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Message  Corinne Lanneluc le Jeu 9 Jan 2014 - 18:17

Merci de me faire vos commentaires.
J'ai choisi un passage au beau milieu de l'histoire, une focale zéro, je crois que c'est comme cela qu'on appelle un passage quand c'est le narrateur omniscient qui parle. J'ai appris ça dans un atelier d'écriture. Belle expérience que je conseille même si ça coûte un peu cher.
Merci à ceux qui me donneront de leur temps


Dernière édition par Corinne Lanneluc le Lun 10 Fév 2014 - 11:19, édité 1 fois
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Re: Commentaires Dé-lifting

Message  MémoireDuTemps le Jeu 9 Jan 2014 - 21:35

Corinne Lanneluc a écrit:

Spoiler:

Dé-lifting
 
Deux jours plus tard, Anne-Lise se tenait en alerte dans la cour où, à la faveur de l'obscurité, les troènes prisonniers dans leurs pots prenaient des allures de silhouettes humaines. L’emballage de carton n'avait pas bougé, coincé entre le châssis et le vantail de la fenêtre. Elle chercha dans ses poches les gants de bricolage en silicone qu'elle enfila avant de pousser la fenêtre et d'enjamber le rebord avec beaucoup plus de souplesse qu'elle n'en prêtait à son corps. Mains agrippées au rebord de la fenêtre, elle se laissa glisser contre le mur à l'intérieur jusqu'à ce que ses talons rencontrent la petite buttée de la plinthe. Un premier pas rassurant sur le sol ferme de la pièce lui ôta l'idée survenue ce mot ne me semble pas idéal pour une idée un peu plus tôt que l'endroit était peut-être couvert d'insectes grouillants ou de boues noires et mouvantes.
 
L'atelier était sombre; espace insécable avant un ; elle resta statufiée une longue minute pour habituer ses yeux à l'obscurité et vérifier que tout était verbe être répété et non auxiliaire immobile et silencieux dans la pièce. En fait de silence, elle entendait surtout son cœur cogner dans sa poitrine, craignant même un instant qu'il ne la lâche et qu'on la retrouve le lendemain, ridiculement morte de peur avant d'avoir pu faire quoi que ce soit.
 
Ce qui la frappa tout d'abord, ce fut verbe être répété et non auxiliaire l'odeur d'étoffe neuve et d'apprêt mêlés à celle de moteur électrique chaud. Cette sensation la projeta dans son enfance, dans le petit réduit sans fenêtre où sa mère rangeait des chutes de tissu et cousait quelquefois à la machine. C' était verbe être répété et non auxiliaire une vieille machine de marque Minerva qu'elle utilisait uniquement pour faire des retouches ou des ourlets, car elle n' était verbe être répété et non auxiliaire pas une grande couturière. Anne-Lise adorait ce petit réduit à couture mais sa mère n'aimait pas l'y trouver, craignant qu'elle se blesse avec les aiguilles ou qu'elle emmêle ses écheveaux de coton. Quand la machine fonctionnait, elle emplissait la pièce d'une odeur de moteur surchauffé et de graisse.
 
Anne-Lise repensa à un épisode que racontait sa mère lorsqu'elle faisait vrombir sa machine : sa cousine Caroline s'était avancée trop près de la machine à coudre et ses longs cheveux avaient été happés par une pièce mécanique en rotation, ce qui avait eu pour effet de maintenir sa tête plaquée au corps de la machine. Sa mère avait alors saisi une paire de ciseaux et avait coupé au plus vite les mèches avant qu'elles ne soient arrachées au cuir chevelu. C'est ainsi que sa cousine avait dû se résoudre à porter les cheveux courts.
 
Devait-elle se soumettre à un atavisme poussant irrémédiablement les membres de sa famille à provoquer une petite tragédie ayant deux participes présents proches pour cadre l'univers de la couture ? Elle décida que oui. Elle qui n'avait jamais cru à une quelconque destinée des êtres, elle venait de trancher : le premier pas de sa toute nouvelle carrière de guerrière s'accomplirait dans cette boutique de création de robes du soir et plutôt ou ? de mariées.
 
Plantée dos à la fenêtre, encore stupéfaite par son audace, elle dut cependant faire un effort pour esquisser le premier pas en avant.
 
Elle attendit d'être gagnée par une paralysie progressive, qui aurait commencé par la plante des pieds, remontant rapidement jusqu'à la racine des cheveux, ce qui n'était pas pour lui déplaire car au cas où la propriétaire des lieux ferait  répétition de faire irruption, elle resterait invisible grâce à la magie de la pétrification. Mais rien de cela ne se produisit. ♥♥♥
 
Décidée à sortir de l'atelier, elle contourna d'un pas mécanique une grande table pour voir où conduisait un passage barré d'un rideau de perles. Elle venait de pénétrer dans la boutique et lut à l'envers sur la vitrine « Gaïane Créations ».
 
L’envie enfantine de toucher les dévidoirs de fil et de rubans exposés sur le comptoir la taraudait, mêlée au sentiment de l'urgence à quitter les lieux. Contournant le meuble, elle se dirigea vers un mur de tiroirs en bois ciré où des boutons de toutes tailles et de toutes couleurs faisaient office de poignées. Chaque tiroir regorgeait de boutons rangés par couleurs. Elle saisit une magnifique poignée bleue translucide comme un bonbon à la menthe : le tiroir était rempli de boutons de tailles et de styles différents, mais tous bleus. Elle s'accroupit et le retourna sur le sol moquetté. Le discret cliquetis des boutons ainsi répandus la ravit. Elle les contempla. Il était encore temps pour elle de s'en tenir là. Et puis elle sortit un deuxième tiroir de son casier. Des boutons dorés. Ils vinrent rejoindre les boutons bleus sur la moquette cassis. C'était du plus bel effet avec des boutons dont la couleur allait cette fois du turquoise au vert Véronèse. Et les couleurs s’ajoutèrent les unes aux autres avec juste le petit cliquetis, couvrant tout l'espace disponible entre le comptoir et le mur. É Ecrasant attention aux majuscules accentuées qui sont souhaitables les boutons qui craquaient comme des coquilles d'huîtres sous ses semelles, elle revint dans l'atelier. Trois machines à coudre trônaient sur des tables posées en vis-à-vis. Au centre de la pièce, une vaste plateforme de découpe était éclairée par une verrière diffusant une lumière zénithale qui la fit hésiter. D’accord il y a beaucoup de boutons de couleur qui cliquètent… mais dans ce paragraphe, il y en a trop AMHA (à mon humble avis)
 
Elle s'avança pourtant vers la table pour y saisir deux grandes burettes en plastique. Les burettes contenaient un liquide sans odeur mais à l'aspect visqueux. Elle revint dans la boutique, un bidon dans chaque main, et vit les robes de tulle et de satin, certaines suspendues à de simples portants qui couraient le long des murs, d'autres présentées sur des mannequins, mariées sans tête ni bras figées au milieu du passage, attendant l'escorte d'un fiancé.
 
En trois pas, elle se trouva devant les mannequins. Elle leva le bras bien haut devant le premier Stockman et pressa le bidon qui vomit un filet poisseux sur les dentelles d'une robe cassis. La cliente avait dû commander la couleur de sa robe en s'inspirant de la moquette. JJJ Concentrée sur ses gestes, dispensant une giclée d'huile par ici, une flaque par-là, la soumission des mannequins face au sort funeste qu'elle avait choisi pour eux l’étonnait. Infatigable, elle repartit dans l'atelier où, manquante en ouvrant les placards, elle découvrit deux seaux de laque brillante vert sombre, Collection « Marie-Antoinette ». Quelques années plus tard, elle serait saisie par une scène de Mullholland Drive, un film de David Lynch dans lequel un cinéaste affublé de lunettes de publicitaire rentrait dans sa villa californienne, surprenait sa femme au lit avec un nettoyeur de piscine du genre bronzé et musclé. L'amant prenait vite le dessus tandis que le mari battait en retraite en emportant la cassette à bijoux de son épouse. Une fois dans son garage, il ouvrait un seau de laque rose vif et y renversait bagues et colliers. La pâte rose engloutissait irrémédiablement les bijoux. Furieuse, sa femme se jetait sur lui en le frappant de ses petits poings nerveux. JJJ j’adore ce film si dérangeant !!!
 
Bien avant qu'elle soit écrite et filmée, Anne-Lise créa la scène dans un hommage involontaire à David Lynch, un de ses cinéastes préférés. Elle laissa tomber dans la mélasse verte des objets aussi variés qu'un lecteur de carte bancaire, un jeu de clés, un téléphone mobile, des canettes de fil pour machine à coudre, un petit appareil photo. L'odeur forte de solvant laissait supposer qu'il s'agissait de peinture glycérophtalique. Elle saisit le deuxième pot dont elle fit comme pour le premier sauter le couvercle avec une paire de ciseaux. Puis elle versa au hasard la peinture vert sombre sur les robes blanches, noires et violine. Il lui sembla qu'à ce moment, rien ne l'arrêterait plus. Les robes s'animaient sous les lents mouvements des filets de liquide visqueux comme la lave en fusion, dévalaient les strates des volants en dentelle pour mourir lamentablement sur le sol. En tant qu'ex-étudiante en arts, elle pensa à Pollock en voyant la moquette éclaboussée et se dit que projeter les couleurs sans marcher sur les gracieux filets de peinture fraîche avait dû être compliqué. Soudain rappelée à l'ordre par les pulsations rapides de son cœur et le sentiment d'urgence qui l'avait assaillie quand elle était entrée dans la boutique, elle abandonna ses questionnements artistiques. Elle avait très chaud, ses mains étaient moites. Non seulement très bon passage, mais très jouissif quand les mots peuvent tout détruire JJJ
 
Elle recula un peu vers la porte qui donnait sur le couloir, le spectacle était... comment dire ? Macabre comme un bal de vampires qui, vaincus par le lever du soleil, se seraient mis à fondre sans un cri.
 
