Les auteurs de SFFFH francophones ont du talent !

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Les auteurs de SFFFH francophones ont du talent !

Message  MémoireDuTemps le Mer 5 Nov 2014 - 9:09

Après l'opération du 1er septembre : "j'achète au moins un livre ou un eBook d'un auteur SFFF francophone", voici la nouvelle action de cette communauté :
vous annoncez que vous participez
https://www.facebook.com/events/552046871589306/?fref=ts
vous partagez le logo par exemple en photo de couverture ou de profil ou tout autre mode
Spoiler:



Ensuite vous publiez un lien vers un blog, sur votre compte facebook où se trouve votre texte ou alors ici-même.

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Re: Les auteurs de SFFFH francophones ont du talent !

Message  MémoireDuTemps le Mer 5 Nov 2014 - 9:28

Fable publiée dans le recueil "Le tour des mots 2013" et qui débutera les aventures de "Rainette" par une "énigme" mathématiques  affraid * dans un futur recueil de contes et fables :


Mémoire du Temps a écrit:
Carré de deux.
Jadis, une jeune rainette partit en quête d’une mare inhabitée. Elle avait mal vécu tous les mutations de sa jeunesse dans la promiscuité et la surpopulation, et aspirait à un havre de paix et de sérénité.
Elle en dénicha une toute petite : le charme d’une fine pellicule verte, le calme du lieu et aucune autre grenouille à l’horizon. Le soir venu, gavée d’insectes volants guère effarouchés par ce mignon animal, elle se résolut à passer sa nuit sur le superbe nénuphar flottant au milieu du minuscule étang.
Au réveil, elle découvrit un second nénuphar juste à côté du sien. Sans y prêter attention et curieuse des alentours, elle explora les rives et les abords du plan d’eau. Elle perçut un aimable coassement et se dirigea vers la source de ce chant. Un charmant batracien fredonnait une douce mélodie qui émut fort la rainette. Son cœur en chavira tant que, au crépuscule, ils se retrouvèrent l’un contre l’autre à échanger de doux câlins
Le lendemain matin, enlacés sur la rive, apaisés de bonheur, ils aperçurent quatre nénuphars. Elle se sentit dolente en fin de matinée et son compagnon pourvut à tous ses besoins. En début de soirée, la souffrance empira ; soudain, deux petits œufs surgirent. Le bienheureux couple s’émerveilla de ces pontes inattendues. L’amant s’empressa de confectionner d’adorables berceaux emplis d’eau et les installa au pied des fleurs pour aider peut-être aux mues prochaines. Au petit jour, la flore aquatique avait encore doublé. Un duo de copains de son nouvel amoureux vint en visite et choisit de rester dans ce paradis. De proche en proches, d’amis en connaissances, de frères en sœurs, de cousins en cousines et d’éclosions en sus, chacun des nouveaux nénuphars, toujours prolifiques eux aussi, se trouvait occupé : certains par une grenouille, un couple, un jeune têtard… ou d’autres abritaient des pouponnières. Hélas, un matin, la mare se réveilla presque submergée par la multiplication de ces lis d’eau. On les tassa un peu, on optimisa leur place, et ainsi l’eau réapparut sur la moitié de sa surface.
La population adulte se regroupa afin de décider des mesures à prendre. Fallait-il déménager avant demain vers un autre étang où la nage redeviendrait le sport favori de toutes les grenouilles de plus en plus incommodées par la pullulation végétale ? Ou alors, au prix de quelques travaux d’agrandissement, cette mare se révélerait-elle suffisante pour accueillir la totalité des familles batraciennes et florales actuelles et à venir ?
D’ailleurs en fin de réunion, d’un commun désaccord, après maint calcul complexe, moult débats houleux et un vote kif-kif, le problème de la surpopulation animale ne se posa plus. Ceux qui pensaient qu’il fallait partir dans l’instant s’en allèrent alors sans attendre le lever du soleil… notamment notre jeune rainette, son galant et leurs deux cent cinquante-six rejetons : elle connaissait les secrets de l’arithmétique et savait que le lendemain, les nénuphars occuperaient tout en se dédoublant une dernière fois.
* oui, on m'a conseillé d'ajouter la dernière phrase...


Dernière édition par MémoireDuTemps le Mar 11 Nov 2014 - 8:41, édité 3 fois

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Re: Les auteurs de SFFFH francophones ont du talent !

Message  Pacô le Mer 5 Nov 2014 - 17:49

Je n'ai pas tout compris le principe... Il suffit en fait tout simplement de partager la photo de la communauté (leur logo ?) avec un lien sur un texte (de n'importe quel support).
J'ai juste ?

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Re: Les auteurs de SFFFH francophones ont du talent !

Message  MémoireDuTemps le Mer 5 Nov 2014 - 18:59

Tout à fait, simple, un blog, Facebook, ou un coin de forum accessible à tous comme ici. Et soit une nouvelle, soit un extrait de roman pas trop long bien sûr. Et afficher sur Facebook leur logo avec le lien à la fois sur ton mur et sur celui de l'opération et plus si tu veux...

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Re: Les auteurs de SFFFH francophones ont du talent !

Message  MémoireDuTemps le Mar 11 Nov 2014 - 8:40

Fable publiée dans le recueil "Le tour des mots 2012" et qui se situe après l'épisode qui sera publié dans "Nouveau Monde - "héroïque"" bientôt.
"Rainette" dépitée par l'attitude des habitants de la mare dérive... après un prochain épisode dans l'univers des jeux, elle émigre vers des contrées plus chaudes... hélas pour sa moralité
Mémoire Dutemps a écrit:
Le scorpion et la grenouille.
 
