrainements, on privilégie des armes factices, les vraies n’étant données que pendant les combats en arène. Ils occuperont d’ailleurs des rôles assez importants dans les guerres civiles, mais aussi des places dans les gardes personnelles.
C’est surtout leur origine que l’on méprise : condamnés, esclaves, prisonniers… Les hommes libres sont considérés comme déshonorés, car ils ont vendu leur liberté. Mais on les admire également, y compris leurs détracteurs, principalement pour leur courage face à la mort.

Tacite dit de cet engouement : « Il semble que chez nous les enfants s’intéressent aux gladiateurs quand ils sont encore dans le ventre de leur mère. Les jeunes à la maison ne parlent pas d’autre chose. Mais aussi à la l’école les maitres eux-mêmes avec les élèves ne font rien d’autre que de parler des spectacles de gladiateurs. »
Témoignent de cette célébrité des statuettes (1), des jouets (2), des médaillons de « vedettes », des graffitis (sur les murs de Pompéi). Les statues dites de « gladiateurs en gloire » ne portent pas de casque – ils reposent à leurs pieds dans certains cas – de manière à ce que nul n’ignore l’identité du gladiateur en question.
Certains textes parlent également de sénateurs ou de chevaliers descendus dans l’arène, mais aussi de femmes, par attrait de cette gloire.

Succès auprès des femmes
Les plus forts sont adulés, de nombreux graffitis témoignent de l’adoration des femmes pour ces hommes-là.
Dans l’une de ses satires, Juvénal parle d’Eppia, épouse de sénateur qui accompagne une école de gladiateurs itinérants à la suite d’un gladiateur confirmé dont elle est éprise, au mépris de sa famille et de sa ville. Mais elle devra partager le discrédit que subissent les gladiateurs.
L’impératrice Faustine aurait également succombé au charme d’un de ces combattants, union dont Commode serait né.

Succès auprès des hommes : les gladiatrices
Leur existence est avérée bien que l’on doute de la réalité des combats (qui semblent plutôt rares, avec des circonstances particulières : combats aux flambeaux, étrangères…). Elles seraient plus souvent présentes lors de l’entrainement. Si à l’inauguration du Colysée, des femmes de base extraction combattirent, il arrivait également que des aristocrates descendent dans l’arène.

Très peu de textes parlent de l’attirance des hommes pour les gladiatrices, un de Juvénal, mais surtout de l’iconographie (3) : une provocatrix « chevauche » son amant. Cela pouvait se montrer tout autant érotique qu’humoristique dans ce contexte.


Famille et caserne

Si certains gladiateurs formaient des troupes itinérantes, d’autres restaient fixés à une ville, voire à un amphithéâtre en particulier. Dans ce cas-là, ils occupaient une caserne (4 & 5) – ludus –, dans la cité, où ils passaient l’essentiel de leur vie.

À Pompéi, on retrouva 28 squelettes, dont certains de femmes et d’enfants. Les épitaphes confirment la présence de concubines ou d’épouses (sur le tombeau de Publius Volumnis Vitalis, mirmidon libre : « À son tendre époux qui le méritait bien » et « À son tendre père »). Dans le cas du célibat, les camarades gladiateurs se chargeaient d’édifier une tombe pour le mort (comme celle du contre-rétiaire Faustus). Plutarque parle également de gladiateurs mariés qui demandent à leurs amis de veiller sur leurs femmes : les familles d’un gladiateur défunt passaient parfois sous la protection d’un autre gladiateur. Outre l’Eppia de Juvénal, déjà citée plus haut, de grandes dames se rendent dans les ludi, ainsi que des matrones.

Malgré leur statut d’esclave, ils restent un investissement bien trop important pour les traiter comme le commun. On trouve par exemple des médecins et des masseurs, pour ne pas gâcher un gladiateur à cause d’une blessure. Il arrivait même que pour éviter de perdre trop d’argent, des lanistes s’entendissent de manière frauduleuse pour ne pas blesser grièvement les gladiateurs de l’autre.
Contrairement à la nourriture de l’armée, elle est servie cuisinée aux gladiateurs, souvent de la bouillie d’avoine, un régime sélectionné plutôt pour ses qualités nutritives que financières.

Suétone parle aussi d’esclaves dans les casernes, le plus souvent assignés aux métiers d’encadrement, de même qu’aux gladiateurs, bien qu’essentiellement aux doctores. Plutarque écrit à propos de gladiateurs qui libéreraient leurs esclaves avant de combattre dans l’arène et ces affranchis sont parfois cités dans l’épigraphie.

Dans un ludus ordinaire, on arriverait probablement à soixante personnes, sans compter les femmes et les enfants (qui aidaient à la cuisine et à l’entretien), avec un budget hypothétique annuel de 60 000 sesterces.

La disparition de la gladiature

De nombreux auteurs ont dénoncé les munus durant des siècles. Cicéron condamne le gaspillage d’argent pour un amusement aussi futile (le théâtre étant montré comme spectacle de qualité, tandis que les divertissements d’arène sont plutôt frivoles et destinés au peuple). D’ailleurs, sous Tibère et Vespasien, les nombres de paires de gladiateurs sont limités, par crainte à Rome, mais surtout pour l’aspect financier dans les autres villes.
Mais la cruauté en rebute d’autres, comme Sénèque, qui parle d’un spectacle de la mort donnée comme un jeu. Cependant, il critique essentiellement le spectateur entrainé par la foule, chez qui toute morale semble disparaitre.
Mais ce furent les chrétiens à avoir le dernier mot, avec le soutient l’empereur Constantin.
Les condamnations ad bestias sont le plus souvent visées, bien que les gladiateurs n’y prennent pas directement part ; elles seront interdites par Constantin en 324. La fermeture des écoles de gladiature suivra, en 399. Par contre, l’arrêt définitif des combats se situe aux environs de 418.


Bibliographie

- La mort en face : le dossier gladiateurs, Éric Teyssier, 2009, Actes Sud.

- La gladiature en occident : des origines à la mort de Domitien, Georges Ville, École française de Rome, Palais Farnèse, 1981.

- http://clg-edgar-varese.scola.ac-paris.fr/telechargements/LesGladiateurs.pdf
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