Puis elle vit la cravate. Pas une cravate. LA cravate de François. Une belle cravate impression cachemire ton sur ton qui n’avait rien à faire là, surtout pas là. Elle était nouée, entortillée, comme les cravates qu’Etienne utilisait comme garrot pour mieux trouver la veine de son bras. De façon incroyable dans un tel moment, la nature profonde d’Anne-Lise prit le dessus. Une place pour chaque chose et chaque chose à sa place, cette cravate devait rejoindre le placard qui lui était dévolu après un sérieux passage au pressing. Elle la fourra dans sa poche. Il y a beaucoup de cravates ici (Frenzy ?)
 
Sa Swatch indiquait vingt-trois heures quarante. Les deux aiguilles rigolotes jaillirent soudainement hors du cadran pour se ficher dans la partie dominante de son cerveau, celle qui gouvernait sa vie dans le monde réel. Assaillie par le déploiement d'images du dehors sur lesquelles des gens, des policiers, des rues, des centres commerciaux, un tramway à prendre, un appartement à retrouver, se bousculaient comme les pages d'un flip book, elle glissa vers la sortie.
 
Juste devant elle se trouvait la porte qui donnait accès au hall de l'immeuble. C'était une porte à double battant. Elle colla son oreille bouillante contre le bois glacé, tout en tirant lentement le loquet du haut. Elle tira de même le loquet du bas qui eut plus de mal à quitter sa niche. Les deux battants ne tenaient plus l'un à l'autre que par le pêne de la porte principale. Elle les ouvrit comme deux simples portes de placard et sentit aussitôt un courant d'air frais sur son visage.
 
Tout était silencieux dans le couloir, excepté le grésillement d'un compteur électrique et quelques bruits diffus venant de la rue. Une pression sur le bouton électrique de la porte. Elle ôta ses gants et les roula sur l'envers avant de les jeter dans une poubelle. La fraîcheur de la nuit lui fit du bien et ralentit immédiatement le tamtam de son cœur. La sueur à la racine de ses cheveux glaçait son crâne. Dans un effort pour contrôler le rythme trop rapide de ses pas, elle ralentit avant de sauter dans le premier tramway qui passait.

 

Commentaires demain, mais j’aime !

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Message  Corinne Lanneluc le Ven 10 Jan 2014 - 10:00

Le niveau de ta relecture m'épate. Mille mercis ! Comment ces choses ont-elles pu m'échapper ?
surtout les répétitions. Certaines sont volontaires, d'autres sont à supprimer, en effet. Ce n'est pas à toi que je vais expliquer cela, vu la finesse de ton oeil de faucon !

la semaine prochaine, je me consacre à des relectures. Je vais essayer de trouver un texte qui ne soit pas de l'héroic fantasy ou de l'anticipation, car ce genre n'est pas ma tasse de thé, bien que j'aie lu Tolkien quand bien des membres d'Imperialdream n'étaient pas encore conçus.
Là, je fais mon vieux chef indien.
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Re: Commentaires Dé-lifting

Message  MémoireDuTemps le Ven 10 Jan 2014 - 18:56

Merci Corrinne, j'ai appris en bêta-lisant, en me relisant moi-même aussi que sur un long texte, des petites choses passent inaperçues que d'autres les voient, en nous relisant bien après l'écriture aussi. Mais quand on vient d'écrire un texte ça ne saute pas aux yeux d'un auteur.
Toutes les répétitions ne sont pas à bannir notamment parce que certains mots n'ont guère de synonymes et parfois c'est utile à la narration, mais ce doit être l'exception... notamment les verbes être et avoir sans auxiliaires, de temps en temps, pas de problèmes, mais éviter surtout la proximité, comme des verbes à tout faire comme faire justement. J'utilise le site http://www.crisco.unicaen.fr/des/synonymes/ très complet et qui permet de bien naviguer entre ceux qu'ils proposent, de proche en proche ou finit par trouver le mot qu'il faut

Autrement, sur ton texte à part des détails, il est super, bien construit, on sent l'angoisse de cette exploration et en même temps la curiosité de ton personnage (cela me rappelle certains passage d'un polar que j'adore, The Black Angel de William Irish), et puis il y a cette scène jouissive où elle salit tout… Vraiment chouette.

 
Le plus : très bien écrit, scénario bien mené cadrant avec l’ambiance polar, on imagine parfaitement la scène
Le moins : trop de répétitions parfois

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Re: Commentaires Dé-lifting

Message  Pilgrim le Sam 11 Jan 2014 - 20:08

 Bonjour,
indéniablement, ton texte est bien avancé (personnage et situation bien construites et fouillées) et à ce stade je ne sais si les observations qu'on peut te faire te seront très utiles. Je te livre ici un avis mais il est probable que d'autres penseront exactement le contraire de ce que vais dire. Ne lui accorde donc que peu d'importance...
Je dois avouer que ce passage m'a donné du fil à retordre. Car d'un côté, je notais et appréciais le ton et le parti pris adopté pour décrire cette scène, l'humour distancié, l'autodérision, qui nourrissent ce passage, et de l'autre, j'éprouvais à la lecture un vague sentiment de lourdeur et d'ennui. Ce qui est plutôt contradictoire. Bref, je ne ressentais pas du tout la légèreté, la jubilation qu'en toute logique j'aurais dû ressentir, ni l'excitation du personnage. Il est bien écrit que son cœur pétarade, qu'elle est sur les charbons ardents, stressée et tout et tout, quelle prend un malin plaisir à saccager la boutique... mais rien de cela ne transparaissait à la lecture. Je suis resté en dehors, pas embarqué... Je me suis demandé pourquoi et j'ai conclu que cela venait de la forme.
Je me trompe sûrement et cela va sans doute à l'encontre de ce que tu souhaites réaliser mais il m'a semblé que la scène s'enlisait notamment du fait d'un trop plein d'informations factuelles genre : elle sort, va là, retourne ici... bref que tu mettais un peu trop les points sur les i et que du coup, cela rendait l'ensemble un peu naïf... Une naïveté ressentie et qui est accentuée par le caractère un peu trop explicatif, ou plutôt un peu trop explicite du texte et qui est renforcée par l'utilisation répétitive de tournures (comme « ce que... / C'est... que » …) et de périphrases, par l'usage récurrent des semi-auxiliaires et des formes modales suivis d'un infinitif, par l'emploi de verbes faibles (devoir, faire, venir, tenir, prendre, rester, trouver...). Il m'a semblé parfois que tu pourrais exprimer la même chose avec moins de circonlocutions, être plus elliptique... Il y a aussi des répétitions, mais pas tant que ça. Toutefois, ton champ lexical assez restreint (surtout le verbal) accentue cette impression de pesanteur que j'ai eue à la lecture et je crois qu'il suffirait de l'enrichir pour aérer ton texte et lui donner de l'intensité.
Voilà ! Je le répète, je me fourvoie sans doute et d'autres apprécieront ce qui m'a moins plu. Il n'en demeure pas moins que l'essentiel est là, de la bien belle ouvrage, et que le reste relève du détail. Et je le répète : bravo pour cet humour et cette autodérision, pas si fréquents chez les auteurs...

J'ai brièvement passé en revue ton texte et ai noté quelques points. Je te prie de m'excuser de n'avoir pas poussé plus avant mes investigations et de ne te donner, surtout, qu'une impression générale.
Spoiler:

Deux jours plus tard, Anne-Lise se tenait en alerte dans la cour où, à la faveur de l'obscurité, les troènes prisonniers dans leurs pots prenaient des allures de silhouettes humaines. L’emballage de (en ?) carton n'avait pas bougé, coincé entre le châssis et le vantail de la fenêtre. Elle chercha dans ses poches les gants de bricolage en silicone qu'elle enfila avant de pousser la fenêtre et d'enjamber le rebord avec beaucoup plus de souplesse qu'elle n'en prêtait à son corps. Mains agrippées au rebord de la fenêtre, elle se laissa glisser contre le mur à l'intérieur jusqu'à ce que ses talons rencontrent la petite buttée de la plinthe. Un premier pas rassurant sur le sol ferme de la pièce lui ôta l'idée survenue un peu plus tôt que l'endroit était peut-être couvert d'insectes grouillants ou de boues noires et mouvantes.

L'atelier était sombre; elle resta statufiée une longue minute pour habituer ses yeux à l'obscurité et vérifier que tout était immobile et silencieux dans la pièce. (plus simple ?) En fait de silence, elle entendait surtout son cœur cogner dans sa poitrine, craignant même un instant qu'il ne la lâche et qu'on la retrouve le lendemain, ridiculement morte de peur avant d'avoir pu faire quoi que ce soit.

Ce qui la frappa tout d'abord, ce fut l'odeur d'étoffe neuve et d'apprêt mêlés (mêlée) à celle de moteur électrique chaud. Cette sensation la projeta dans son enfance, dans le petit réduit sans fenêtre où sa mère rangeait des chutes de tissu et cousait quelquefois à la machine. C'était une vieille machine de marque Minerva qu'elle utilisait uniquement pour faire des retouches ou des ourlets, car elle n'était pas une grande couturière. Anne-Lise adorait ce petit réduit à couture mais sa mère n'aimait pas l'y trouver, craignant qu'elle se blesse avec les aiguilles ou qu'elle emmêle ses écheveaux de coton. Quand la machine fonctionnait, elle emplissait la pièce d'une odeur de moteur surchauffé et de graisse.