Lors de sa migration saisonnière, un jeune scorpion longeait le Nil désespérant de le traverser. Tous refusaient de l’aider et arguaient du danger de sa piqûre ou se défilaient sous maint prétexte farfelu.
« Apprends donc à nager ! » chuchotait l’araignée d’eau.
« Passe dessous ! » grognait la taupe.
« Pourquoi ne voles-tu pas ? » suggérait la libellule.
« D’accord si tu déposes ta queue sur le rivage… » exigeait la lérotte. *
Il repéra une grenouille assise toute pensive au bord du fleuve.
« Bonjour, salua-t-il.
— Coucou, sourit-elle.
— Toi non plus ne trouves personne qui te permette de franchir ces vagues ? 
— Nul besoin, je flotte à merveille. J’attendais quelqu’un. Tu voudrais te rendre sur la berge opposée, c’est cela ?
— Oui, tu refuseras sans doute de me prendre sur ton dos pour m’éviter la noyade… Oh j’ai l’habitude !
— Mais non !
— Tu n’oseras jamais…
— On parie ? Monte et accroche-toi, ça va secouer ! »
Ce curieux couple entama le périple. Le scorpion, très angoissé au départ, se décontracta : elle voguait à la perfection.
« J’ignorais qu’on pouvait crawler aussi bien.
— Merci ! cria-t-elle afin de couvrir la plainte des flots.
— Tu ne crains pas que ma nature reprenne le dessus et que je t’injecte mon poison mortel ?
— Et que nous coulions ensemble ? Tu ne me piqueras pas, tu ne parais point fou. »
Soudain un crocodile se dirigea vers eux. N’écoutant que son courage, le scorpion sauta sur l’agresseur et le darda entre les deux yeux ; puis il se laissa porter par le corps à l’agonie jusqu’au rivage espéré. La grenouille, à quai déjà, se précipita vers lui à petits sauts.
« Quelle témérité ! » rit-elle, espiègle.
Il espérait un baiser passionné en récompense. Elle entrouvrit la bouche mais avant le contact charnel, sa langue attrapa le malheureux héros si vite qu’il ne put réagir.
Elle se régalait de son mets préféré lorsqu’une de ses amies évalua la taille du cadavre crocodilien.
« Bravo, ta dixième prise de la semaine ! Sacrée bête, on en tirera au moins cent sacs…
— Cool, y a pas le feu. Laisse-moi planer un peu avec le reste du venin. »
Et elle croqua le dard.
 
Méfiez-vous, jeune homme, le plumage immaculé de la blanche colombe dissimule parfois une âme d’une noirceur abyssale !
Se rachètera-t-elle dans un prochain épisode ?

* je précise : le lérot a une particularité unique chez les mammifères, il peut perdre sa queue sans dommage, mais contrairement au lézard, elle ne repousse pas après.

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Re: Les auteurs de SFFFH francophones ont du talent !

Message  MémoireDuTemps le Lun 17 Nov 2014 - 6:28

Fable jamais publiée, mais affichée, primée à Clermont-Ferrand, distinguée à Calipso 2013 ; j'ai eu plusieurs retours officieux de jury, des commentaires d'éditeurs, elle est à part, ne fait pas l'unanimité, certains adorent, d'autres  au contraire détestent (un des reproches est l'humour qui se termine en drame, je suppose que certains n'aiment pas non plus mes libertés avec le français habituel). Elle clôture tristement les aventures de Rainette.
Elle est trop courte pour être publiée seule, à moins que quelqu'un ne l'illustre, à moins qu'un éditeur anglophone ne soit séduit par cette version moderne de la plus célèbre fable de La Fontaine...
Ceci est l'ultime version :