Anne-Lise repensa à un épisode que racontait sa mère lorsqu'elle faisait vrombir sa machine : sa cousine Caroline s'était avancée trop près de la machine à coudre et ses longs cheveux avaient été happés par une pièce mécanique en rotation, ce qui avait eu pour effet de maintenir sa tête plaquée au corps de la machine. Sa mère avait alors saisi une paire de ciseaux et avait (supprimer ce avait ?) coupé au plus vite les mèches avant qu'elles ne soient arrachées au cuir chevelu. C'est ainsi que sa cousine avait se résoudre à porter les cheveux courts. (attention aux tournures un peu lourdes : ce que ; c'est que)

Devait-elle se soumettre à un atavisme poussant irrémédiablement les membres de sa famille à provoquer une petite tragédie ayant pour cadre l'univers de la couture ? (un peu lourd, AMHA) Elle décida que oui. Elle qui n'avait jamais cru à une quelconque destinée des êtres, elle (supprimer ce elle ?) venait de trancher : le premier pas de sa toute nouvelle carrière de guerrière s'accomplirait dans cette boutique de création de robes du soir et de mariées.

Plantée dos à la fenêtre, encore stupéfaite par son audace, elle dut cependant faire un effort pour esquisser le premier pas en avant.

Elle attendit d'être gagnée par une paralysie progressive, qui aurait commencé par la plante des pieds, remontant rapidement jusqu'à la racine des cheveux, ce qui n'était pas pour lui déplaire car au cas où la propriétaire des lieux ferait irruption, elle resterait invisible grâce à la magie de la pétrification. Mais rien de cela ne se produisit.

Décidée à sortir de l'atelier, elle contourna d'un pas mécanique une grande table pour voir où conduisait un passage barré d'un rideau de perles. Elle venait de pénétrer dans la boutique et lut à l'envers sur la vitrine « Gaïane Créations ».

L’envie enfantine de toucher les dévidoirs de fil et de rubans exposés sur le comptoir la taraudait, mêlée au sentiment de l'urgence à quitter les lieux. Contournant le meuble, elle se dirigea vers un mur de tiroirs en bois ciré où des boutons de toutes tailles et de toutes couleurs faisaient office de poignées. Chaque tiroir regorgeait de boutons rangés par couleurs. Elle saisit une magnifique poignée bleue translucide comme un bonbon à la menthe : le tiroir était rempli de boutons de tailles et de styles différents, mais tous bleus. Elle s'accroupit et le retourna sur le sol moquetté. Le discret cliquetis des boutons ainsi répandus la ravit. Elle les contempla. Il était encore temps pour elle de s'en tenir là (plus simple ?). Et puis elle sortit un deuxième tiroir de son casier. Des boutons dorés. Ils vinrent rejoindre (rejoignirent) les boutons bleus sur la moquette cassis. C'était du plus bel effet avec des boutons dont la couleur allait cette fois du turquoise au vert Véronèse. Et les couleurs s’ajoutèrent les unes aux autres avec juste le petit cliquetis, couvrant tout l'espace disponible entre le comptoir et le mur. Ecrasant les boutons qui craquaient comme des coquilles d'huîtres sous ses semelles, elle revint dans l'atelier. Trois machines à coudre trônaient sur des tables posées en vis-à-vis. Au centre de la pièce, une vaste plateforme de découpe était éclairée par une verrière diffusant une lumière zénithale qui la fit hésiter.

Elle s'avança pourtant vers la table pour y saisir deux grandes burettes en plastique. Les burettes contenaient un liquide sans odeur mais à l'aspect visqueux. Elle revint dans la boutique, un bidon dans chaque main, et vit les robes de tulle et de satin, certaines suspendues à de simples portants qui couraient le long des murs, d'autres présentées sur des mannequins, mariées sans tête ni bras figées au milieu du passage, attendant l'escorte d'un fiancé.

En trois pas, elle se trouva devant les mannequins. Elle leva le bras bien haut devant le premier Stockman et pressa le bidon qui vomit un filet poisseux sur les dentelles d'une robe cassis. La cliente avait dû commander la couleur de sa robe en s'inspirant de la moquette. Concentrée sur ses gestes, dispensant une giclée d'huile par ici, une flaque par-là, la soumission des mannequins face (soumission au !) au sort funeste qu'elle avait choisi pour eux (un peu maladroit ?) l’étonnait. Infatigable, elle repartit dans l'atelier où en ouvrant les placards, elle découvrit deux seaux de laque brillante vert sombre, Collection « Marie-Antoinette ». Quelques années plus tard, elle serait saisie par une scène de Mullholland Drive, un film de David Lynch dans lequel un cinéaste affublé de lunettes de publicitaire rentrait dans sa villa californienne, surprenait sa femme au lit avec un nettoyeur de piscine du genre bronzé et musclé. L'amant prenait vite le dessus tandis que le mari battait en retraite en emportant la cassette à bijoux de son épouse. Une fois dans son garage, il ouvrait un seau de laque rose vif et y renversait bagues et colliers. La pâte rose engloutissait irrémédiablement les bijoux. Furieuse, sa femme se jetait sur lui en le frappant de ses petits poings nerveux.

Bien avant qu'elle soit écrite et filmée, Anne-Lise créa la scène dans un hommage involontaire à David Lynch, un de ses cinéastes préférés. Elle laissa tomber dans la mélasse verte des objets aussi variés qu'un lecteur de carte bancaire, un jeu de clés, un téléphone mobile, des canettes de fil pour machine à coudre, un petit appareil photo. L'odeur forte de solvant laissait supposer qu'il s'agissait de peinture glycérophtalique. Elle saisit le deuxième pot dont elle fit comme pour le premier sauter le couvercle avec une paire de ciseaux. Puis elle versa au hasard la peinture vert sombre sur les robes blanches, noires et violine. Il lui sembla qu'à ce moment, rien ne l'arrêterait plus. Les robes s'animaient sous les lents mouvements des filets de liquide visqueux comme la lave en fusion, dévalaient les strates des volants en dentelle pour mourir lamentablement sur le sol. En tant qu'ex-étudiante en arts, elle pensa à Pollock en voyant la moquette éclaboussée et se dit que projeter les couleurs sans marcher sur les gracieux filets de peinture fraîche avait dû être compliqué. Soudain rappelée à l'ordre par les pulsations rapides de son cœur et le sentiment d'urgence qui l'avait assaillie quand elle était entrée dans la boutique, elle abandonna ses questionnements artistiques. Elle avait très chaud, ses mains étaient moites.

Elle recula un peu vers la porte qui donnait sur le couloir, le spectacle était... comment dire ? Macabre comme un bal de vampires qui, vaincus par le lever du soleil, se seraient mis à fondre sans un cri.

Puis elle vit la cravate. Pas une cravate. LA cravate de François. Une belle cravate impression cachemire ton sur ton qui n’avait rien à faire là, surtout pas là. Elle était nouée, entortillée, comme les cravates qu’Etienne utilisait comme garrot pour mieux trouver la veine de son bras. De façon incroyable dans un tel moment, la nature profonde d’Anne-Lise prit le dessus. Une place pour chaque chose et chaque chose à sa place, cette cravate devait rejoindre le placard qui lui était dévolu après un sérieux passage au pressing. Elle la fourra dans sa poche.

Sa Swatch indiquait vingt-trois heures quarante. Les deux aiguilles rigolotes jaillirent soudainement hors du cadran pour se ficher dans la partie dominante de son cerveau, celle qui gouvernait sa vie dans le monde réel. Assaillie par le déploiement d'images du dehors (maladroit ?) sur lesquelles des gens, des policiers, des rues, des centres commerciaux, un tramway à prendre, un appartement à retrouver, se bousculaient comme les pages d'un flip book, elle glissa vers la sortie.

Juste devant elle se trouvait la porte qui donnait accès au hall de l'immeuble. C'était une porte à double battant. Elle colla son oreille bouillante contre le bois glacé, tout en tirant lentement le loquet du haut. Elle tira de même le loquet du bas qui eut plus de mal à quitter sa niche. Les deux battants ne tenaient plus l'un à l'autre que par le pêne de la porte principale. Elle les ouvrit comme deux simples portes de placard et sentit aussitôt un courant d'air frais sur son visage.

Tout était silencieux dans le couloir, excepté le grésillement d'un compteur électrique et quelques bruits diffus venant de la rue. Une pression sur le bouton électrique de la porte. Elle ôta ses gants et les roula sur l'envers avant de les jeter dans une poubelle. La fraîcheur de la nuit lui fit du bien et ralentit immédiatement le tamtam de son cœur. La sueur à la racine de ses cheveux glaçait son crâne. Dans un effort pour contrôler le rythme trop rapide de ses pas, elle ralentit avant de sauter dans le premier tramway qui passait.


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Re: Commentaires Dé-lifting

Message  Kwelly le Dim 12 Jan 2014 - 20:34

DÉ-LIFTING
Et bien voici ma petite bêta  Very Happy , le début est brouillon mais le texte prend de l'ampleur au niveau des dialogues !  Razz 


Beaucoup de "avoir" et "être", des situations qui parfois mériterait d'être éclaircies;..

J'espère que cette bêta pourra t'aider  Wink 

 
bêta:


ETIENNE K.
 
Alors qu'elle sortait du magasin Virgin rue du 22 novembre, Anne-Lise fut accostée par Etienne K., un homme qu'elle avait connu et côtoyé dans une autre vie. La nuit chaude, presque moite alors qu’on était en octobre, finissait de tomber (curieux). Ses yeux quittaient (fait attention, on ne sait pas à qui appartiennent ses yeux)  la lumière violente du grand magasin (plutôt la devanture non ?) et essayaient de s'adapter (à quoi ?)  (en fait je ne comprends pas si elle regardait le magasin ou si c'est le fait d'en sortir qui lui pose un problème de vue, tu gagnerais à te montrer plus précise) quand elle perçut une silhouette assez haute à l'extrémité gauche de son champ visuel. (la fin de ce passage est un peu brouillon)
 
 
L’homme s'exprimait en anglais. (il est donc suffisamment prêt pour qu’elle l’entende, en fait, j’avais pensé qu’il était loin du fait qu’elle discernait une silhouette) (J'en profite pour souligner une contradiction, tu commences par le fait qu'Anne-Lise se fait accoster puis tu éloignes ton personnage en parlant de lui de silhouette ?)  Anne-Lise comprit qu'en marchant vers elle, il parlait par dessus son épaule à une femme postée légèrement en retrait.
 
Il lui tendit avec autorité une main (pour moi il y a inversion) qu’elle (n’eut pas d’autre choix) (mal dit) que de serrer avant de laisser retomber la sienne, surprise et muette. (désolée mais je n’ai pas compris ce que tu voulais dire, elle serre la main puis laisse retomber la sienne ? Qui est surprise et muette ? Elle ? Sa main ?) (je viens de comprendre après deux lectures seulement qu'il tendait la main à Anne-Lise...) sans doute est-ce lié à l'incompréhension du début.

 
Lui, superbe, passa de l'anglais au français avec un enthousiasme forcé qui masquait mal sa gêne.
 
« Geena, let me introduce to you Anne-Lise. Anne-Lise, je te présente Geena Howell. J'accompagne Geena chez Virgin – il marqua une pause pour mesurer l'effet produit par son agilité de polyglotte  –  figure-toi qu’elle veut rapporter des DVD de Louis de Funès dans ses valises… »
 
Il lui (Anne L ou l'américacine ?) coula alors un regard malicieux, à la recherche d’une connivence face à une situation qu'il trouvait comique. Polie et amicale, l’Américaine attendait que leur conversation s'achève. Puis, sans attendre plus longtemps une réaction qui ne viendrait peut-être pas, (lourd)  il reprit la parole.
 
« ça va faire deux ans que je suis revenu en Alsace. L’Asie – dit-il avec le regard lointain de l'aventurier (d'un aventurier) qui revoit les rizières piégeuses (? qu'entends-tu par là ?) et les fumeries d'opium – c’était génial, mais j’ai eu le mal du pays. Ça doit être l’approche de la quarantaine : j'avais envie de profiter de ce que j’avais (beaucoup de avoir) semé à Hong Kong pour une boîte qui fabriquait des systèmes de chauffage d'appoint. Le trader avec qui j’étais en contact là-bas m’a branché sur le négoce de bijoux tape à l'œil pour le Moyen Orient. Qatar, Abu Dhabi, Emirats Arabes, etc. Ils sont très spéciaux, ces mecs. Tu me connais : j'en ai eu vite marre, j'ai jeté l'éponge. Les Asiates, c’est ça mon truc ! Respect de la parole donnée, sens de l’honneur... Direction Taïwan. Je faisais fabriquer des objets publicitaires pour des boîtes allemandes avec mon pote Claudio. Tu te souviens de Claudio ? On a même embauché ce vieux Jean-Claude pour la logistique. J’ai acheté un entrepôt à Kehl. Un retour à mes anciennes amours, en quelque sorte. Au fait, si tu as besoin d’un entrepôt – il venait de poser sa main sur l'épaule d'Anne-Lise – je plaisante.

 
Et toi, comment ça va ? (comment vas-tu ?)Toujours chez Grizzli ? » (tu mets cette phrase trop tôt, puisque en dessous tu décris les états d'âmes d'Anne pendant qu'il évoque les noms des gens qu'elle connait... Donc pour moi, cette question devrait intervenir après les états d'âmes.)

 
Anne-Lise voyait défiler devant elle des visages qu'elle connaissait mais dont elle n'arrivait pas à fixer l'image, une évocation chassant l'autre. Etienne K. se rengorgeait comme un pigeon en pleine parade amoureuse. Il n'aurait pu rêver de circonstances plus flatteuses pour lui que celles de cette rencontre, alors qu'il était en compagnie d'une assez belle femme à laquelle son statut d'Américaine donnait prestance et exotisme, effets dont il comptait bénéficier. En fille bien élevée, elle se dit qu’elle ne pouvait pas le laisser plus longtemps se débattre contre le silence cosmique que leur rencontre venait d’engendrer. (en fait c'est son silence à elle) Anne-Lise fit un effort pour trouver quelque chose à dire.
(Elle ne lui donne pas de réponse ?)

 
« Et ta nouvelle activité, je veux dire, ce que tu faisais chez Virgin à l’instant, (un peu brouillon) c'est une reconversion professionnelle ? Si je comprends bien, tu cornaques des clientes étrangères pour des shoppings insolites ? J’ignorais que Louis de Funès avait traversé l’Atlantique, mais je te félicite, tu as choisi d'orienter les touristes sur un autre type de cadeaux souvenirs. ça change des moules à Kougelhof et des cigognes en peluche... Et si elle avait demandé à rapporter du munster ? Tu lui aurais dit qu'elle risquait de ne pas dépasser la douane, j'espère !
 
- Ah ! Ah ! Sûrement ! Mais celle-là c’est une cultivée. Louis de Funès, c’est du deuxième degré pour elle, (en fait, elle n'a pas l'air de parler le français du tout, donc, du deuxième degré incompréhensible !) une carte postale de la France des années soixante-dix, un peu comme si on rapportait des US les films de Jerry Lewis. »
 
Il n’y avait pas grand-chose à retenir du « parcours-entreprise » d’Etienne K. (Un retour au parcours évoqué plus haut, je pensais le passage terminé) Pendant qu’il parlait, elle prit son temps pour le regarder. Elle le trouva amaigri. Ce n'était pas la première fois qu'elle lui voyait ce visage terreux. Son aspect physique contredisait totalement sa démonstration de réussite éclatante.
 
« Je trouve que tu as encore maigri. »
 
Il se tut en pleine démonstration, déstabilisé et stoppé net (redondance) par sa remarque. Se ressaisissant aussi vite, il lui répondit sur un ton léger :
 
« Qu’est-ce que tu crois ? Je ne change pas, sport et régime, comme toujours ! »
 
Il feignait d'ignorer qu'elle en connaissait un rayon sur les vraies raisons de sa maigreur et que celles-ci n'avaient rien à voir avec un quelconque régime alimentaire.
 
Ce n’était pas la peine d’insister, Etienne K. l'ayant (pour moi, l'emploi du participe présent n'est pas justifié)  toujours considérée comme une personne lisse et honnête, l'honnêteté se situant pour lui à la lisière de la candeur. Son show terminé, il proposa de lui donner son numéro de téléphone mobile, (phrase lourde) peut-être pour prouver sa volonté de transparence et de bonne foi. (par rapport à quoi ? A elle ?) Mais il bafouillait, se reprenant sur les chiffres. Bonne âme, elle vola à son secours :
 
« Je comprends : tu as plusieurs portables !" Elle lui fournissait ainsi une occasion inespérée de transformer un cafouillage en triomphe.
 
- Tu as deviné ! »
 
Effectivement, le sourire qui accompagna sa réponse fut triomphal.
 
L'opportunité qui lui avait été offerte de raconter une vie brillante et bien remplie, la présence de sa cliente américaine, son numéro dans le rôle du businessman encombré de téléphones mobiles reliés avec le monde entier, tout cela allait dans le sens de ce qu'il avait tenté de faire passer au cours de son speed-dating improvisé : « Je suis un homme toujours dans l'action et les affaires, les poches pleines de portables, escortant des clients étrangers, maîtrisant plusieurs langues. Bref, comblé sur le plan professionnel. »
 
Anne-Lise posa la question qui la taraudait depuis le début et l'empêchait d'être entièrement à l’écoute : « Tu es toujours avec... elle ? »
 
Elle ne voulait pas prononcer ce prénom prétentieux, (? drôle pour un prénom) romanesque et saugrenu dans la situation ordinaire qu'était cette rencontre. Il n'était même pas certain qu’elle pût l'articuler sans qu'on y décelât la colère enfouie qu'elle sentait monter. Et si cette fille qui s'appelait peut-être Christine ou Sylvie, s'était choisi un prénom d'héroïne de roman plus adapté à un destin qu'elle envisageait comme exceptionnel ? Anne-Lise ne voulait plus l'appeler « Gaïane » surtout parce qu’on aurait pu supposer une proximité qu'elle récusait avec vigueur. (Je ne comprends pas très bien cet aparté sur un prénom)

 
« Et comment va Gaïane S. ?
 
(Oui, à la rigueur, le patronyme mettant la distance indispensable.)
 
- Et comment va Gaïane ?
 
(Non, certainement pas.)
 
Et aussi parce qu’Anne-Lise choisissait toujours ses mots avec méticulosité, comme elle le faisait avec ses meubles, sa vaisselle, ses draps, ses rideaux.
 
Elle réussit à articuler, ou plutôt à souffler :
 
- Tu es toujours avec elle ?
 
- Nooon ! »
 
Il avait prononcé ce « nooon » comme un buveur repenti à qui on aurait demandé : « Tu tournes toujours au Whisky ? » Par ce non appuyé, Etienne K. voulait signifier qu'il ne vivait plus avec cette femme, qu'il l'avait prévu (?)et peut-être voulu, que non, en aucun cas il n'avait subi la séparation. Par conséquent cette rupture devait laisser l’impression d’avoir été maîtrisée de bout en bout.
 
Il ajouta tout de même qu'il était toujours en bons termes avec elle. Tout était donc parfait, même s'il consentait un point de pénalité à cause d'une femme   (pas très clair) dont il parlait aujourd'hui avec un détachement sur-joué.
 
Anne-Lise nota le numéro de son portable sur un Post-It qu'elle fourra dans son sac. Elle lui donna le sien en retour, simple geste de politesse.
 