Mémoire Du Temps a écrit:
L’ombre noire
Naître corbeau, sur un arbre perché de surcroît, ne prédispose guère à la modestie de mauvais aloi. Une rainette batifolait par petits sauts au pied du saule où se trouvait le corvidé. Elle se souvenait de la gageure avec ses amies : « Tu n’oseras jamais ! » Il s’agaçait de ce manège typique cadencé par le « on me voit, on ne me voit plus, on me voit, on ne me voit plus… » conséquent de l’herbe haute. Incessant, le mouvement prit fin lorsque le batracien remarqua l’oiseau sur la branche et s’approcha de sa chaire.
— Coucou Maître Corbeau, coassa la grenouille, vous guettez ?
— Non, Dame Rainette, croassa le freux, j’attends ma fiancée.
— En retard je suppose ?
— Comme souvent, hélas.
— Est-ce un cadeau ce petit paquet posé, précaire, à votre droite ?
— Oui, pour elle.
— Laissez-moi deviner… à l’effluve… un fromage !
— C’est si bon !
— Camembert pasteurisé : quelle faute de goût !
— Elle adore.
— Ça schlingue et pas qu’un peu. Indigne de vous, si distingué, à l’élégance rare et doté d’une intelligence supérieure.
À ces mots, le corbeau ne se sentit pas de joie : son plumage en frétilla ; il se redressa afin d’accentuer son avantage. De sa position privilégiée, il adressa un regard amène à sa minuscule laudatrice. Soudain, il se remémora l’ancienne embrouille avec le renard près de la fontaine : « Elle veut chouraver mon fromage ! » Un coassement le tira de sa rancœur.
— Admirez ces fleurs au parfum suave ; lorsque vous lui conterez fleurette, elles suggéreront votre dessein… Abandonnez donc ce juchoir et suivez-moi !
— Et si elle arrive ici avant nous ?
— Nous n’allons pas nous éloigner, ça ne nous prendra qu’un instant.
— Et si elle nous surprend ensemble ?
— Ne craignez point le ramage… oups ! Du ravage de la jalouse, renaît la flamme de la douce.
Notre curieux couple sautillant partit en vadrouille. La petite lui montra la sauge, il en cueillit quelques, la rose avec laquelle elle lui enleva le relent du cadeau maintenant oublié, et d’autres. Lié à l’aide d’un brin de paille, le bouquet final s’enrichit de variété, chatoya de couleurs, combina les senteurs. Au retour de la balade, le camembert avait disparu, remplacé par une charmante oiselle toute de noir vêtue, l’air un tantinet énervée sur son perchoir. Le duo éphémère se sépara. Tandis que la rainette rejoignait ses amies, un vif échange opposa les deux amoureux.
— C’est à cette heure-là que tu te pointes ? croassa, stridente, la freux.
— Mais c’est toi qui…
— Et qui est cette grenouille ?
— Rien qu’une amie.
— Et ce cadeau, tu l’as mis où ?
— Je l’avais déposé là, il a dû choir.
— Elle te l’aura chapardé, grand nigaud !
— Mais non, on ne s’est pas quittés.
— Ben voyons !
— Regarde le bouquet…
— Pff ! des fleurs. Et tu cocotes en plus. La prochaine fois, je me la croque ta groupie !
Au bord de la mare, entouré de plusieurs batraciens, reposait le fromage ravi.
— Et tu crois vraiment qu’il va éclore quoi ? coassa l’un. Je ne vois que des vers.
— On parie ? défia Dame Rainette. Avisez donc ces asticots : vous pourrez dans peu de temps savourer une myriade de mouches, les fameuses piophilæ casei !