Ils se séparèrent sous le regard toujours souriant de la cliente américaine, tellement sereine, tellement loin de tout ce que cette rencontre pouvait remuer. Elle eut encore le temps de voir qu'il portait de vieilles baskets et une veste froissée. En marchant, elle pensa que cela ne lui ressemblait pas et que sa tenue révélait la traversée d'une zone de turbulences. En période faste, Etienne K. avait toujours dépensé beaucoup d'énergie pour se procurer une cravate Hermès ou un costume Hugo Boss, sans conscience du ridicule qu'un tel souci de son apparence pouvait susciter. (Bah, ça doit pas être trop mal un costard Boss !! OUahou !!  tongue )

 
Elle repensa à tout ce qu'elle venait d'entendre, incapable cependant (en trop) de se souvenir de tout. Ce qu'elle retenait, c'était qu'Etienne K. n'avait rien changé à sa manière d'opérer : perpétuellement en représentation, phraseur toujours prêt à annoncer mille projets ou activités, à nouer des relations d'avance classées sans suite, tel un pêcheur lançant des lignes qu'il ne viendrait jamais relever. C'est pourquoi elle n'avait pas l'intention de l'appeler. D'ailleurs, se souviendrait-il de lui avoir jamais donné ce numéro qu'il n'utilisait sans doute plus ? Il avait sûrement lui aussi oublié ce qu'il lui avait dit au cours de sa prestation, tout occupé à l'assurer de son retour à la normalité.
 
Etienne K. ne l'avait pas le moins du monde intimidée lors de cette rencontre et elle avait choisi le parti de la distance et du dédain face à un personnage méprisable et insignifiant à ses yeux.
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Message  Corinne Lanneluc le Dim 12 Jan 2014 - 22:28

Bonsoir à toutes et tous,

Je vois que vous avez tous bossé pendant que j'étais en weekend dans ma chère ville de Strasbourg.
J'ai tenu compte de vos remarques puisque je viens de corriger la plupart de ce que vous aviez pointé, en allégeant et en dégraissant pas mal de tournures. 
Pilgrim, tu m'as pas mal secouée mais je te suis sur les corrections directes de la mise en forme, moins sur les appréciations d'aspect général, plus englobantes et plus subjectives. J'admets que tu ne sois pas entré dans le truc, trop descriptif et pas assez suggestif puisque je ne peux pas grand chose contre cela. 
Je viens du monde de l'image, j'ai été formée en école d'arts graphiques et j'écris comme je tournerais un film si j'étais cinéaste. C'est mon défaut et en même temps ma marque de fabrique. Quand j'écris je suis tenaillée par 2 options à prendre : garder le style qui est le mien, donc rester spontanée mais parfois lourde, ou travailler mon style au risque de me renier. J'essaie de trouver le juste milieu car j'intègre parfaitement l'idée que mon écriture doit être dégraissée et parfois bridée car j'ai tendance à me perdre dans les détails. 
Merci pour le temps que vous me consacrez. Je vais me pencher sur les corrections du dialogue car c'est l'attaque du roman. Ce que Hitchcock appelait le Mac Guffin. Encore du cinéma !
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Dé-lifting

Message  Corinne Lanneluc le Dim 12 Jan 2014 - 22:45



Dernière édition par Corinne Lanneluc le Dim 9 Fév 2014 - 20:32, édité 2 fois
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Re: Commentaires Dé-lifting

Message  Corinne Lanneluc le Lun 13 Jan 2014 - 15:59

Kwelly a écrit:DÉ-LIFTING
Et bien voici ma petite bêta  Very Happy , le début est brouillon mais le texte prend de l'ampleur au niveau des dialogues !  Razz 


Beaucoup de "avoir" et "être", des situations qui parfois mériterait d'être éclaircies;..

J'espère que cette bêta pourra t'aider  Wink 

 
bêta:


ETIENNE K.
 
Alors qu'elle sortait du magasin Virgin rue du 22 novembre, Anne-Lise fut accostée par Etienne K., un homme qu'elle avait connu et côtoyé dans une autre vie. La nuit chaude, presque moite alors qu’on était en octobre, finissait de tomber (curieux). Ses yeux quittaient (fait attention, on ne sait pas à qui appartiennent ses yeux)  la lumière violente du grand magasin (plutôt la devanture non ?) (Non, je dis juste avant qu'elle sort du magasin, on peut supposer qu'un tel magasin est bien éclairé et qu'en sortant en début de soirée, le passage d'un intérieur éclairé à un extérieur sombre puisse nécessiter quelques secondes d'adaptation. Ce qui fait qu'elle perçoit plus qu'elle ne voit Etienne K qui arrive de côté et la salue ensuite). et essayaient de s'adapter (à quoi ?)  (en fait je ne comprends pas si elle regardait le magasin ou si c'est le fait d'en sortir qui lui pose un problème de vue, tu gagnerais à te montrer plus précise) quand elle perçut une silhouette assez haute à l'extrémité gauche de son champ visuel. (la fin de ce passage est un peu brouillon)
 
 
L’homme s'exprimait en anglais. (il est donc suffisamment prêt pour qu’elle l’entende, en fait, j’avais pensé qu’il était loin du fait qu’elle discernait une silhouette) (J'en profite pour souligner une contradiction, tu commences par le fait qu'Anne-Lise se fait accoster puis tu éloignes ton personnage en parlant de lui de silhouette ?)  Anne-Lise comprit qu'en marchant vers elle, il parlait par dessus son épaule à une femme postée légèrement en retrait.
 
Il lui tendit avec autorité une main (pour moi il y a inversion) qu’elle (n’eut pas d’autre choix) (mal dit) que de serrer avant de laisser retomber la sienne, surprise et muette. (désolée mais je n’ai pas compris ce que tu voulais dire, elle serre la main puis laisse retomber la sienne ? Qui est surprise et muette ? Elle ? Sa main ?) (je viens de comprendre après deux lectures seulement qu'il tendait la main à Anne-Lise...) sans doute est-ce lié à l'incompréhension du début.

 
Lui, superbe, passa de l'anglais au français avec un enthousiasme forcé qui masquait mal sa gêne.
 
« Geena, let me introduce to you Anne-Lise. Anne-Lise, je te présente Geena Howell. J'accompagne Geena chez Virgin – il marqua une pause pour mesurer l'effet produit par son agilité de polyglotte  –  figure-toi qu’elle veut rapporter des DVD de Louis de Funès dans ses valises… »
 
Il lui (Anne L ou l'américacine ?) coula alors un regard malicieux, à la recherche d’une connivence face à une situation qu'il trouvait comique. Polie et amicale, l’Américaine attendait que leur conversation s'achève. Puis, sans attendre plus longtemps une réaction qui ne viendrait peut-être pas, (lourd)  il reprit la parole.
 
« ça va faire deux ans que je suis revenu en Alsace. L’Asie – dit-il avec le regard lointain de l'aventurier (d'un aventurier) qui revoit les rizières piégeuses (? qu'entends-tu par là ?) et les fumeries d'opium – c’était génial, mais j’ai eu le mal du pays. Ça doit être l’approche de la quarantaine : j'avais envie de profiter de ce que j’avais (beaucoup de avoir) semé à Hong Kong pour une boîte qui fabriquait des systèmes de chauffage d'appoint. Le trader avec qui j’étais en contact là-bas m’a branché sur le négoce de bijoux tape à l'œil pour le Moyen Orient. Qatar, Abu Dhabi, Emirats Arabes, etc. Ils sont très spéciaux, ces mecs. Tu me connais : j'en ai eu vite marre, j'ai jeté l'éponge. Les Asiates, c’est ça mon truc ! Respect de la parole donnée, sens de l’honneur... Direction Taïwan. Je faisais fabriquer des objets publicitaires pour des boîtes allemandes avec mon pote Claudio. Tu te souviens de Claudio ? On a même embauché ce vieux Jean-Claude pour la logistique. J’ai acheté un entrepôt à Kehl. Un retour à mes anciennes amours, en quelque sorte. Au fait, si tu as besoin d’un entrepôt – il venait de poser sa main sur l'épaule d'Anne-Lise – je plaisante.

 
Et toi, comment ça va ? (comment vas-tu ?)Toujours chez Grizzli ? » (tu mets cette phrase trop tôt, puisque en dessous tu décris les états d'âmes d'Anne pendant qu'il évoque les noms des gens qu'elle connait... Donc pour moi, cette question devrait intervenir après les états d'âmes.)

 
Anne-Lise voyait défiler devant elle des visages qu'elle connaissait mais dont elle n'arrivait pas à fixer l'image, une évocation chassant l'autre. Etienne K. se rengorgeait comme un pigeon en pleine parade amoureuse. Il n'aurait pu rêver de circonstances plus flatteuses pour lui que celles de cette rencontre, alors qu'il était en compagnie d'une assez belle femme à laquelle son statut d'Américaine donnait prestance et exotisme, effets dont il comptait bénéficier. En fille bien élevée, elle se dit qu’elle ne pouvait pas le laisser plus longtemps se débattre contre le silence cosmique que leur rencontre venait d’engendrer. (en fait c'est son silence à elle) Anne-Lise fit un effort pour trouver quelque chose à dire.
(Elle ne lui donne pas de réponse ?)

 
« Et ta nouvelle activité, je veux dire, ce que tu faisais chez Virgin à l’instant, (un peu brouillon) c'est une reconversion professionnelle ? Si je comprends bien, tu cornaques des clientes étrangères pour des shoppings insolites ? J’ignorais que Louis de Funès avait traversé l’Atlantique, mais je te félicite, tu as choisi d'orienter les touristes sur un autre type de cadeaux souvenirs. ça change des moules à Kougelhof et des cigognes en peluche... Et si elle avait demandé à rapporter du munster ? Tu lui aurais dit qu'elle risquait de ne pas dépasser la douane, j'espère !
 
- Ah ! Ah ! Sûrement ! Mais celle-là c’est une cultivée. Louis de Funès, c’est du deuxième degré pour elle, (en fait, elle n'a pas l'air de parler le français du tout, donc, du deuxième degré incompréhensible !)   une carte postale de la France des années soixante-dix, un peu comme si on rapportait des US les films de Jerry Lewis. »
c'est pourtant inspiré d'un fait réel, on peut aimer De Funès avec des sous-titres, ou simplement pour ce que ses films montrent d'une France qui n'existe plus, c'est même moins important de comprendre les dialogues si on attend simplement de voir gesticuler un Français énervé et râleur au volant d'une DS. Très drôle pour un Américain
 
Il n’y avait pas grand-chose à retenir du « parcours-entreprise » d’Etienne K. (Un retour au parcours évoqué plus haut, je pensais le passage terminé) Pendant qu’il parlait, elle prit son temps pour le regarder. Elle le trouva amaigri. Ce n'était pas la première fois qu'elle lui voyait ce visage terreux. Son aspect physique contredisait totalement sa démonstration de réussite éclatante.
 
« Je trouve que tu as encore maigri. »
 
Il se tut en pleine démonstration, déstabilisé et stoppé net (redondance) par sa remarque. Se ressaisissant aussi vite, il lui répondit sur un ton léger :
 
« Qu’est-ce que tu crois ? Je ne change pas, sport et régime, comme toujours ! »
 
Il feignait d'ignorer qu'elle en connaissait un rayon sur les vraies raisons de sa maigreur et que celles-ci n'avaient rien à voir avec un quelconque régime alimentaire.
 
Ce n’était pas la peine d’insister, Etienne K. l'ayant (pour moi, l'emploi du participe présent n'est pas justifié)  toujours considérée comme une personne lisse et honnête, l'honnêteté se situant pour lui à la lisière de la candeur. Son show terminé, il proposa de lui donner son numéro de téléphone mobile, (phrase lourde) peut-être pour prouver sa volonté de transparence et de bonne foi. (par rapport à quoi ? A elle ?) Mais il bafouillait, se reprenant sur les chiffres. Bonne âme, elle vola à son secours :
 
« Je comprends : tu as plusieurs portables !" Elle lui fournissait ainsi une occasion inespérée de transformer un cafouillage en triomphe.
 
- Tu as deviné ! »
 
Effectivement, le sourire qui accompagna sa réponse fut triomphal. [size=12][size=18]C'est fait exprès, je dis "effectivement", je confirme qu'il s'agit d'un triomphe.
 [/size]
L'opportunité qui lui avait été offerte de raconter une vie brillante et bien remplie, la présence de sa cliente américaine, son numéro dans le rôle du businessman encombré de téléphones mobiles reliés avec le monde entier, tout cela allait dans le sens de ce qu'il avait tenté de faire passer au cours de son speed-dating improvisé : « Je suis un homme toujours dans l'action et les affaires, les poches pleines de portables, escortant des clients étrangers, maîtrisant plusieurs langues. Bref, comblé sur le plan professionnel. »
 
Anne-Lise posa la question qui la taraudait depuis le début et l'empêchait d'être entièrement à l’écoute : « Tu es toujours avec... elle ? »
 
Elle ne voulait pas prononcer ce prénom prétentieux, (? drôle pour un prénom)   romanesque et saugrenu dans la situation ordinaire qu'était cette rencontre. Il n'était même pas certain qu’elle pût l'articuler sans qu'on y décelât la colère enfouie qu'elle sentait monter. Et si cette fille qui s'appelait peut-être Christine ou Sylvie, s'était choisi un prénom d'héroïne de roman plus adapté à un destin qu'elle envisageait comme exceptionnel ? Anne-Lise ne voulait plus l'appeler « Gaïane » surtout parce qu’on aurait pu supposer une proximité qu'elle récusait avec vigueur. (Je ne comprends pas très bien cet aparté sur un prénom)
Pour moi, un prénom peut être prétentieux au même titre que vieille France, bobo ou populaire, ou que sais-je encore..., j'explique donc ici ce que pense Anne-Lise de cette fille dont le prénom constitue un élément de portrait.
 

« Et comment va Gaïane S. ?
 
(Oui, à la rigueur, le patronyme mettant la distance indispensable.)
 
- Et comment va Gaïane ?
 
(Non, certainement pas.)
 
Et aussi parce qu’Anne-Lise choisissait toujours ses mots avec méticulosité, comme elle le faisait avec ses meubles, sa vaisselle, ses draps, ses rideaux.
 
Elle réussit à articuler, ou plutôt à souffler :
 
- Tu es toujours avec elle ?
 
- Nooon ! »
 
Il avait prononcé ce « nooon » comme un buveur repenti à qui on aurait demandé : « Tu tournes toujours au Whisky ? » Par ce non appuyé, Etienne K. voulait signifier qu'il ne vivait plus avec cette femme, qu'il l'avait prévu (?)et peut-être voulu, que non, en aucun cas il n'avait subi la séparation. Par conséquent cette rupture devait laisser l’impression d’avoir été maîtrisée de bout en bout.
 
Il ajouta tout de même qu'il était toujours en bons termes avec elle. Tout était donc parfait, même s'il consentait un point de pénalité à cause d'une femme   (pas très clair) dont il parlait aujourd'hui avec un détachement sur-joué.
 
Anne-Lise nota le numéro de son portable sur un Post-It qu'elle fourra dans son sac. Elle lui donna le sien en retour, simple geste de politesse.
 
Ils se séparèrent sous le regard toujours souriant de la cliente américaine, tellement sereine, tellement loin de tout ce que cette rencontre pouvait remuer. Elle eut encore le temps de voir qu'il portait de vieilles baskets et une veste froissée. En marchant, elle pensa que cela ne lui ressemblait pas et que sa tenue révélait la traversée d'une zone de turbulences. En période faste, Etienne K. avait toujours dépensé beaucoup d'énergie pour se procurer une cravate Hermès ou un costume Hugo Boss, sans conscience du ridicule qu'un tel souci de son apparence pouvait susciter. (Bah, ça doit pas être trop mal un costard Boss !! OUahou !!  tongue )

 
Elle repensa à tout ce qu'elle venait d'entendre, incapable cependant (en trop) de se souvenir de tout. Ce qu'elle retenait, c'était qu'Etienne K. n'avait rien changé à sa manière d'opérer : perpétuellement en représentation, phraseur toujours prêt à annoncer mille projets ou activités, à nouer des relations d'avance classées sans suite, tel un pêcheur lançant des lignes qu'il ne viendrait jamais relever. C'est pourquoi elle n'avait pas l'intention de l'appeler. D'ailleurs, se souviendrait-il de lui avoir jamais donné ce numéro qu'il n'utilisait sans doute plus ? Il avait sûrement lui aussi oublié ce qu'il lui avait dit au cours de sa prestation, tout occupé à l'assurer de son retour à la normalité.
 
Etienne K. ne l'avait pas le moins du monde intimidée lors de cette rencontre et elle avait choisi le parti de la distance et du dédain face à un personnage méprisable et insignifiant à ses yeux.
Sur ces "avais", désolée, mais c'est le plus-que-parfait auquel je ne veux renoncer, au risque de choisir un temps inadapté. Je viens de piocher dans ma bibliothèque et je suis tombée sur des textes d'auteurs connus qui regorgent de "avait" dès lors qu'ils écrivent au plus-que-parfait.
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Re: Commentaires Dé-lifting

Message  MémoireDuTemps le Lun 13 Jan 2014 - 16:27

j'avais écrit ma réponse tout à l'heure, la poste donc après ton message... je pense qu'elle répond à ce que tu dis...


J'ai jeté un regard sur les deux bêtas faites suite à la mienne. Chacun a son ressenti et c'est normal.
Quand j'écris, je suis très visuelle, comme toi d'ailleurs, puisque j'imagine la scène entièrement dans ma tête (si je savais dessiner, je la dessinerais sans doute), je m'implique dans mes personnages, me mets à la place de chacun, essaie de trouver les mots qui caractérisent les paroles, l’attitude, les sentiments de chacun. Une fois que ce que j’ai imaginé est cohérent, je l’écris et cela vient tout seul, souvent, pas tout le temps. Ma méthode est une force dans certains cas, dans d’autres une faiblesse, cela varie.
D’autres partent des personnages et construisent autour, partent d’un plan précis, ou d’un développement progressif (par exemple la méthode des flocons) ou aussi écrivent comme va leur plume. Certains même réécrivent x fois le texte jusqu’à trouver la meilleure (un peu comme les cinéastes). Chacun a sa méthode qui lui convient le mieux ou convient le mieux à l’histoire.
Chaque méthode a des avantages et des inconvénients. Et les lecteurs seront plus impliqués selon le récit, mais aussi la manière. Je connais une écrivaine de grand talent avec qui je discute souvent. Ses romans sont de longues descriptions où l’action évolue lentement et elle a décidé se s’affranchir quasiment de tout dialogue… le genre que je déteste en général, et pourtant ses récits sont d’une force incroyable et je marche. Peut-être qu’elle sait mettre ce qu’il faut pour que les lecteurs se passionnent pour ses récits un peu figés mais ponctués de phrases et de phases éclatantes.
Ici, sur idey, nous te donnons d’abord un avis qui essaye d’être objectif sur la forme. Bien sûr orthographe ou grammaire, répétitions ou ponctuations aussi, mais surtout sur des faiblesses qui ne choqueront pas un lecteur lambda, mais qui seront certainement remarquées par les comités de lecture, ou, pour une nouvelle, certains membres de jurys.
Je crois que les trois bêta-lectures ont remarqué sur les deux extraits un défaut récurrent : l’utilisation de verbes dits "faibles" ou "fourre-tout", et notamment le verbe être.
Outre l’effet répétition que donne l’utilisation des verbes être ou avoir conjugués seuls quand se rajoute en plus leur présence conjugués en auxiliaire, très souvent on peut remplacer facilement ces verbes quand ils ne sont pas auxiliaires. Dans une majorité des cas, le remplacement de ces deux verbes qui étaient suivis par un nom, un adjectif ou une locution est bénéfique non seulement pour la précision mais aussi la fluidité et encore plus la richesse… or la variété, la richesse d’un texte, richesse de mots (sans tomber dans l’excès de mots inusités), richesse d’expressions, de formes de phrases… est une des qualités recherchées et surtout quel que soit le lecteur, ce ne sera jamais un défaut. Je sais, certains écrivains usent et abusent de ces expressions simples, leur richesse peut se situer ailleurs, bien sûr… Je sais, j’en discute souvent avec mon conjoint, agrégé de lettres, il ne pense pas comme moi, ou plus précisément, quand il n’y a pas abus, ça ne le gêne pas. Mais nous ne sommes pas ici à juger des copies d’élèves ou d’étudiants ou à lire des écrivains reconnus.
Mais nous, écrivains non encore reconnus (quoique), et souvent inconnus, si nous voulons franchir les premiers barrages chez les éditeurs sérieux, autant se distinguer en présentant un texte riche, fluide en plus d’être personnel et original. La raison principale du rejet rapide d’un livre écrit en français (donc avec très très peu de fautes) est souvent une question de fluidité, de style pauvre…
Rassure-toi, nous avons tous présenté notre premier texte à bêta-lire et chaque fois, je crois, nous avons douté… quoi, nous, loués par tous ceux qui nous lisent, notre famille, nos amis, d’autres, même des écrivains, on ne sait pas écrire, tout au moins on est critiquables et on tient plus de l’amateurisme que du professionnalisme. Oui, mais en réalité, on a souvent des défauts qui ne sont pas criants, mais qui se remarquent si on analyse de près, par exemple trop de verbes faibles, ou de participes présents, ou d’adverbes (moi c’était ceux de liaison), des phrases un peu trop construites sur le même mode, trop longues, une mauvaise construction de l’intrigue, des personnages trop sur le même moule, notamment des dialogues où chacun ne se distingue pas par le ton, la manière, les mots…
Maintenant à toi de savoir faire le tri des commentaires, corriger ce qui est évident, chercher à remplacer les répétitions, améliorer ce qui te semble améliorable, mais tout cela dans le style que tu souhaites donner.
Par exemple dans mon cas, je n’ai envie d’écrire qu’en choisissant un style qui me convient, qui se démarque de temps en temps du "normal", bien sûr les lecteurs non habitués le signalent, et j’apprécie leurs remarques, ça ne veut pas dire que je corrigerai, mais je saurai ce qui passe, ou pas… et je réécrirai ce qui va trop loin, ce qui n’apporte rien écrit comme ça.