Quelques jours passèrent… Maître Corbeau sous un arbre déchu tenait en sa tête ce langage : « Être ou ne pas être freux ? Ou alors se dénicher un trou, s'y coucher, se couvrir de terre ou d’immondices et se dissimuler au monde ? » Au lieu d’une sérieuse introspection, il se résolut à changer de perchoir ; un noisetier cette fois. Deux petits animaux, un lérot et un écureuil, s'amusaient, se chamaillant au-dessus de lui, à savoir qui irait au bout d’une branche effilée cueillir une ultime noisette. Ils cessèrent quand ils aperçurent l'oiseau noir.
— Tu te souviens de l'arnaque du renard ? chuinta le rat-bayard.
— Bien sûr ! glapit le mignon rouquin, et j'ai assisté à la rapine des batraciens la semaine dernière. Tu as suivi l'affaire ?
— De loin. Rien n'a éclos au final. Et Dame Rainette jura qu'on ne l’y prendrait plus.
— Il a encore amené un fromage. Qui donc le lui chipera ?
Ils gloussèrent de concert. Oui, il en avait apporté un autre et avait choisi un camembert au lait cru grâce aux conseils de la grenouille. La dulcinée se posa à l'heure, enfin. Son arrivée calma les railleurs.
— Oh ! mon chéri, tu as pensé à moi, sourit-elle d'un tendre bisou.
— Et, cette fois, personne ne me l'a dérobé, se vanta-t-il, très fier d'avoir anticipé les astuces des voleurs : il avait coincé le cadeau entre de solides branches.
— Laisse-moi à l’instant m'enivrer de son fumet. Mais il n’est…
— Le fromager l'a sélectionné pour moi…
— … pas pasteurisé ? Pouah ! Tu connais mes goûts pourtant.
— Il m'a affirmé qu'il serait bien plus savoureux.
— J'en veux pas de ton affiné.
Elle saisit l'objet avec le bec, le jeta au loin et partit sans même dire adieu. Maître Renard qui passait juste sous l'arbre profita de l'aubaine et déguerpit avec son larcin inespéré. Pauvre corvidé plaqué, humilié, incompris, risée du bocage à la prairie, des eaux aux cieux… De son perchoir, il chut au sol, terrassé par le chagrin, et se tordit la patte. Il claudiqua vers une haie de roseaux pour se cacher de la cruauté générale. Dans cet abri, Dame Rainette affûtait une libellule et aiguisait sa langue en vue de son gobage. L'irruption du désespéré la troubla et elle rata sa cible.
— Encore vous ! protesta-t-elle.
Devant l'air étiolé du volatile, elle refoula sa rancune. Elle aussi avait été grugée… son précédent fromage avait été ravagé par le dernier raz de mare et les asticots noyés.
Il cria, elle soigna.
............Il raconta, elle écouta.
.............................Il s’épancha, elle absorba.
............................................... Il pleura, elle étancha.
..............................................................Il chouina, elle le moucha.
— Je vais vous le chercher, ce camembert. C’est bien Maître Renard qui vous l’a barboté ?
— Oui ! Vous êtes sûre de…
— … Et certaine, par la ruse !
Elle s’éloigna, laissant son compagnon à sa mélancolie. Durant sa courte quête, elle se tracassait surtout du portage de l’objet au retour. Elle avait espéré en vain l’aide de quelques grenouilles. Certaines tentèrent de la dissuader, d’autres la traitèrent de folle, aucune ne la suivit. Déçue, elle continua sa mission, ébranlée toutefois par les incitations à la prudence de ses copines, inquiète au cas où elle devrait affronter seule ce terrifiant adversaire : elle n’aurait que sa malice et son agilité à lui opposer… Vint l’instant du doute. Regrettait-elle déjà la déraison de cette promesse irréfléchie ? Elle fut tentée de rebrousser chemin et de s’excuser auprès de son nouvel ami : la tâche s’avérait au-dessus de ses petites forces, elle s’était montrée trop présomptueuse. Bien sûr, dès demain matin, il contacterait les autorités et elle courrait lui en procurer un autre. Elle imagina la déception : « Si vous aussi, vous m'abandonnez… » Irait-il lui-même se faire justice ? Elle ou lui, le combat serait perdu d’avance. Et elle se sentait si coupable !
Elle décida de continuer et débusqua son Graal dans un sous-bois. Le coquin avait entamé son butin. Elle envoya d’abord des pierres espérant ainsi le distraire de son festin ; puis tâtonna le cri canin, jappa vaguement, glapit à grand peine, entonna un confus « Waaaaah » ; elle bredouilla même un dernier « Haro ! » ouï de la bouche d’un pêcheur. Aucun effet sur le canidé ; alors elle sautilla tout autour de lui afin de détourner son attention. Ce manège effronté fonctionna mieux que prévu, le renard la poursuivit… Par deux fois elle échappa à sa morsure ; hélas elle se fatiguait et paniquait. Le prédateur réussit à la coincer ; pour éviter le troisième coup de crocs, elle effectua un saut de côté et retomba sur une pierre saillante. Elle ne se releva pas, étourdie par le choc ; le goupil s’apprêtait à la dévorer lorsque soudain une ombre noire plongea sur lui. Le corvidé volait à son secours ; son attaque en piqué causa des dégâts près des yeux du carnassier qui abandonna sa proie. Les coups de bec dissuadèrent le maraudeur de terminer son repas et il s’enfuit pantois.
Le corbeau posa sur son dos l’aventurière, un peu sonnée par l’agression, saisit en son bec le fromage et s’envola. L’oiseau atterrit près des roseaux et constata alors que Dame Rainette s’était assoupie. Il la déposa avec précaution sur un nénuphar tout juste échoué. Il s’aperçut que son plumage dorsal était taché de sang. Inquiet, il examina la grenouille et trouva une minuscule plaie au ventre qui saignait beaucoup. Elle se réveilla.
— Alors, vous l’avez mangé ?
— Non, pas encore. Mais vous êtes blessée.
— Une égratignure, ce n’est rien, ça ne saigne déjà plus, vous voyez.
Les derniers mots furent prononcés dans un souffle. Elle toussa puis se reprit.
— Dégustez-le donc, ce mets.
— Oui… il est exquis… Vous voulez goûter ?
— Non, merci, je ne mange pas de laitages… et je n’ai guère faim. Régalez-vous !
Il picora sans enthousiasme, davantage pour faire plaisir à son héroïne. Elle somnolait en le regardant puis s’endormit et se mit à trembler. Le freux se coucha sur le dos, installa la petite bête sur son poitrail et rabattit son aile sur elle. Ses frissons cessèrent, elle semblait heureuse de cette douce chaleur et souriait. Dans la nuit, il sommeillait à demi lorsqu’il crut entendre crier son amie : « Pas les vers ! Aide-moi. » Il ouvrit les yeux ; elle affichait toujours son sourire et dormait ou… Elle avait juste cessé de respirer. Un croassement pathétique déchira l’obscurité.
Au matin, les riverains de la mare découvrirent le corps sans vie de la rainette déposé sur un nid de brindilles et de paille mêlées, et une épaisse couche de plumes noires. Ses pattes avant ramenées sur sa poitrine tenaient une rose rouge. Deux silex étaient appuyés au pied de ce monticule. Personne ne revit jamais le freux, mais dans les temps qui suivirent, nombre de renards devinrent borgnes ou aveugles, et l’ombre noire hanta longtemps les alentours.
à noter que le décalage n'est pas possible sur le forum, d'où les suites de points affichées, ailleurs les phrases sont décalées. Ainsi que le cadrage des paragraphes assez aléatoire.

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Re: Les auteurs de SFFFH francophones ont du talent !

Message  MémoireDuTemps le Lun 24 Nov 2014 - 11:17

Quatrième participation  à l'opération "les auteurs de SFFFH francophones ont du talent"

Un extrait de mon roman en cours, "La Sentinelle des mortes", chapitre 11.
Alfred est un employé des Princesses de la Terre et vit reclus dans une grotte aménagée, inaccessible aux humains, depuis que sa vie est en danger. La Terre étant attaquée par l’armée de La Sentinelle et Princesse Odile, la seule qui pourrait vaincre cette armée, étant partie pour un voyage au-delà des limites de notre univers, Princesse Mulan décide de protéger dans cet endroit sécurisé les deux dauphins, Mylène et le pauvre Sylvain dans le coma depuis des semaines.

Précisions : rien à voir avec le tennis Very Happy

Mémoire DuTemps a écrit:
« Tu sais, Mylène, les Princesses paraissent tellement au-dessus de nous, mais elles sont faites de chair et de sang comme les autres vivants. Je suis employé par Kyôko depuis maintenant trente années, dès la sortie de mon école d’ingénieur. La vie de salarié des Princesses est difficile, nous devons éviter la fréquentation d’autres personnes qui n’appartiennent pas à ce circuit. Leurs priorités sont basées sur le secret, la discrétion, l’obéissance absolue à leur stratégie de surveillance, le dévouement souvent jusqu’à la mort. Et Kyôko est la plus intransigeante de toutes.
— Ah bon ?
— Surtout avec les hommes, elle les méprise.
— Mais pourquoi donc ? »
Je lui raconte alors.

Elle était née il y a trente-six siècles dans une petite communauté, quatre familles, qui vivaient dans les arbres d’une forêt du Haut-Jura au bord de deux petits lacs, les lacs des Mortes et de Bellefontaine. Elle était âgée de quatre ans quand sa collectivité fut décimée par une troupe de guerriers. Ils tuèrent les hommes et les garçons et emmenèrent les femmes et les filles lors d’une longue marche à destination des rives du Léman. Sa mère était régulièrement violée et maltraitée par les hommes de la tribu qui les avait enlevées. Malgré ses tourments, elle consolait son enfant la nuit, lui promettant qu’un jour, elles finiraient par s’enfuir. Elles tentèrent et furent reprises. La fillette dut assister aux derniers outrages et à l’ultime supplice de sa maman et de ses tantes. Elle devint une de leurs esclaves. Ses sœurs et ses cousines périrent toutes, exténuées, affamées, battues avec une sauvagerie inouïe. Elle survécut grâce à l’amitié d’une des filles de ses geôliers. Hélas, en fin d’adolescence, cette dernière disparut. Les jeunes mâles traitèrent alors en putain et en esclave sexuelle Kyôko, enfin Lilith, son nom à l’époque. Elle se retrouva enceinte. À proximité du terme de sa grossesse, ses bourreaux l’attachèrent à un arbre. Le fils du chef la frappa sur l’abdomen pour qu’elle avorte ce qui lui aurait sauvé la vie… sans succès. Il lui ouvrit alors le ventre, prit le bébé et le jeta à des loups semi-apprivoisés maintenus affamés par la tribu. Après avoir assisté au repas des canidés, les autres barbares livrèrent la jeune fille éventrée aux carnassiers mis en appétit de sang. Elle n’était pas morte, elle fut dévorée vive.
Durant son agonie, elle sentit que quelqu’un lui parlait en elle, lui disant de ne pas s’affoler, qu’elle allait survivre. À un moment, Kyôko eut le sentiment de flotter dans l’air : elle voyait son corps toujours déchiqueté par la horde. Elle se rapprocha des fauves, trouva la louve dominante et fusionna avec elle. Elle comprit alors qu’elle pouvait communiquer en direct avec chacun des membres de cette meute. Elle leur donna le signe de la fuite.. Plusieurs semaines plus tard, des centaines de loups unis sous l’autorité de la louve Lilith attaquèrent la tribu de ses tortionnaires et tous furent dévorés vifs, hommes, femmes et enfants. Elle resta longtemps sous cette forme jusqu’à ce qu’elle rencontre la Reine qui l’avait ainsi sauvée et promue et qui volait souvent en prenant l’aspect d’un Circaète Jean Leblanc pour passer inaperçue.
« Kyôko continue depuis à dormir dans un nid qu’elle confectionne au sommet des arbres.
— Oui je comprends sa haine et son attachement à ses propres traditions, commente Mylène. »
Soudain, une sensation inconnue me submerge : en moi, malgré la gravité des évènements, s’insinue une sérénité ; source l’espoir ; refoule mon pessimisme.
« Je suis là, je distille mon optimisme à qui veut, veux-tu ?
— Mylène… Comment faites-vous ?
— Je ne sais, Odile m’a expliqué, je n’ai pas bien compris. Chaque fois je constate… Sans rien dire, ni même agir, tous les humains sourient à mon approche, oublient leurs soucis, leurs angoisses. Tout pareil avec les animaux, les chiens les plus féroces se comportent comme des chiots joueurs, les chats ronronnent.
— Sans doute l’effet magique… Elles m’ont dit l’aura particulière des dauphins. Je ne savais pas pour les animaux.
— Cela devient même gênant, je suis propulsée en vedette des médias sans raison… »
Elle me raconte alors. Sylvain l’avait filmée sur son téléphone portable le week-end avant l’accident. Par hasard quelqu’un avait retrouvé l’objet sur les lieux du choc plusieurs jours après et avait diffusé cette petite séquence sur le Web… Émoi énorme, des millions de visionnages, des débats, des fora, comment retrouver Mylène, qui est-elle, où vit-elle ? Un véritable culte, des prières, des messages d’espoir vers elle. La Princesse Gamma communiqua alors une adresse où écrire… des dizaines de milliers de lettres dans n’importe quelle langue terrestre arrivèrent chaque jour et ma Princesse liseuse décida de les lire en intégralité. Elle en avait l’expérience, elle aurait bouquiné "L. Ron Hubbard, Mission Terre" et son million de mots en douze secondes pour en conclure « c'est de la m... ! » Elle lui résumait son courrier chaque jour...
« Je m’étonnais moi-même de trouver chaque fois la réponse qu’il fallait, un conseil, un encouragement ou une sévère réprimande à tous ceux qui m’écrivaient. La Princesse mémorisait mes réactions ou simples pensées et communiquait mes réponses à la même vitesse qu’elle lisait. Au lieu de calmer les enthousiasmes, tout le monde se mit à me citer, des sites s’ouvraient pour honorer ma gloire, j'étais devenue la personne la plus aimée de Facebook, la plus suivie twitter ; on voulait m’inviter partout, des dessins s’inspirant de la petite vidéo apparurent, furent diffusés. On m’auréolait, j’apparaissais en madone, on me comparait à Bernadette Soubirou… Je ne sais combien de temps j’aurais résisté… hélas, tout est fini, c’est trop tard pour le monde !
— Mais non, Odile va revenir nous sauver.
— Voilà, au lieu d’être réaliste, tu volètes sur un nuage… En aparté, tutoie-moi ! Ce sera plus simple si nous restons longtemps ici.
— Je pourrais être ton père.
— Tu ne l’es pas, sourit-elle espiègle.
— Dommage, j’aurais bien…
— Arrête ! Je ne suis pas celle qui rayonne, je me sais idiote parfois, envieuse souvent, peureuse… Elle ne te fait pas peur, Odile ?
— Je l’ai connue avant, elle doutait, ne savait pas si elle accepterait une telle responsabilité et personne ne pouvait anticiper qui elle deviendrait. Je l’ai aimée pour ce qu’elle représentait alors. Souvent je m’en veux de l’avoir poussée à ce défi… j’ai cru comprendre que la Terre va être attaquée à cause d’elle ?
— Oui.
— Tu as raison, le destin, c’est comme ça.
— Mais j’ai rien dit, moi ! Oui, tu es un sale con de l’avoir motivée ! »
Et voilà, après l’optimisme niais, je me mets à pleurer d’avoir déplu à la dauphine, une envie de mourir me submerge. Un regard sur le jeune homme alité tout sourire béat et me voici revenu en pleine joie.