Affirmer un style, être par exemple très visuel, si c’est comme ça que tu as envie d’écrire (note d’ailleurs que ceux qui ne le sont pas assez, on s’ennuie souvent quand ils décrivent minutieusement), continue, mais si tu sens que trop de détails par exemple ou autre chose, réfléchis, c’est souvent une approche mal amenée, ou alors des éléments non indispensables. Ne pas noyer ton lecteur, qu’il sente que l’action évolue, que rien n’est vraiment inutile.   

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Re: Commentaires Dé-lifting

Message  Pilgrim le Lun 13 Jan 2014 - 17:34

Ben non, faut pas être secouée !  chizz Je le répète : ce qui me gêne sera précisément ce qui plaira à un autre et il y a autant d'avis que de lecteurs...
J'ai relu le passage et, je n'ai pas vérifié si tu avais changé beaucoup de choses mais il m'a paru déjà plus fluide et plus efficace (peut-être revoir encore les moments de saccage...). Juste attention ici :
Les deux aiguilles rigolotes jaillirent soudainement hors du cadran pour se ficher dans la partie dominante de son cerveau, celle qui gouvernait sa vie dans le monde réel. Assaillie par les images du monde réel où des gens, des policiers, des rues, des centres commerciaux, un tramway à prendre, 

Je tiens à revenir sur mes propos plus haut. Après réflexion, il me semble utile de les nuancer et de les préciser un peu. Je ne suis pas contre le fait de détailler une séquence et les faits et gestes d'un protagoniste. Je considère même que cela est très utile de le faire, quand on veut dilater le temps et instaurer une tension. Et la scène que tu as écrite se prête tout à fait à cela. Donc là-dessus, OK. Le problème que j'ai perçu est que cet effet (tension, suspense) bénéfique de cette description détaillée était anéanti par certaines tournures et périphrases un peu lourdes. Il suffit de pas grand chose, juste "d'alléger et de dégraisser" (comme tu le dis toi-même) certaines phrases et de privilégier un champ lexical verbal plus "actif" pour qu'à la lecture cela devienne tout à fait jouissif... Mais je trouve que c'est déjà bien revu (comme quoi, il ne faut pas grand chose...).

S'agissant de l'écriture cinématographique, je crois que nous l'avons tous plus ou moins de nos jours, que c'est même dans nos gènes tant nous avons été nourris (gavés) d'images. Je pense que personne, aujourd'hui, n'y échappe...
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Re: Commentaires Dé-lifting

Message  Kwelly le Mer 15 Jan 2014 - 12:23

Corinne Lanneluc a écrit:
Kwelly a écrit:
 
Alors qu'elle sortait du magasin Virgin rue du 22 novembre, Anne-Lise fut accostée par Etienne K., un homme qu'elle avait connu et côtoyé dans une autre vie. La nuit chaude, presque moite alors qu’on était en octobre, finissait de tomber (curieux). Ses yeux quittaient (fait attention, on ne sait pas à qui appartiennent ses yeux)  la lumière violente du grand magasin (plutôt la devanture non ?) (Non, je dis juste avant qu'elle sort du magasin, on peut supposer qu'un tel magasin est bien éclairé et qu'en sortant en début de soirée, le passage d'un intérieur éclairé à un extérieur sombre puisse nécessiter quelques secondes d'adaptation. Ce qui fait qu'elle perçoit plus qu'elle ne voit Etienne K qui arrive de côté et la salue ensuite). et essayaient de s'adapter (à quoi ?)  (en fait je ne comprends pas si elle regardait le magasin ou si c'est le fait d'en sortir qui lui pose un problème de vue, tu gagnerais à te montrer plus précise) quand elle perçut une silhouette assez haute à l'extrémité gauche de son champ visuel. (la fin de ce passage est un peu brouillon)

 (En fait, on va passer par étape : 1) elle sort du magasin ; 2) elle accostée par un type ; 3) la nuit est chaude pour un mois d'octobre ; 4) la lumière violente du magasin l'aveugle un instant ; 5) Elle perçoit une silhouette... En finalité c'est le type qui l'a accostée à la sortie du magasin...
Dans la logique : 1 elle sort du magasin 4) la lumière.... 3) la nuit.... 5) elle perçoit... 2) elle est accostée... En finalité, il s'agit d'Etienne K. un type connut dans une autre vie....
Non ?

 

 
« ça va faire deux ans que je suis revenu en Alsace. L’Asie – dit-il avec le regard lointain de l'aventurier (d'un aventurier) qui revoit les rizières piégeuses (? qu'entends-tu par là ?) et les fumeries d'opium – c’était génial, mais j’ai eu le mal du pays. Ça doit être l’approche de la quarantaine : (j'avais envie de profiter de ce que j’avais (beaucoup de avoir))  

( je comprends que tu sois attachée à ton temps de narration, mais d'une façon plus générale tu peux retravailler ta phrase sans l'alourdir de je + avoir)
L'approche de la quarante, l'envie de profiter ce que j'avais semé à ....
On évite une répétition qui n'a rien d'esthétique ou stylistique ; enfin, c'est mon avis...
 Wink 



 
- Ah ! Ah ! Sûrement ! Mais celle-là c’est une cultivée. Louis de Funès, c’est du deuxième degré pour elle, (en fait, elle n'a pas l'air de parler le français du tout, donc, du deuxième degré incompréhensible !)   une carte postale de la France des années soixante-dix, un peu comme si on rapportait des US les films de Jerry Lewis. »
c'est pourtant inspiré d'un fait réel, on peut aimer De Funès avec des sous-titres, ou simplement pour ce que ses films montrent d'une France qui n'existe plus, c'est même moins important de comprendre les dialogues si on attend simplement de voir gesticuler un Français énervé et râleur au volant d'une DS. Très drôle pour un Américain

Attention, je ne doute pas qu'on puisse aimer Louis de Funès aux Etats Unis, mais c'est le terme de deuxième degré qui m'a gênée; il faut avoir une bonne maîtrise de la langue  pour extraire un deuxième degré, c'est tout; le fait qu'elle veuille acheter un film de Louis ne me dérange pas du tout, au contraire Cocorico  Very Happy  Very Happy 
 


 
« Je comprends : tu as plusieurs portables !" Elle lui fournissait ainsi une occasion inespérée de transformer un cafouillage en triomphe.
 
- Tu as deviné ! »
 
Effectivement, le sourire qui accompagna sa réponse fut triomphal. [size=12][size=18]C'est fait exprès, je dis "effectivement", je confirme qu'il s'agit d'un triomphe.

Bah, je l'avais bien compris qu'il s'agit d'un triomphe  Razz Cela fait une répétition qui pourrait être évitée par un synonyme, surtout qu'on parle d'un sourire pas d'un haut fait qui mériterait qu'on le souligne exagérément par une répétition. 

 [/size]
L'opportunité qui lui avait été offerte de raconter une vie brillante et bien remplie, la présence de sa cliente américaine, son numéro dans le rôle du businessman encombré de téléphones mobiles reliés avec le monde entier, tout cela allait dans le sens de ce qu'il avait tenté de faire passer au cours de son speed-dating improvisé : « Je suis un homme toujours dans l'action et les affaires, les poches pleines de portables, escortant des clients étrangers, maîtrisant plusieurs langues. Bref, comblé sur le plan professionnel. »
 
Anne-Lise posa la question qui la taraudait depuis le début et l'empêchait d'être entièrement à l’écoute : « Tu es toujours avec... elle ? »
 
Elle ne voulait pas prononcer ce prénom prétentieux, (? drôle pour un prénom)   romanesque et saugrenu dans la situation ordinaire qu'était cette rencontre. Il n'était même pas certain qu’elle pût l'articuler sans qu'on y décelât la colère enfouie qu'elle sentait monter. Et si cette fille qui s'appelait peut-être Christine ou Sylvie, s'était choisi un prénom d'héroïne de roman plus adapté à un destin qu'elle envisageait comme exceptionnel ? Anne-Lise ne voulait plus l'appeler « Gaïane » surtout parce qu’on aurait pu supposer une proximité qu'elle récusait avec vigueur. (Je ne comprends pas très bien cet aparté sur un prénom)
Pour moi, un prénom peut être prétentieux au même titre que vieille France, bobo ou populaire, ou que sais-je encore..., j'explique donc ici ce que pense Anne-Lise de cette fille dont le prénom constitue un élément de portrait.