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Re: Les auteurs de SFFFH francophones ont du talent !

Message  MémoireDuTemps le Dim 30 Nov 2014 - 8:45

Dernier jour de l’événement, cinquième et dernier post, la fin du chapitre 2 de "La Sentinelle des Mortes". Il y a de l’humour et du cynisme, mais ce n’est pas le ton général du livre, de même c’est plus intimiste que la suite qui évoluera vers le drame, des scènes impressionnantes, inquiétantes, mais jamais gore.

Ça se passe bien avant le chapitre affiché la semaine dernière et présente Mylène et le comateux Sylvain. C’est mon héroïne la Princesse Odile qui raconte… son esprit est quelque peu vagabond. Les Princesses de la Terre sont des femmes quasi immortelles qui occupent leur corps, mais peuvent en changer ou ne pas en avoir temporairement… Cela se passe après l’accident qui clôt le chapitre 1. Ce n’est pas encore SF, cela le deviendra au fur et à mesure du roman qui, je précise, est bien plus humaniste que SF ou fantastique.


Mémoire DuTemps a écrit:Je retourne sur les lieux de l’accident. Les pompiers, la police et le Samu sont à pied d’œuvre. Mon protégé est toujours assis sur son siège dans le coma. Mon corps est plié en deux vers l’avant. Ma tête a heurté le pare-brise, le volant brisé s’est incrusté au bas du dos dans mes chairs. Mon sang se répand. Un médecin m’en transfuse pendant que les pompiers tentent de me dégager avec mille précautions.
Une réincarnation serait malvenue à cet instant précis. Je choisis donc de reprendre possession de mon enveloppe charnelle et de me soigner en cautérisant mes artères déchirées. Au bout de quinze minutes, les secours ont réussi à dégager ma dépouille exsangue et l’allongent sur un matelas à dépression. Ils extraient de même Sylvain. L’ambulance démarre avec nos deux corps moribonds.
« Allo, La Pitié, on vous amène deux blessés très graves, l’un est dans le coma, son pronostic vital nous inquiète : il a sans doute une fracture des cervicales et un hématome intra-crânien. La femme est mourante : plaies et fractures multiples, elle a perdu beaucoup de sang, heureusement ça s’est arrêté de jaillir de partout. Elle doit être opérée d’urgence. Merde ! elle fibrille. »
Et hop ! un petit coup de défibrillateur, ça ne peut pas me faire de mal… Et c’est reparti pour un tour. Oh ! le pervers de médecin, il en profite et reluque à la dérobée mes seins… Je lis dans son cerveau reptilien qu’il me complimente et a bien envie de les toucher. Je lui suggère de profiter de l’aubaine : il effleure mon téton gauche, le presse en douce entre ses doigts.
« Ben ne te gêne pas, Pierrick ! reproche sa collègue.
— Excuse-moi, j’étais ailleurs… » se justifie le toubib.
La pisse-froid ! Dans mon état, un câlin ne va pas aggraver les choses. Bon, il ne me reste plus qu’à attendre la salle d’op’, voilà.
Ça y est, nous arrivons. Pierrick annonce : « voiture contre semi-remorque. »
On me monte à la radio ; on scanne le corps en vitesse ; on me roule vers la salle d’opération.
On me transfère d’un seul mouvement de huit mains synchrones du brancard à la table.
On m’installe sur le dos ; on me déshabille en totalité ; on me palpe ; on me perfuse la veine de la main droite ; on me transfuse en transformant ma sous-clavière en voie centrale ; on me branche ; on écoute mon cœur ; on m’intube ; on m’oxygène malgré les risques d’incendie ; on me place une sonde urinaire.
On me retourne à six mains.
On me palpe encore ; on examine le bout de volant sortant de ma chair ; on le bouge afin de vérifier s’il a bien pris racine ; on suppute l’étendue de mon coma ; on ne sait pas si on appelle l’anesthésiste ; on parie sur mes chances de survie ; on vérifie si je suis donneuse d’organes ; on me trépane pour que mon encéphalogramme ne soit plus morne plaine ; on ouvre autour de la plaie causée par le moyeu de direction ; on extrait le morceau ; on arrête l’hémorragie ; on essaie de réparer la colonne ; on m’incise tout le dos ; on convainc le chirurgien de ne pas tout laisser en l’état ; on rapproche les os en balade ; on cloue un peu ; on cautérise ailleurs ; on suture.
On me réinstalle sur le dos à quatre mains.
On me palpe toujours ; on ouvre la poitrine ; on redresse les côtes déviantes ; on stoppe le sang qui s’épand ; on ouvre le ventre pour estimer les dégâts ; on recoud le tout.
On me laisse en plan parce que "femme contre batte de base-ball" vient de se pointer…
Imaginons une humaine normale : mon état me plongerait dans un semi-coma qui servirait d’antalgique. Mais mon âme princière tout éveillée m’informe en flot ininterrompu des messages d’alerte provenant d’environ 99% des nerfs qui sont encore connectés. Autant dire que je déguste un max.