Ceci est personnel, pour moi, il existe des prétentieux mais pas de prénom prétentieux ;  je peux parler de prénom ordinaire, ou rare, ou encore excentrique tel que Gaïanne, mais la prétention est pour moi terriblement liée aux actions, mots, rattachés à un comportement plus qu'à un prénom...
 


 


 
Elle repensa à tout ce qu'elle venait d'entendre, incapable cependant (en trop) de se souvenir de tout. Ce qu'elle retenait, c'était qu'Etienne K. n'avait rien changé à sa manière d'opérer : perpétuellement en représentation, phraseur toujours prêt à annoncer mille projets ou activités, à nouer des relations d'avance classées sans suite, tel un pêcheur lançant des lignes qu'il ne viendrait jamais relever. C'est pourquoi elle n'avait pas l'intention de l'appeler. D'ailleurs, se souviendrait-il de lui avoir jamais donné ce numéro qu'il n'utilisait sans doute plus ? Il avait sûrement lui aussi oublié ce qu'il lui avait dit au cours de sa prestation, tout occupé à l'assurer de son retour à la normalité.

En relisant je me demande pourquoi elle se pose autant de questions si elle est certaine qu'il lui a donné son numéro comme ça, qu'il n'a pas l'intention de lui parler et même qu'il lui a donné un faux numéro ; mais ceci est une autre histoire....
Pour les avait que j'ai surligné j'en dénombre 6 en
4 lignes. Peut être que dans ta bibliothèque tu as des auteurs qui en utilises deux par ligne et à chaque lignes; mais là, en l’occurrence, cela me sort de ma lecture et je suis persuadée que tu peux faire beaucoup mieux en tournant tes phrases. Maintenant, tu peux t'appuyer sur des auteurs que j'imagine suffisamment talentueux, tu es une auteur et toi seule est juge sur ce qui est bon pour ton livre.  Very Happy 


[/spoiler] Sur ces "avais", désolée, mais c'est le plus-que-parfait auquel je ne veux renoncer, au risque de choisir un temps inadapté. Je viens de piocher dans ma bibliothèque et je suis tombée sur des textes d'auteurs connus qui regorgent de "avait" dès lors qu'ils écrivent au plus-que-parfait.
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Re: Commentaires Dé-lifting

Message  Pilgrim le Mer 15 Jan 2014 - 13:23

Bonjour,
j'ai lu tes autres extraits de Délifting. Je ne te fais pas de commentaires détaillés, juste un avis global et un peu rapide (je n'ai pas trop le temps d'entrer dans le "lourd" et au fond des choses, d'autant que tes passages, surtout celui de ton journal, sont assez longs). Tout cela me paraît fort bien !  Very Happy 
Surtout les deux derniers, le journal et Marie dont la forme, à première vue, me semble beaucoup plus aboutie et maîtrisée que celle des premiers.
C'est bien mené, bien construit. Il y a de l'épaisseur et toujours ton humour distancié et ton sens de la dérision qui donnent son ton et son caractère à ton roman. 
S'agissant du passage intitulé Etienne K, j'ai une réserve sur les dialogues, et particulièrement sur tes longues tirades qui sonnent un peu faux à mon oreille... C'est sans doute très subjectif mais je ne les trouve pas crédibles... Ces tirades mériteraient, selon moi, d'être retravaillées. Pour tout dire et afin de surmonter cette difficulté, je passerais, notamment dans cette tirade où Etienne présente sa situation, au discours indirect. Je ferais rapporter ces paroles par l'héroïne sur le mode ironique... mais bon, c'est toi qui vois...

Sinon, bravo à toi ! Tu peux, indubitablement, d'après ce que tu nous montres, te lancer et présenter sans rougir ce roman aux éditeurs...
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Pour ceux qui ont lu un extrait de Dé-lifting

Message  Corinne Lanneluc le Mer 15 Jan 2014 - 16:08

Merci ! Merci encore de me donner de votre temps. Pilgrim, je suis allée chez Decître pour trouver tes nouvelles. Ils ne les avaient pas, ce n'est pourtant pas leur genre de négliger les maisons d'édition moins connues. Je vais donc le commander.
Kwelly, j'ai remanié la rencontre avec Etienne K. qui est l'entrée du roman. C'est dire si je dois la retravailler. J'ai tenu compte de tes remarques, mais je reste têtue sur d'autres. Je pressentais que ma description était confuse et qu'on pouvait passer à côté de cette mise en scène un peu laborieuse. Plus c'est minimaliste et banal et plus c'est compliqué : une rencontre sur un bout de trottoir à la nuit tombée entre 2 personnes qui sortent du même magasin.
Pilgrim, oui, c'est vrai aussi que le dialogue est un peu artificiel. Je voulais dynamiser mon entrée de roman car la suite est une longue description du parcours d'Etienne. Je voulais donc donner vie à mes 2 personnages. Ce texte d'introduction a été écrit au début, quand je manquais encore de spontanéité. Je surveillais trop mon style et je ne voulais pas me lâcher, impressionnée par la tâche. Je me regardais écrire !
Je ne sais pas si je vais renoncer à la forme du dialogue. Ceux écrits récemment étaient un peu plus enlevés, je vais peut-être essayer de surfer sur la vague !
Qui veut me soumettre son texte ? Les textes déposés sont déjà anciens et je crains d'arriver après la bataille.
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Re: Commentaires Dé-lifting

Message  Pilgrim le Mer 15 Jan 2014 - 20:31

Je te remercie beaucoup de ton intérêt, Corinne.
Ce que tu me dis ne me surprend pas trop. Mon petit éditeur est vraiment petit chizz et il privilégie un mode de diffusion plutôt direct. Il évite en tout cas de travailler avec les groupes ou les chaînes qui lui imposent une marge qu'il ne peut supporter économiquement, d'autant qu'il s'agit le plus souvent de très faibles volumes. (Avec les indépendants, il est plus facile de discuter !!!). C'est un peu frustrant car il est difficile dans ces conditions de dépasser un cercle très confidentiel mais en même temps, c'est peut-être cette politique qui lui a permis de tenir bon, ces trois dernières années alors que beaucoup ont disparu (les temps sont durs !!!). En fait, il s'agit soit de vendre moins mais de gagner sur chaque vente soit de vendre plus (ce n'est pas évident, non plus !) mais d'y perdre... Si ça t'intéresse, il explique sa démarche ici : http://www.jacquesflament-editions.com/content/8-l-edition-differemment  
C'est certain aussi qu'il est très difficile dans ces conditions de gagner en visibilité... de se faire connaître...
Fort de son expérience, il vient d'ailleurs de lancer un collectif où il met la culture au centre d'un pacte social. Cela s'appelle Les eutopistes. Bref, un éditeur militant...  chizz Petit... mais motivé...

Bon désolé, j'ai un peu floodé le fil, là... chizz
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Re: Commentaires Dé-lifting

Message  Kwelly le Sam 25 Jan 2014 - 18:58

Hello  Very Happy  J'ai relu ta correction et elle me paraît beaucoup plus claire  Laughing , tu as gagné en rythme aussi ! C'est bien, bravo pour ce travail  Razz
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Message  Corinne Lanneluc le Dim 9 Fév 2014 - 20:14

Bonjour Thoutmès,

Merci pour tes remarques. Je sais que cette façon de mettre une majuscule à la place du patronyme peut être agaçante, voire précieuse ou artificielle. Mais quand je lis un roman, je n'aime pas connaître les noms des personnages, le choix ne me satisfait jamais, c'est là aussi quelque chose de très subjectif, je le reconnais. Et un prénom seul crée trop de proximité (comme le dit Anne-Lise). En plus, comme ça se passe en Alsace, j'avais peur que des noms trop germaniques pour les "Français de l'Intérieur" soient rédhibitoires. Par contre, j'avais adoré un titre de Marguerite Duras, "Le Ravissement de Lol V. Stein. Elle avait inventé le lol bien avant nos ados. Intriguée par ce titre, j'avais lu le livre que je n'ai pas totalement compris à l'époque mais dont il me reste encore aujourd'hui le climat, entre mystérieux et poétique façon Le Grand Meaulnes.
Pour la suite, le roman est terminé, cela fait 3 ans que je l'ai commencé. J'attends les noms des éditeurs qu'un ami introduit sur la place doit me fournir et hop ! Je "monte" à Paris pour déposer tout ça.
Mais je vais continuer à poster des extraits. J'avais arrêté car je craignais de trop occuper l'espace et je voulais d'abord lire les textes des autres.
Seneb-ti !
(pas de hiéroglyphes sur mon clavier trop récent)
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Message  Corinne Lanneluc le Dim 9 Fév 2014 - 20:19

Et bien, je vois qu'il y en a qui travaillent durant le week-end !
Merci pour cette lecture et tes remarques.
D'accord pour les fonctions du père d'Etienne, j'ai un peu tâtonné et demandé son avis à un professionnel de la profession, mais je n'ai pas bien compris ses explications détaillées.
Quant au milieu d'Etienne, il n'est pas modeste : c'est Etienne qui est un personnage insatisfait et qui juge durement ses parents. Son père serait médecin généraliste qu'il lui reprocherait de ne pas être chirurgien.
Quant à l'expression de "grand frère aimant", c'est qu'il en veut surtout à ses parents mais pas à ses frères et soeurs et qu'il hésite encore entre deux mondes : il a envie de s'affranchir de ses origines, de jouer aux gangsters mais il reste au fond un fils de bonne famille et il le sent, ce qui le fait encore plus enrager.

Je revois ça de toute façon.
merci !
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