Je prends la décision de me balader en pensée alentour. Sur un banc, choqué, Marius est assis là à côté de Abby, une de mes sœurs, celle qui œuvre dans la partie médicale. Elle explique à mon conjoint que c’est foutu, mais que ses collègues mécaniciens des chairs accomplissent parfois de vrais miracles. Au vu de mon état présent, elle déclare : « au moins elle ne souffre pas. »
Dans la salle d’opération voisine repose, serein, mon conducteur, il sourit. C’est vrai que peu de temps avant le choc, je l’ai convaincu que "tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil". Son cerveau fonctionne au ralenti et n’assume plus que les fonctions vitales. Il est mignon quand même, je l’ai à peine regardé, occupée à visiter sa mémoire et toutes ses connexions neurologiques. Grand et élancé, musclé raisonnablement, pas le culturisme des obsédés de la gonflette, juste de quoi donner confiance à une faible femme, croit-elle, quand elle cherche le réconfort. Ses paupières fermées dissimulent un regard fixe et vide pour longtemps. Quelques taches de sang parsèment son doux visage sans toutefois masquer ses fossettes ou son front bien lisse. Les poils de barbe émergent un peu et affirment la vie présente en ce corps abîmé. Hélas sa jolie coiffure à mèche tombante mélange le noir des cheveux et le rouge des blessures. Son fin nez est cassé et les caillots gênent sa respiration. Son esprit ne s’est pas absenté en totalité, au final. Il ne ressent rien de son mal, comme dans une pause sommeil lorsque des images un peu disparates apparaissent sans raison. Je m’aperçois que mon instantané récent et guère habillé se mélange avec sa copine et sa mère, il en résulte une image féminine fort idéalisée. Toutefois rien de vraiment conscient ne se signale.
Debout, deux femmes sont serrées dans les bras l’une de l’autre. Celle qui pleure est une dame d’une cinquantaine débutante. Elle est brune, petite, habillant son obésité de sobre et de noirs. Si elle ne fondait pas dans ses larmes, on pourrait dire qu’elle a conservé un charme certain malgré les années et les kilos. C’est bien sûr Madame Tour, maman de Sylvain. Comme je sais que, dans quelques semaines, son fils sera glorifié en héros, je décide de la laisser en l’état, qu’elle épuise sa fontaine de pleurs, afin que, plus tard, elle ne se répande pas à nouveau, de joie cette fois.
Servant de support à l’éplorée, Mylène, une toute jeune femme rousse se trouble d’incertitudes. Elle aime Sylvain et ne comprend pas. Dans l’ascenseur, elle a entendu deux médecins plaisanter :
« Tu sais dans quelle position on a retrouvé les deux accidentés de cet après-midi ?
— Non.
— La femme était sur les genoux du conducteur lors du choc !
— C’est pas vrai…
— Et on a retrouvé un petit bout de sa langue dans la bouche du mec. Elle devait l’embrasser, si ce n’est plus encore…
— C’est dingue !
— Ce sera facile de trouver les causes de l’accident.
— Mais, ils étaient en train de…
— Non, pas encore je crois. »
Elle avait appris le drame par la mère de Sylvain. Elle devait le retrouver afin de déjeuner ensemble. Énervée par l’attente inhabituelle, elle l’avait appelé sur son portable plusieurs fois, lui laissant messages et SMS de plus en plus interrogateurs. Déjà, elle ne comprenait pas qu’il ne l’ait pas jointe à la sortie de son examen. Elle s’était résolue à téléphoner à Luc qui passait la même épreuve et elle savait donc qu’il était sorti de la salle une heure avant la fin.
Elle a à la fois envie de pleurer son amoureux, pantin endormi peut-être pour toujours, et de gifler cette garce disloquée, cassée de partout. Elle l’a vue. Elle la devine bien plus belle qu’elle, malgré son état. Elle ne sait plus, se perd dans les conjectures, nage dans le doute, ne saura peut-être jamais ce qui s’est vraiment produit.
J’abandonne pour le moment Mylène à son chagrin : elle sera bientôt la protégée des Princesses. Et continue ma visite. L’équipe qui a tenté de me recoller s’active sur le nouveau cas. Une femme d’une trentaine d’années est allongée sur la table d’opération. Elle a été frappée partout, sans doute des coups de poing et de pied. Elle porte des ecchymoses aux cuisses, au ventre, à la poitrine, à l’œil droit. Elle a reçu en plein visage du café brûlant et sa joue gauche cloque un peu. Enfin elle saigne du front et du sommet de la tête. Les médecins s’affairent sur ces traumatismes, conséquences de deux coups de batte de base-ball. Sur des tableaux lumineux, on peut voir ses radios montrant ses côtes plus ou moins cicatrisées de fractures plus anciennes.
Au dehors de la salle, une policière surveille le mari menotté.
« Vous comprenez, je lui avais dit de mettre onze doses de café dans le filtre, son express c’était de la lavasse et elle me dit qu’elle en a mis moins parce que sinon je suis tout énervé.
— Fermez-la, espèce de brute ! » lui rétorque la femme en uniforme.


Dernière édition par MémoireDuTemps le Dim 30 Nov 2014 - 9:56, édité 1 fois

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Re: Les auteurs de SFFFH francophones ont du talent !

Message  Kwelly le Dim 30 Nov 2014 - 9:06

C'est excellent Mémoire, où en es-tu ?
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Re: Les auteurs de SFFFH francophones ont du talent !

Message  MémoireDuTemps le Dim 30 Nov 2014 - 11:20

En réalité, au niveau écriture elle-même le roman est en pause, mais j'y pense toujours, je précise en voyant dans ma tête des scènes, en les améliorant, les peaufinant. Je continue à lire plein de choses sur tout ce qui est astronomie (car le final en aura besoin), j'ai comme ça plein d'idées pour enrichir cette fin, mais je préfère écrire autre chose car c'est plus facile, cela nécessite moins d'être concentrée à quasi 100%.
Je garde pour moi les scènes incroyables que je vais écrire (ou que j'ai écrite) car je pense qu'il ne pourra être édité que si je suis éditée pour autre chose, et lue. tant que je ne perds pas le fil, peu importe que je le termine dans quelques mois ou plus, je saurai écrire la fin... et j'ai tant de choses à écrire, notamment un qui serait à la fois d'actualité et bien plus dans les goûts actuels du public, plus ma novella fantastique et mes nouvelles commencées.

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Re: Les auteurs de SFFFH francophones ont du talent !

Message  Thoutmes le Lun 1 Déc 2014 - 9:11

Je n'avais pas encore vu ni lu cette publication. Même avis que Kwelly : je n'ai lu que la dernière partie publiée mais c'est excellent et intrigant.
Very Happy
Il nous manque une machine pour traduire en textes ou, au moins, en notes de synthèse toutes les idées que nous pouvons avoir à propos d'un roman en cours ou à venir. Mais peut-être que leur perte partielle fait partie du processus de mûrissement. J'ai ainsi quelques pages de notes qui sont finalement inutilisables dans la version actuelle de celui que j'écris. Suspect 
Ne lâche pas prise !
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la remarque de l'emm... : "le pronostic vital est engagé" Wink
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Re: Les auteurs de SFFFH francophones ont du talent !

Message  MémoireDuTemps le Mar 2 Déc 2014 - 12:24

pour pronostic vital, en réalité le pauvre restera dans le coma tout au long du roman... j'ai pensé à Psychose où l'actrice principale est assassinée très vite, là mon "héros" restera à l'état de légume tout au long du roman... mais il servira Smile donc non il est seulement quelque peu absent plus que mourant, style Michael Schumacher.

Cela dépend un peu du roman, j'en ai abandonné plein parce qu'étant obligée d'arrêter, je ne réussissais pas à redémarrer après une longue pause, deux fois j'ai essayé de réécrire, mais le ressort était cassé.
Là c'est différent, je continue à y penser en permanence, même si je n'avance pas dans l'écrit et puis la fin sera complexe, je n'ai pas encore toutes les clefs

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Re: Les auteurs de SFFFH francophones ont du talent !

Message  Thoutmes le Mar 2 Déc 2014 - 13:37

YESSSS !
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Re: Les auteurs de SFFFH francophones ont du talent !

Message  Hybrid le Mar 2 Déc 2014 - 20:15

Hey, chouette tout ça. J'aime bien ta manière d'écrire et franchement, l'histoire est intrigante (oui, pourquoi faire original quand les autres ont déjà bien résumé ??). Je connais aussi ces périodes où on ne peut rien écrire soit par manque de précisions sur un thème précis, soit par manque de temps, mais où le cerveau tourne toujours et peaufine, invente, améliore, approfondit.
En tout cas ces quelques extraits ne laissent présager que du bon, j'ai hâte de pouvoir en lire plus Smile (et la totalité, pourquoi pas ?)

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Re: Les auteurs de SFFFH francophones ont du talent !

Message  Pilgrim le Mer 3 Déc 2014 - 9:16

J'avais déjà lu une version de ce passage, me semble-t-il. Je trouve, comme tout le monde  Smile, que celle-la est vraiment très bien menée. Tu ne lâches pas le lecteur, c'est fluide, il y a de l'épaisseur ! Bravo ! 
Et je suis certain que tu viendras à bout de tes princesses.  Wink
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Re: Les auteurs de SFFFH francophones ont du talent !

Message  MémoireDuTemps le Mer 3 Déc 2014 - 9:42

Merci... Ivresses rime avec Princesses... oui je n'ai jamais pensé abandonner ce roman... dans mon prologue j'avais trouvé une idée originale, faire s'arrêter la Terre dans sa rotation... avant-hier j'ai trouvé une idée du même genre quand la Princesse Odile vainc l'armée de la Sentinelle...

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